CHAPITRE II
Situation. — Étendue. — Montagnes. — Rivières. — Tananarive. — Tamatave. — Les habitants. — La baie de Diégo-Suarez.
C’est d’abord sous le nom de Saint-Laurent que l’on désigna la grande île africaine. Elle fut découverte, en 1506, par une flotte portugaise revenant des Indes, sous la conduite de Fernand Suarez ; battus par la tempête, les vaisseaux d’Emmanuel le Fortuné abordèrent sur oc une terre de grande étendue, habitée par une population nombreuse, de mœurs très douces, et qui n’avait pas encore entendu prêcher la religion du Christ )) (1).
C’était Madagascar.
La grande île de Madagascar est située dans l’océan Indien, vers la côte orientale de l’Afrique, dont elle est séparée par le canal ou détroit de Mozambique, large de quatre-vingt-cinq lieues. L’île suit une direction un peu oblique, avec orientation au nord, quart nord-est au sud, quart sud-ouest. Dans sa plus grande longueur, elle
(L Compcndio de las historias de las descubrimientas de la Indai orientala y suslslas, por Martinez de laPuente, page 115. (En Madrid, in-8*, 1681.
mesure neuf cent soixante-quinze milles, ou quinze cent soixante-sept kilomètres ; sa largeur varie entre quatre cents et quatre cent quatre-vingt-deux kilomètres. Sa superficie est de cinq cent cinquante- sept mille kilomètres carrés, c’est-à-dire qu’elle est un peu plus grande que la France, qui ne mesure, en chiffre rond, que cinq cent vingt-neuf mille kilomètres carrés. Au point de vue astronomique, Madagascar est comprise entre 11°57 — 25°45 de latitude sud, et entre 41°20 — 28°50 de longitude est de Paris.
La côte septentrionale de Madagascar est entourée d’îles qui nous appartiennent : Mayotte, Nossi-Bé, Nossi-Mitzio, Nossiu-Cumba, et à l’est Sainte-Marie de Madagascar ; vers le sud, la Réunion, les Comores, Maurice, les Seychelles, et de nombreux îlots répandus dans l’Océan.
Dans toute sa longueur, la grande île est traversée par une haute chaîne de montagnes, très rapprochée delà côte orientale, qui partage l’île en deux portions inégales. Fort élevée au centre — le point culminant atteint environ trois mille mètres — cette arête va s’abaissant vers les extrémités, et ses nombreux contreforts sont fréquemment coupés de vallées fertiles et boisées. Les hauts plateaux et les flancs de la montagne sont couverts d’épaisses forets et d’une végétation luxuriante. Trois rameaux se détachent de cette chaîne principale : l’un, au nord, prend le nom de monts Ankara ; le second occupe le centre de l’île et forme l’Ankaratra ; le troisième, l’Ambo-
himena, occupe la partie méridionale de Madagascar et vient finir aux environs de Fort-Dauphin.
En somme, Madagascar présente deux régions bien distinctes : la région montagneuse, qui se prolonge dans toute l'étendue de la côte est, descendant presque jusqu’à la mer en pentes abruptes et boisées ; une région relativement plate, formant une succession de plateaux qui entourent les montagnes et s’étendent vers l’ouest, occupant la majeure partie de l’île.
Ces mouvements du sol, ces alternatives de hautes montagnes, de profondes vallées, de grandes plaines, donnent à tout le pays un aspect des plus pittoresques.
De ces hauteurs descendent d’innombrables cours d’eau qui traversent les plaines et les fertilisent ; ils vont, à l’est et à l’ouest, porter leurs eaux à l’Océan, formant à leur embouchure une multitude de petites baies. Sur la côte orientale, ces fleuves ou rivières torrentielles, dont les bouches sont souvent encombrées de sables et d’alluvions, ont donné naissance aune centaine de lagunes qui, sur un espace de plusieurs centaines de kilomètres, s’étendent le long du rivage ; ils ne sont séparés de la mer que par d’étroites langues de terrain, et l’espace qui les divise est parfois si restreint, que de loin on croirait voir une rivière immense longeant le littoral.
Les deux côtes de Madagascar diffèrent absolument entre elles : tandis que la côte orientale forme une ligne presque droite, échancrée seulement dans sa partie septentrionale par la baie de Diégo- Suarez, une des plus
Travaux du fort de la baie de Diégo-Suarez.
belles du inonde, la côte occidentale est sinueuse, garnie de renflements, de caps aigus, et découpée de baies profondes , dont de nombreux îlots semblent protéger l’entrée. L’île se termine en pointe à ses deux extrémités : au nord par le cap d’ Ambre, au sud par le cap Sainte-Marie.
Au point de vue administratif et politique, l’île est divisée en vingt-deux tribus ou provinces, ayant chacune un gouverneur ; toutes ces tribus sont parfaitement distinctes les unes des autres ; autrefois elles étaient gouvernées chacune par leur chef respectif ; aujourd’hui quelques-unes ont subi la souveraineté des Ilovas ; mais dans beaucoup d’endroits, notamment dans le sud-ouest, les Hovas n’ont jamais pénétré. Les Hovas habitent la prairie d'Imerina, au centre de Madagascar : le chef-lieu est Tananarive.
Tananarive, que les Malgaches appellent Antananarivo (les mille villages), couvre le sommet et les pentes d’une vaste colline de granit et de basalte qui s’élève au centre d’un plateau.
Les maisons s’étagent en amphithéâtre, sans ordre et comme placées au hasard, formant une masse compacte d’où émergent les flèches des églises et les toits des palais. Au sommet, et presque au centre de la ville, s’élève le palais, manjaka-miadano , haut de trente-six mètres ; du toit s’élancent deux paratonnerres semblables à ceux qui surmontent nos monuments ; une large vérandah à trois étages fait le tour des bâtiments, sup-
portée par d’énormes colonnes en bois, réunies par des arcades. Le tout est peint en blanc.
En dehors d’une demi-douzaine de voies principales, il n’y a rien à Tananarive qui réponde à l’idée que nous nous formons d’une rue; les maisons, placées sans ordre, sont réunies dans de grands enclos par groupe de deux ou trois, et comme ces maisons sont construites sur des plates-formes taillées dans la montagne, il en résulte que la ville présente une succession de terrasses.
La population de Tananarive est d’une soixantaine de mille habitants .
Tamatave, en malgache Taomatina , n’était autrefois qu’un village de pêcheurs ; c’est aujourd’hui le principal marché de la côte orientale. La ville est bâtie sur le sable, au bord de la mer, et son aspect est charmant ; elle se divise en deux parties : le village blanc et le village malgache ; les Hovas occupent des habitations situées derrière le fort, en ruine depuis le bombardement.
Avant notre occupation, Tamatave était le port le plus important des Hovas. Comme dans toutes les autres villes malgaches, les maisons sont en bois ; mais celles des Européens sont soigneusement construites et nombreuses, car les commerçants de toutes les nations du monde, connus sous le nom de traitants, affluent dans la ville qui possède des hôtels.
La population actuelle est d’environ 20,000 habitants.
Le port, formé par des récifs de corail, est d’un abord
peu facile ; mais une jetée récemment construite permet d’aborder plus commodément.
Au chapitre suivant, nous parlerons du climat de Madagascar ; disons seulement ici, à propos de Tamatave, que la réputation d’insalubrité qu’oji lui a faite est au moins fort exagérée ; tous les voyageurs sont d’accord sur ce point.
Dans l’intérieur, les villes habitées par les Hovas ont un caractère spécial : elles sont généralement fortifiées et bâties sur des éminences ; cette disposition particulière a deux buts : d’abord de faciliter les moyens de défense contre les autres tribus indigènes, et ensuite d’éviter les émanations qui, dans la région des plaines, occasionnent des fièvres auxquelles les Hovas sont sujets plus que tous autres ; ils sont si peu faits pour habiter les autres parties de l’île, qu’aussitôt qu’ils quittent leur province, la fièvre les décime. Les fortifications sont des plus sommaires : autour de la ville, un mur circulaire de terre battue, de quinze à vingt pieds d’épaisseur à la base ; la partie supérieure est creusée et forme comme une galerie percée d’embrasures. Des portes^ taillées dans le mur même, permettent l’entrée et la sortie des villes.
Les maisons sont presque toutes en bambous * couvertes avec les feuilles d’une sorte de palmier appelé V arbre du voyageur , Urania speciosa. Quelques-unes, cependant, sont en bois ou en pisé, mais c’est l’exception i La cheminée se compose d’une caisse de bois remplie de
sable, sur lequel on allume le feu ; il est vraiment étonnant qu’avec un semblable appareil, les incendies ne soient pas plus fréquents ; ils sont rares, mais quand ils éclatent au milieu de ces demeures de bambou, le feu ne s’arrête que lorsqu’il n’y a plus rien à consumer ; personne, du reste, ne songe à arrêter le fléau ; chacun s’empresse de fuir, essayant d’enlever de sa maison ce qu’il a de plus précieux, et le bagage est léger.
Cette insouciance et cette incurie des Malgaches se montrent partout. Ce qu’on est convenu d’appeler les travaux publics, n’existent pas à Madagascar ; on ne trouve ni grandes routes, ni ponts, ni canaux d’irrigation; chacun fait sur ses terres les travaux nécessaires à leur entretien, y trace un chemin, y amène l’eau de quelque rivière voisine, ou établit une passerelle sur le cours d’eau qu’il doit traverser ; mais personne ne fait rien dans l’intérêt général. Voyager n’est pas chose commode dans ces contrées; il faut se faire transporter dans des hamacs suspendus à une perche que des porteurs soutiennent sur leurs épaules ; quant au gîte, dans les villages il n’en existe pas, à proprement parler ; on a bien dit que sur le chemin frayé de Tananarive à Tamatave on avait construit des abris (lapa) ; ces lapas n’ont pas été bâtis pour les voyageurs, mais bien pour recevoir les marchandises de la reine et du premier ministre. Si ces hangars ont parfois rendu quelques services aux voyageurs, c’est un fait purement accidentel, et que n’avaient pas en vue ceux qui en ont ordonné la création *
On a longtemps discuté sur l’origine des Malgaches ; les savants, les ethnologistes ont émis à ce sujet les opinions les plus diverses ; les uns les font tout simplement venir du continent africain ; d’autres, au contraire, et malgré la distance qui les sépare des Indes et de la presqu’île malaise, leur donnent une origine franchement asiatique. Les Hovas appartiennent à cette grande famille qui s'étend de Malaca aux îles du Pacifique, en passant par Sumatra, Java, Bornéo et tout l’archipel asiatique. A l’appui de cette théorie, qui écarte toute idée de mélange avec la race arabe , on cite l’aspect physique de ces populations : leurs traits réguliers, leurs pommettes saillantes, leurs lèvres minces, leur teint brun plutôt que noir; l’intelligence des individus, leurs mœurs, leurs industries et jusqu’à leur langage, qui présente avec celui des nations précitées, non seulement de fréquentes ressemblances dans les mots, mais encore une grande analogie dans la construction des phrases.
La population de Madagascar se compose de vingt à vingt-cinq peuplades, absolument distinctes les unes des autres, et se subdivisant en un grand nombre de tribus ; nous ne les étudierons pas toutes ; nous dirons seulement quelques mots des Hovas et des Sakalaves.
Les Hovas, actuellemnt la peuplade la plus considé* rable et la plus puissante, 800.000 environ, sont d’origine malaise, et leur introduction à Madagascar est relativement récente. La tradition rapporte qu’un jour ces hommes arrivèrent dans l’île montés sur des praos et
qu’ils exterminèrent et dépossédèrent une partie de la race indigène ; ils allèrent s’établir dans l’Imerina, sur les hauts plateaux du centre de l’île.
Pendant des siècles, les Hovas furent considérés par les Malgaches comme des parias ; tout objet touché par un Hova était considéré comme souillé et déclaré impur; la case où il avait pénétré était brûlée. Cette tribu était maudite, les autres Malgaches l’appelaient et l’appellent encore amboalambo (chien-cochon).
Plus tard, comme accord tacite d’une paix dont ils avaient si grand besoin, et comme tribut aux Malgaches, dont ils reconnaissaient la souveraineté, les Hovas déposaient à la limite des bois, du riz, du maïs, et les divers produits de leur industrie, que ces peuplades venaient recueillir.
Ce n’est que sous le règne de Radama Ier et grâce à l’Angleterre qui lui a fourni des armes, des munitions, instruit ses soldats, que ce peuple s’est relevé et a entrepris la conquête de l’île ; mais les premières périodes de son histoire ont singulièrement influé sur le caractère du Hova ; il est devenu triste, défiant, rampant, faux et cruel ; il offre un mélange de ruse et de forfanterie ; habile dans l’art de feindre, il est difficile de surprendre sa pensée, et souvent ùii sourire aimable et des politesses empressées cachent chez lui de mauvais desseins;
L’avarice est le vice domiiiant des Hovas, qui comptent pour rien les liens de famille ou d’amitié, s’ils l’empêchent de satisfaire son insatiable cupidité. C’est au
point que, au temps de la traite, lorsqu’ils manquaient de prisonniers, on les a vus enlever des parents ou des amis pour les vendre aux blancs. Le mensonge et la fourberie sont tellement estimés chez eux qu’ils cherchent à les inculquer le plus tôt possible à leurs enfants.
Au physique, leurs traits rappellent ceux de la race malaise; leur taille n’est pas élevée, quoique assez bien prise ; leur peau est olivâtre et leurs cheveux sont noirs, mais droits ou bouclés, sans être crépus et laineux.
Tel est, en résumé, le peuple qu’on se plaît à nous montrer comme si vertueux, les Anglais surtout. Les mémoires de la Société des Missions protestantes sont pleins de longs rapports dans lesquels les méthodistes vantent les bienfaits de la Bible sur le bon peuple hova.
Le fait est que de la religion ils n’en ont cure, et chacun sait les arguments ad hominem que les missionnaires sont obligés d’employer pour conduire leurs ouailles au temple.
M. Milhet de Fontarabie, qui a visité Madagascar, s’exprime ainsi à ce sujet ; après avoir traduit avec une vérité saisissante le contraste qu’offrent la beauté du pays et la laideur des vices des Hovas, il écrit :
« Il tient du Malais et de l’Arabe, c’est vous dire se3 instincts, ses vices, sa cruauté. Sa face fait évanouir votre rêve. Il semble vous dire : <£ Prenez garde à vous; quant à votre civilisation, nous n’en voulons pas ; quant à votre religion, allez écouter les proclamations que l’on fait tous les quinze jours aux troupes; »
RÉUNION ET MADAU. §
Sous le nom de Sakalaves, on comprend toutes les tribus vivant sur la côte occidentale de Madagascar; c’est la réunion de peuplades ayant chacune un nom propre et jusqu’il y a quelques années possédant des gouvernements distincts. Une partie a été soumise aux Hovas au commencement du siècle par Radama ; la lutte fut longue et sanglante, et pour les réduire, le roi des Hovas n’eut d’autre moyen que d’épouser la fille d’un roi du Méndbé, Pendant le règne suivant, poussés à bout par les cruautés des vainqueurs, les Sakalaves secouèrent le joug et se mirent itérativement sous la protection de la France.
Les Sakalaves semblent tenir de l’Africain ; ils sont de taille moyenne et forts sans être corpulents ; leurs membres sont vigoureux et bien proportionnés ; leur peau est noir foncé, leurs traits réguliers, leurs yeux noirs et pénétrants. Au moral, ils paraissent vaniteux, insouciants de l’avenir, défiants par ignorance, et cruels par superstition ; mais ils ont beaucoup d’amour-propre, l’intelligence vive ; ils sont sobres, vigoureux, agiles et durs à la fatigue ; instruits et bien commandés, ils feraient d’excellents soldats ; MM. Pennequin et Proubaux, capitaines de frégate, les ont employés utilement; bien dirigés, il deviendraient de bons agriculteurs.
On verra plus loin les services qu’on en a déjà obtenus.
Les diverses peuplades composant la population de Madagascar forment une population d’environ trois mil-
MADAGASCAE.
lions d’individus ; c’est du moins le chiffre indiqué par M. Grandidier dans sa déposition devant la Commission d’enquête.
Cette population est loin d’être homogène ; c’est une réunion de tribus ayant un caractère, des besoins, des coutumes, des intérêts différents ; mais ce n’est pas un peuple. Si quelques tribus sont effectivement soumises aux Hovas, ceux-ci n’exercent sur un grand nombre qu’un pouvoir absolument nominal, tandis que beaucoup d’autres ont entièrement conservé leur indépendance. Le titre de cc roi de Madagascar » que s’arroge le souverain des Hovas est plus prétentieux que réel.
A proprement parler, les Malgaches n’ont pas de culte ; leur religion se résume dans une sorte de fétichisme, dans l’adoration d’une foule d’objets : amulettes, gris-gris, oiseaux, animaux de tous genres. Il n’y a pas de divinités propres, partant, ni temples ni autels, mais seulement des endroits sacrés, des pierres où s’offrent les sacrifices et où se pratiquent les mystères de la divination. Il est à croire, cependant, qu’ils ont une notion de la vie future, car ils ont une vénération profonde pour les mânes de leurs ancêtres, auxquels ils adressent des invocations et qu’ils consultent dans les circonstances difficiles de la vie. Les Madecasses sont fort superstitieux Comme tous les autres peuples, du reste : ils croient aux jours fastes et néfastes, aux sortilèges, à l’influence des nombres. Beaucoup de Malgaches sont convertis au catholicisme et au protestantisme; ces derniers seraient les moins
nombreux, au dire de MM. Grandidier, le voyageur bien connu, Campan, chancelier du consulat de France à Tananarive, et du P. La Yeyssière. Selon eux, les gens riches et les officiers du palais sont protestants ; ils sont entièrement sous la domination des méthodistes anglais ; le peuple et les gens de la campagne seraient au contraire plus portés à embrasser le catholicisme.
Le gouvernement des Ho vas est la forme la plus absolue de l’autocratie ; tous les sujets, du plus petit au plus grand, sont les très humbles serviteurs du souverain; ils ne peuventprendre une décision quelconque, entreprendre un voyage, changer de résidence ni même faire enterrer un des leurs, sans demander l’autorisation du chef de l’Etat. Toutes les terres, toutes les maisons, tous les esclaves des Hovas sont considérés par le roi comme lui appartenant; il peut les prendre comme bon lui semble. Les provinces sont administrées, si l’on peut employer ce terme, par des gouverneurs. Les pouvoirs publics sont remplis par un premier ministre et un ministre pour chaque département. Les lois, arbitraires et vexatoires pour la plupart, sont promulguées par le souverain, comme de simples décrets.
La souveraine actuelle est la reine Ranavalona II, proclamée le 13 juillet 1883.
Malgré la soi-disant abolition de la traite des esclaves imposée par les Anglais au roi Radama Ie* en échange de l’or et des fusils que celle-ci donnait pour s’eii servir
contre nous, l’esclavage existe à Madagascar ; chez les seuls Hovas, le nombre des esclaves dépasse 400.000. Les Anglais, en gens pratiques, ne font rien pour l’abolir. Ils savent que s’ils touchaient à cette plaie, qui est une des principales richesses des habitants, ils auraient contre eux toute la population libre de la province.
Aussi, peut- on lire dans les nombreux ouvrages des missionnaires protestants, que les esclaves sont on ne peut mieux traités par leurs maîtres; leur sort est des plus enviables ; ils vivent dans la famille sur le pied de la plus parfaite égalité avec tous ses membres ; et, à en croire ces bons méthodistes anglais, ils sont plus heureux que s’ils étaient libres.
Nous avons dit que par suite du traité du 22 février 1886, traité que nous ne voulons pas apprécier ici, nous gardions un établissement dans la baie de Diégo-Suarez, la plus belle du monde, ont dit tous les voyageurs qui l’ont visitée.
La baie (T Amtombouc ou de Diégo-Suarez se compose, à proprement parler, de trois baies appelées par les Malgaches Douvouch-Foutchi , baie des Cailloux-Blancs \Douvouch-Varats , baie du Tonnerre ; Douvouch-Vasa , baie des Blancs, et enfin, une quatrième baie, dans laquelle on pénètre par un canal facile, et qui, reconnu par la frégate la Nièvre, porte le nom de Port-de-la-Nièvre , et enfin, le cul-de-suc Gallois.
« L’entrée de la baie de Diégo-Suarez, dit M. Barbié
du Bocage, a environ 2,400 mètres de longueur sur 2,000 mètres de largeur; mais cette dernière dimension est diminuée en un point de près de 1,000 mètres par un banc de sable tenant au côté nord. Sur le point le plus resserré du chenal d’entrée, presque en son milieu, à l’extrémité du banc de sable, se trouve une île nommée île de la Lune ou Nossi- Volane, qui a 600 mètres de longueur dans une direction à peu près parallèle au rivage. Elle semble admirablement placée pour défendre l’entrée de la baie ; les batteries qu’on ne manquerait pas d’y établir, croisant leurs feux avec celles des deux rives, rendraient la passe presque impossible à traverser; en outre, les feux d’une petite île nommée Nossi-Lcmgour , ou de V Aigrette, située à l’intérieur, à 4,000 mètres de l’entrée, prendraient en tête les vaisseaux qui, par hasard ayant franchi le goulet, voudraient pénétrer dans la grande baie. La profondeur du chenal varie entre 20 et 30 brasses, ou 32 et 48 mètres, c’est-à-dire plus qu’il n’est nécessaire aux plus grands vaisseaux (1). » Avec quelques torpilles, on peut facilement mettre la baie en état de défense.
Des travaux de défense de la baie sont commencés ; on y élève un fort, et bientôt les nombreuses habitations des traitants viendront se grouper autour de ce point qui deviendra un centre commercial important, un port
(1) Barbié du Bocage, Madagascar , Colonie française , in-8°, Paris
d’approvisionnement pour le ravitaillement de nos vaisseaux, et, au besoin, un point stratégique d’où nous rayonnerons dans toute la mer des Indes.
Actuellement,, la baie de Diégo-Suarez est desservie par la Compagnie des Messageries Maritimes.