‹ La Réunion et MadagascarChapitre 12 sur 32 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Agriculture. — La canne à sucre. — Le café. — Girofle. La vanille. — Cacao. — Tabac. — La culture vivrière . — Les forêts. — Les animaux.

Sur les 260.000 hectares qui forment la superficie de l’île de la Réunion, 164.200 hectares représentent les terrains en friche, les forêts et les savanes ; 48.066 hectares sont consacrés à la culture de la canne à sucre et 16.828 à des cultures diverses. Ces deux derniers chiffres sont significatifs : la culture de la canne à sucre est la principale de notre colonie, c’est celle qui occupe le plus grand espace de terrain; elle a absorbé toutes les autres, et cependant elle a diminué dans de notables proportions, car, de 1859 à 1862, elle occupait plus de 62.000 hectares ; à cette époque, elle menaçait de tout envahir, mais de mauvaises récoltes, la concurrence des sucres étrangers et des sucres de betterave ont forcé les producteurs à se restreindre. A l’heure actuelle, cependant, la Réunion ne se nourrit pas elle-même, elle est obligée de demander aux Indes une partie de son

alimentation. Son climat si varié la rendait pourtant propre à toutes les cultures.

La canne à sucre est cultivée dans notre colonie depuis un temps immémorial; peut-être y poussait-elle à l’état de nature, quand les premiers colons débarquèrent dans l’île ; mais la grande extension donnée à cette culture ne date que de 1827.

La canne à sucre (saccharum officinal u m , Linn.) a des racines rampantes, fibreuses et genouillées; elles produisent à la fois plusieurs tiges articulées, lisses, luisantes, hautes de dix pieds environ et de un à deux pouces de diamètre; sur chacune de ces tiges poussent quarante à cinquante nœuds, d’où sortent des feuilles longues de quatre pieds ; larges de un à deux pouces, dentelées sur leurs bords, elles sont d’un beau vert et traversées par une nervure blanche. A sa base, la feuille embrasse la tige d’un nœud à l’autre, tandis que son extrémité s’étend en forme d’éventail. Ces feuilles tombent à mesure que le sucre s’élabore dans les entre-nœuds et que la canne mûrit. La tige se termine à son sommet par un jet sans nodosité, appelé fléché , de quatre à cinq pieds de haut; il est surmonté d’un panicule, sorte d’aigrette de vingt pouces, composé de ramifications grêles et nombreuses qui portent une multitude de petites fleurs blanches et soyeuses.

Le sucre s’élabore dans les parties de la tige appelées entre-nœuds, et ceux-ci servent à la reproduction de la

plante au moyen de racines qui sortent des nœuds quand on les met en terre.

On cultive plusieurs espèces de cannes à sucre, qui ne sont, paraît-il, que des dérivés de la canne à sucre blanche ;

Plant de café.

les principales sont : la canne jaune, la rouge et la violette.

La plantation de la canne demande un terrain préalablement préparé : les champs sont soigneusement épierrés, pour faciliter plus tard le sarclage, et le sol entretenu avec soin ; on trace ensuite dans la terre des sillons

à un mètre soixante les uns des autres ; entre ces sillons on creuse des fosses longitudinales de soixante-cinq centimètres de longueur, seize centimètres de largeur et vingt-cinq de profondeur; ces fosses doivent laisser entre elles autant de plein qu’elles ont de vide , c’est-à-dire être creusées à soixante-cinq centimètres les unes des autres. On couclie dans ces trous, en croisant les extrémités supérieures, deux têtes de cannes de quarante- cinq à cinquante centimètres de longueur, que l’on recouvre d’un simple bouchon de paille. On plante généralement de novembre à février, et l’on récolte de quinze à trente mois après; on récolte une recoupe au bout d'un ou deux ans, et souvent une troisième deux ans plus tard ; cela dépend de la qualité du terrain, de l’humidité du sol, et principalement des engrais plus ou moins actifs employés par les planteurs.

Quand le planteur juge que la canne, qui ne meurt jamais, mais qui va en s’étiolant, est suffisamment épuisée et ne rendra plus,, il arrache tous les plants de son champ, le met en assolement et y sème des pois de mascate et des embrevades pendant trois ans ; après quoi, il recommence à planter en cannes.

La récolte consiste à couper la canne au pied ;elle est ensuite débarrassée de ses feuilles et portée à la sucrerie.

Comme toutes les cultures, la canne a de bonnes et de mauvaises années ; elle a ses maladies et ses insectes destructeurs. En 1846 et 1847, par exemple, les cannes

jaunirent , à la Réunion , elles se desséchèrent et périrent en partie ; les cannes du pays les plus anciennement cultivées moururent presque toutes. On essaya d’autres espèces, entre autres la canne Diard, nouvellement importée, et la réussite fut complète ; malheureusement, on fit aussi venir des plants de Maurice, et avec eux on introduisit un insecte qui fait à la canne une guerre terrible, le Borer .

Le Borer ou perce-canne fut apporté à Maurice avec des cannes venant de Ceylan. La chenille est gris jaunâtre, avec deux rangées de points noir brun sur le dos et une plaque brune sur la tête ; elle vit dans la canne et y grossit dans les trous qu’elle y perfore dans ous les sens. Le Borer subit sa transformation parmi les feuilles qu’il lie de quelques brins de soie. Le papillon est nocturne et ressemble tellement à un fragment de feuille de canne desséchée qu’il faut beaucoup d attention pour le découvrir sous ces feuilles, où il se tient pendant le jour.

La canne ne meurt pas toujours des blessures que lui fait le Borer, mais elle reste dans un état de fermentation qui lui est très nuisible, parce qu’il empêche la cristallisation.

Les autres cultures de la Réunion sont :

Le café, dont les plantations occupent 4.464 hectares et produisent à l’exportation environ 375.000 kilogrammes, en décroissance sur les années antérieures; en 1881,

on a exporté 584.180 kil. ; 625.052 en 1882 ; 578.673 en 1883 ; 375.202 en 1884.

Nous avons vu comment le café fut introduit dans notre colonie ; sa culture prit rapidement une grande extension, et en 1817, nous relevons comme production le chiffre de 3.531.000 kilogrammes. Malheureusement, les ouragans, les ravages des insectes, l’épuise-^ ment du sol et la fièvre de la canne à sucre qui s’empara des planteurs de l’île à une certaine époque, firent négliger le café au point de ramener sa production aux chiffres que nous venons d’indiquer.

Le girofle , introduit par Poivre, et qui constituait autrefois la principale richesse de notre colonie, a presque entièrement disparu. Il en reste encore quelques plantations occupant une superficie de 246 hectares, donnant à peine 28.000 kilogrammes, tandis qu’en 1835 la récolte dépassait 890.000 kilog.

Cacao. Bien que n’ayant Jamais été fort importante dans la colonie, la culture du cacao semble progresser ; 1 55 hectares plantés de cacaoyers produisent environ 50.000 kilog. En 1835, le rendement n’était que de 10.000 kilog.

La vanille fut introduite en 1819 par le capitaine de vaisseau Philibert. M. Perrotet, qui arriva sur le même navire, le 27 juin 1819, déclare, dans un mémoire publié à ce sujet, que c’est lui qui apporta ces plants et qu’il en fit une deuxième importation en 1820. Quoi qu’il en soit, ses peines paraissent avoir été perdues; la

Préparation des grains de café.

plante ne produisant pas, on ne la cultiva plus guère que comme ornement dans les jardins.

Vers 1840, un jeune noir nommé Edmond , appartenant à M. Bellier-Beaumont, avait, sous la direction de son maître et de M. Lepervanche, étudié la botanique ; il voulut se rendre compte de la position des organes de cette fleur.

Dans la crainte d’une réprimande, Edmond n’osa pas cueillir une fleur de vaniller pour l’étudier ; il se contenta de relever l’opercule qui recouvre le pistil; pendant cette opération, le pollen des étamines tomba. La fructification artificielle était trouvée.

La culture de cette plante s’étendit rapidement ; elle est facile et produit de beaux résultats. Actuellement, 4.391 hectares sont consacrés aux plantations de vanille, et le produit dépasse 20.000 kil., d’une valeur de plus de 700.000 francs.

Le tabac que l’on cultive à la Réunion ressemble assez à celui de Virginie ; depuis quelques années, les récoltes ont donné des chiffres assez élevés. Actuellement, le gouvernement étudie un projet tendant à acheter des tabacs à la Réunion pour la Régie.

En 1835, le produit était de 82.000 kilog.; 484.000 en 1875, et actuellement 6 G0. 000 environ. Le nombre d’hectares cultivés en tabac est de 478.

Sous le nom de plantes vivrières , qui occupent 5.946 hectares, sont compris les plantes et les légumes d’alimentation : maïs j manioc , songes , appelés aux Antilles

choux caraïbes ; les patates douces , calebasses , citrouilles , embrevades , lentilles , pozs du Cap , pommes d'amour , l’arroic-rootf, dont le bulbe donne une fécule excellente ; puis , tous les légumes d’Europe , depuis la pomme de terre jusqu’aux asperges.

Parmi les fruits, nous retrouvons tous ceux que nous avons indiqués aux Antilles : mangues , avocats , ananas , bananes , bibasses , badamiers , citron mandarine , citron galet , coco, cu^r de bœuf, attes ou anones, figues de toutes les espèces, goyaves rouges, blanches et de Chine, grenades, grenadilles , limons , mangoustans , mandarines, oranges , sapotes , sapotilles, letchis, longanes , etc... Les fruits d’Europe, prunes, poires, pommes, abricots, poussent également à la Réunion.

Nous regrettons de ne pas voir figurer au nombre de ces produits le riz, qui cependant forme la base de l'alimentation de tous les habitants, riches ou pauvres, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent. Le riz est si peu cultivé dans notre colonie, qu'elle est obligée d’en acheter en Cocliinchine, -aux Indes et à Madagascar pour sa propre consommation.

En résumé, la valeur des terres employées en culture est estimée à plus de cent millions de francs ; celle des bâtiments et du matériel d’exploitation à plus de dix & huit millions de francs ; on compte à la Réunion 6,335 habitations rurales, dont 62 possèdent des moulins à vapeur ; 96,000 individus travaillant sur ces propriétés.

La colonie possède, en outre : 4,016 chevaux, 1,241

ânes, 8,575 mulets, 79,632 porcs, 8,684 taureaux et bœufs, 17,845 béliers et moutons, et 18,617 boucs et chèvres.

On compte 74,800 hectares de bois à la Réunion ; à

proprement parler ,. ce ne sont pas des bois, mais bien plutôt des taillis et des futaies ; pour trouver la

Cueillette du café.

vraie forêt, il faut s’avancer jusque dans les endroits à peine accessibles, sur les sommets élevés des montagnes. Partout où l’homme a passé, partout où les colons se sont établis, la forêt a disparu, et avec elle est partie une des richesses du pays, parce que le déboisement a été fait sans mesure et sans ménagement. Les essences précieuses, les bois d’ébénisterie, ceux propres à la construc*

tion des navires, à la charpente, si abondants autrefois dans l’île, n’existent plus qu’en petite quantité ; quand on les rencontre, c’est dans les endroits si éloignés des routes battues que leur exploitation est devenue très difficile.

Les arbres que l’on rencontre le plus fréquemment sont le tamarin des hauts ; ces arbres au tronc énorme et tourmenté sont propres à tous les travaux, et spécialement aux constructions maritimes ; on l’emploie aussi dans l’ébénisterie.

Le lois puant , absolument incorruptible, mais devenu très rare.

Le natte à petites feuilles , autrefois très commun ; il a été détruit en partie par les fabricants de bardeaux , petites planchettes appelées aussi essentes , que l’on emploie, en guise de tuiles et d’ardoises, pour couvrir les maisons. En présence de cette diminution, on a essayé des tuiles pour les toitures ; mais ce système réussit peu, parce qu’il résiste moins bien à la violence des ouragans ; puis le natte à grandes feuilles.

Citons encore le filao , grand pin très abondant ', le noir-des-hauts ou ébène ; le bassin rouge, blanc, à grandes ou à petites feuilles ; et quelques-uns des arbres que l’on trouve aux Antilles et à la Guyane.

La faune de la Réunion est loin d’être aussi riche que sa flore ; en fait de mammifères, outre les animaux domestiques, nous ne pouvons citer que le chat sauvage ,

le tenrec ou iangue, sorte de hérisson hibernant, le cabris , descendant des chèvres laissées dans l’île par les Portugais ; le lièvre , quatre ou cinq espèces de ratg, et plusieurs sortes de chauves-souris.

Parmi les oiseaux: plusieurs variétés de perroquets , des hirondelles , le calfat , ainsi nommé parce qu’en frappant les arbres de son bec il produit un bruit analogue à celui des ouvriers qui radoubent un navire ; le bengali , le cardinal , au plumage rouge ; le séné g ali , au bec rose ; le pigeon marron , le pigeon ordinaire , V aigrette , et enfin la perdrix , la caille , la tourterelle , la poule d’eau et tous les gibiers aquatiques de nos contrées.

On ne trouve d’autre reptile que la tortue, sept ou huit espèces de lézards et une couleuvre, absolument inoffensive, récemment importée, puis un gros lézard, espèce de caméléon, que l’on ne voit dans l’île que depuis fort peu de temps ; cet animal montre un goût très prononcé pour le tabac, et quand on lui met dans la bouche une cigarette allumée, il la fume jusqu’à ce que mort s’ensuive. Quelque étonnant que paraisse le fait, il est de la plus absolue vérité.

Quant aux insectes, coléoptères, diptères, névroptères, etc., ils sont innombrables ; deux semblent offrir quelque danger : le scorpion , dont la piqûre est très douloureuse, et le mjriapode ou cent-pieds , dont la morsure est à peine plus douloureuse que celle d’une abeille.

REUNION ET MADAU.

Comme on le voit, du côté du règne animal, notre colonie est bien partagée, et les habitants n’ont pas, comme à la Martinique, à redouter sans cesse la morsure des serpents.

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