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En 1857 En 1858 En 1859 En 1860
C’est là le maximum de production ; depuis lors, les chiffres ont continuellement baissé, pour arriver, en 1884, à 40 millions.
A cette époque, en 1860, des hommes intelligents, désintéressés, avaient jeté un cri d’alarme et prévenu
les créoles que peut-être ils faisaient fausse route en sacrifiant toutes les cultures à celle de la canne ; qu’un jour ce produit pourrait leur manquer ; que feraient-ils alors ?
Mais on gagnait de l’argent, beaucoup d’argent, et l’on n’écouta pas les conseils.
En cette même année 1860, M. Maillard, qui est resté vingt-six ans à la Réunion et qui a laissé de précieux documents sur notre colonie, écrivait :
« L’envahissement de la canne, qui fait maintenant la fortune de la colonie, est-il un bien ? est-il un mal?
« Telle est la question souvent posée.
« Nous désirons ne pas être prophète, et voir prospérer toujours le pays où nous avons passé les vingt -six plus belles années de notre vie ; mais nous restons convaincu que, tôt ou tard, la canne disparaîtra. On pourrait même citer telle localité, par exemple les terres entre Saint-Denis et la Possession, qui autrefois étaient couvertes de caféiers, que l’on a détruits’pour planter des cannes, où cette culture et même toute autre est devenue à peu près impossible par suite de la disparition du sol végétal entraîné par les eaux .
« . Que faut-il faire en prévision de la disparition
de la canne ? Nous ne dirons pas avec les peureux : plantons des vivres, en cas de guerre ; ou avec les arriérés : nous planterons des vivres et nous ne manquerons de rien . Il nous semble, à nous, qu’il vaudrait
mieux préparer à l’avance, et faire maintenant des 'essais de culture nouvelle. »
Et plus loin, parlant des résultats obtenus, il s’écrie :
« Si la culture de la canne a fait la fortune de l’île de la Béunion, on peut dire aussi qu’elle a ruiné bon nombre de ses habitants et qu’elle a été plus désastreuse pour le café et le girofle que les coups de vent et la baisse des prix de ces denrées. En effet, les facilités que trouvaient les planteurs de cannes à faire des emprunts avec les sucriers, à la condition, bien entendu, de leur engager leurs récoltes, ont poussé bien des petits cultivateurs à tout détruire pour se livrer à cette culture L’amour-propre s’en mêlant un peu, chacun voulut être au moins planteur de cannes, puisqu’il ne pouvait être fabricant de sucre.
« Le résultat ne se fit pas longtemps attendre, et le planteur, qui laissait déjà au sucrier la moitié du produit de son champ à titre d’indemnité de fabrication, vit le reste passer encore, presque en entier, entre les mains de celui-ci, en paiement des avances qu’il avait faites. Il fallut donc lui demander de nouvelles avances ; puis, à la première mauvaise récolte, on fut endetté ; et bienheureux les planteurs qui ne virent pas ainsi leurs champs passer entre les mains du manipulateur de cannes, en paiement des sommes avancées, auxquelles venaient s'ajouter les intérêts à 12 et 15 pour 100, sinon plus.
(( Ceci arriva aux petits planteurs, à ceux qui ne furent pas assez sages pour n’emprunter que le nécessaire,
attendant pour jouir que leurs cultures eussent donné des bénéfices. »
Quoi qu’il en soit, l’industrie sucrière et celles qui s’y rattachent sont à peu près les seules de la Réunion, et le seront sans doute encore pendant longtemps, diminuant chaque année, et chaque année emportant un peu de la richesse de notre colonie.
Les industries se rattachant à celle du sucre sont d’abord la fabrication du rhum, extrait de la fermentation d’un mélange d’eau et de gros sirop de mélasse. La production pour l’année 1884 a été de 2.500.000 litres de rhum, d’une valeur de 10 millions de francs, et3. 200.000 litres de sirop, valant 1.800.000 fr.
Une autre industrie consiste dans la fabrication des sacs ou emballages ; ils sont faits avec les feuilles du vacoua par la population pauvre des communes de Sainte-Rose et de Saint-Philippe, dont les terrains pierreux produisent beaucoup de vacoua. Les sacs contiennent 75 kilog. de sucre ; il s’en fabrique environ 3.000.000 par an, se vendant en moyenne cinquante-cinq centimes l’un.
Les autres industries de la Réunion sont fort restreintes, et leur production ne s’applique absolument qu’aux besoins locaux : briqueteries, scieries, chaufourneries.
Une industrie plus importante est celle de la construction des navires ; on fait à la Réunion des bateaux poulie cabotage jaugeant de dix à vingt tonneaux, et même
LA KÉUNION.
de plus grands qui vont à Maurice, à Madagascar et jusqu’aux Seychelles. La colonie possède encore plusieurs imprimeries typographiques et lithographiques.
Comme l’industrie, le commerce d’exportation se résume presque tout entier dans les expéditions de sucre .
Les exportations se montent à 17.613.358 francs, dans lesquels le sucre entre pour 14 millions.
Les importations atteignent le chiffre de 26.023.682.
De France, la Réunion reçoit le vin, les tissus et les articles de Paris ; les graisses, les salaisons, les peaux, cuirs, savons, briques, charbon, etc. Ses blés lui viennent des Indes, de la Cochinchine ; de Madagascar, elle tire les boeufs et les porcs nécessaires à sa nourriture.
Le chiffre total du mouvement commercial est de 43.637.040 francs.
Au point de vue du mouvement de la navigation, il est entré à la Réunion, en 1885, 194 navires français, jaugeant 145.318 tonneaux, montés par 6.818 hommes ; 40 navires étrangers, jaugeant 19.475 tonneaux, montés par 513 hommes.
Il est sorti : 194 navires français, jaugeant 148.012 tonnes, montés par 4.997 hommes; 38 navires étrangers, portant 18.411 tonneaux et 494 hommes.
La Réunion est reliée à la métropole par la ligne des Messageries maritimes qui fait le service entre la France et la Nouvelle-Calédonie ; le navire part de Marseille et fait escale à Saint-Denis ; le trajet est de 21 jours. De
Saint-Denis part un navire qui dessert Sainte-Marie de Madagascar, Diego- Suarez et Nossi-Bé.
Autrefois, toutes les monnaies avaient cours à la Réunion, et jusque dans ces derniers temps, on se servait de piastres, de roupies et de monnaie de billon frappée spécialement pour la colonie et appelée quatre sous et trois sous. Il y a quelques années, on a supprimé le cours légal de toutes ces monnaies et on l’a remplacé par les espèces françaises.
Pendant quelque temps, il y a eu aussi dans la colonie une monnaie connue sous le nom de Kerveguen .
C’était au moment de la crise monétaire ; M. de Kerveguen, un riche planteur de File, payait ses ouvriers au moyen de bons portant une indication de somme, et sa signature ; ces bons étaient remboursables à présentation à sa caisse, et le crédit de M. de Kerveguen était tel, que tout le monde acceptait ces sortes d’assignats. Pendant un voyage qu’il fit en Europe, le riche planteur eut l’idée d’acheter des pièces autrichiennes, des swansich démonétisés, et de les mettre en circulation à la place de ses bons, qu’on imitait trop facilement ; la nouvelle monnaie fut acceptée et prit le nom de Kerveguen.
Inutile d’ajouter que tous ces Kerveguens sont depuis longtemps remboursés et retirés de la circulation.