CHAPITRE III
Importance de la colonisation de Madagascar au point de vue commercial et militaire. — Production du sol. — Commerce. — . Industrie.
Il suffit, pour établir l’importance de la colonisation de Madagascar par la France, de lire les livres anglais écrits sur cette question, et les nombreux articles de journaux parus dans ces dernières années ; nous n’en citerons que deux : M. Shaw, dans son livre Madagascar and France , s’exprime ainsi : (( Commercialement, Madagascar offre un intérêt immense pour les Anglais. Non seulement les demandes de fer, de tissus de coton, de verreries, de faïences, deviennent chaque année plus nombreuses et plus rémunératrices, mais encore, et on l’a souvent répété, la terre de Madagascar est 4a» plu£ fécondes ; son sol fertile donne en abondance toutes les productions si recherchées en Angleterre. En outre, Madagascar possède des richesses minérales inouïes, encore inconnues, auxquelles il ne manque, pour être mises en valeur, que la confiance du gouvernement à l’égard des Européens. Elles donneront alors aux capi-
Forêt de cocotiers.
MADAOA £CAB.
taux anglais employés dans ces exploitations des bénéfices considérables. De plus, Maurice, notre colonie riche et florissante, quoique si petite, tire de Madagascar la majeure partie de son alimentation , et notamment les bœufs, les porcs et la volaille. »
C’est un missionnaire anglican qui parle ainsi, un de ces méthodistes, pionniers-explorateurs, que l’Angleterre envoie dans les pays qu’elle convoite, pour renseigner les commerçants, faire des prosélytes et préparer les voies à ses nationaux. Un ancien résident anglais à Madagascar écrivait la lettre suivante : « Est-il d’une bonne politique de laisser les Français s’établir à Madagascar, l’une des plus grandes îles du monde, qui a plus de neuf cents milles de long et qui produit tout ce qui est nécessaire à l’existence de l’homme ? Elle fournit du bois pour la construction des vaisseaux, des minéraux en abondance, d’immenses richesses agricoles, de grandes quantités de bestiaux, si utiles à Maurice, en un mot, tout ce qu’il faut pour former un grand pays. Est-il d’une bonne politique que nous permettions aux Français d’avoir une colonie comme Madagascar, à deux jours de traversée de l’île Maurice ? Si nous souffrons cela, notre empire de l’Inde sera surpris de voir qu’à sept ou huit jours de traversée, il a un redoutable et dangereux voisin. La possession de Madagascar rendra les Français maîtres du Mozambique et de la principale route de l’Inde. »
Telle est l’opinion des Anglais sur la grande île africaine, et telle est leur crainte de nous la voir posséder
que, ne pouvant nous la disputer ouvertement, ils ont. depuis soixante-dix ans, mis tout en œuvre pour y détruire notre influence, et la remplacer par celle de l’Angleterre.
A l’heure actuelle, tous nos efforts sont dirigés vers l’Extrême-Orient ; nous cherchons à y créer de nouveaux débouchés pour notre commerce et les produits de notre industrie ; à ouvrir vers la Cochinchine, l’Annam, le Cambodge, le Tonkin, un courant d’émigration et d’entreprises industrielles ; plus nombreux que jamais, nos navires vont sillonner l’océan Indien. Or, quelle station avonsmous de Marseille à Saigon, du cap de Bonne- Espérance en Cochinchine ? Obock deviendra un port de ravitaillement pour nos paquebots traversant le canal de Suez ; la Réunion peut recevoir quelques navires dans son petit port de Saint-Pierre, et, quand le port de la Pointe-des-Galets sera terminé, il pourra offrir un abri à nos navires de commerce ; mais nous n’avons pas une rade où une flotte tenant la mer pourrait venir s’abriter et se ravitailler ; nous n’avons pas, dans l’océan Indien, un bassin où nos vaisseaux puissent réparer leurs avaries.
Dernièrement, un de nos navires de guerre, en station devant Madagascar, ayant subi des avaries à son hélice, s’est vu obligé d’aller à Maurice et de demander aux autorités anglaises l’autorisation de pénétrer dans le port. Le conseil de l’île insista auprès du gouverneur pour que cette permission nous fût refusée, sous prétexte que la France, étant en guerre avec les Hovas, alliés de l’Angleterre, celle-ci ne pouvait donner asile à un de nos vais-
seaux. Fort heureusement, le gouverneur de Maurice, sir Hope Hennessy, est un Irlandais et un catholique qui réprouve hautement tous les agissements des méthodistes anglais et dont les sympathies pour la France sont connues : il refusa de déférer au vœu du conseil, donnant pour raison que, quelques semaines auparavant, il avait laissé Y Atananarivo, navire ho va, pénétrer dans la rade de Maurice,
Madagascar, au contraire, nous offrait, sur plus de quinze cents kilomètres de côtes à l’est, et sur dix-huit cents à l’ouest, des rades naturelles si vastes et si bien abritées, que celle de Diégo-Suarez, par exemple, est réputée comme une des plus belles du monde ; dans les baies d’Antongil, du Passandava, de Mahagambo, de Bombétok, de Saint-Augustin, sur la côte orientale et sur la côte occidentale, nos vaisseaux trouveraient un abri sûr et un ravitaillement certain en vivres et en combustibles. Madagascar cultivée et colonisée ne saurait refuser à nos flottes ce que Madagascar encore en friche et tout à fait sauvage a fourni si abondamment à Mahé de La Bourdonnais, au vicomte d’Aché, au bailli de Suffren.
Pour se rendre compte de l’importance stratégique de Madagascar, il suffit de jeter les yeux sur la carte de l’océan Indien : la grande île commande à la fois toute la côte orientale d’Afrique, dont elle n’est éloignée que de quatre-vingt-cinq lieues, l’Hindoustan et l’archipel asiatique. Par Madagascar on surveille la route des Indes depuis le détroit de Bab-el-Mandeb ; si le canal de Suez
tombait aux mains d’une puissance ennemie, par Madagascar on serait maître du cap de Bonne-Espérance. Occuper Madagascar c’est, au point de vue militaire,
Orchidées.
reconquérir un point d’appui important, qui nous manque absolument depuis le traité de Paris ; c’est reprendre dans l’océan Indien la prépondérance que nous j avions naguère.
Au point de vue commercial, Madagascar est, et sera
longtemps encore, un pays de consommation où les produits de notre industrie trouveront un débouché assuré. La grande île compte une population de trois millions d’habitants environ , dont deux millions , au moins, demandent à la France, à l’Angleterre, à l’Allemagne, des marchandises fabriquées ; en échange, elle leur rend des matières brutes, les produits de son sol fertile, et quand l’exploitation de ses richesses minérales ne sera plus prohibée par les naturels, on retirera de ses mines l’or, le cuivre, le fer, le manganèse, le mercure et la houille. Déjà, grâce à quelques maisons françaises établies à Madagascar, c’est notre pays qui fournit aux Malgaches presque tous les produits alimentaires, conserves, spiritueux, vermouth, absinthe, eaux-de-vie ; les indigènes connaissent et demandent les marques françaises, qu’ils apprécient et parmi lesquelles ils savent faire une différence. C’est la France aussi qui fournit le vin : jusqu’ici, il n’y a pas de concurrence, mais il est à craindre, si nous n’y veillons pas attentivement, qu’à une époque, qui n'est pas éloignée peut-être, les Etats- Unis n’expédient à Madagascar les vins qu’ils récoltent en Californie. Les tissus, excepté les cotonnades qu’ils tirent d’Amérique, et tous les articles de vêtement, viennent, pour la plus grande partie, de France. A notre colonie de la Réunion, Madagascar demande du rhum en grande quantité, et l’on nous assure que le manque de ce liquide, qui ne vient plus depuis le commencement des hostilités, est une des plus grandes privations des
Ho vas. À la reprise des transactions,, il y a là un débouché sûr et constant pour les rhums de la Réunion. Ces articles d’importation, dont la vente ne peut que s’accroître de jour en jour, et prendre rapidement un développement considérable, sont frappés, à l’entrée sur le territoire malgache, d’un droit de douane de 10 % ad valorem; « mais les douanes hovas sont aussi mal organisées que possible. Les douaniers mettent dans leurs poches l’argent qu’ils reçoivent, et il n’en arrive certainement pas grand’chose à Tananarive (1). » Que l’on suppose un système de douane bien installé (la chose est toujours facile dans une île ; il suffit d’indiquer, dès le principe, les ports dans lesquels les transactions se feront, et de surveiller les côtes avec des bâtiments légers), supposons, dis-je, un service de douane bien organisé, et l’on verra quel rendement on peut obtenir sur l’importation seulement.
Cependant ce commerce d’importation n’est rien, en comparaison des chiffres que pourront atteindre les exportations lorsque, sûres du lendemain, de grandes maisons de commerce, imitant celles qui ont déjà installé des comptoirs et des usines à Madagascar, viendront mettre en valeur les richesses de l’île. Les produits à exporter seront de trois sortes : bestiaux, produits agricoles et produits miniers. Les immenses pâturages de Madagascar nourrissent un nombre incalculable de
(1) Enquête 'parlementaire sur les évènements de Madagascar. Déposition de M. le commandant Boutet, capitaine de frégate.
MADAGASCAB.
bœufs, de moutons et de porcs à l’état sauvage, croissant et multipliant sans qu’on s’en occupe. Dans toute cette partie du monde, le bœuf manque absolument: il n’existe ni sur la côte d’Afrique, du Cap à Zanzibar, ni aux Seychelles, ni à Maurice, ni à la Réunion; c’est Madagascar qui approvisionne de viande de boucherie tous ces pays. De nombreux boutres arabes sillonnent sans cesse le détroit de Mozambique, venant charger des bœufs sur la côte occidentale de Madagascar ; toute la viande consommée par les cinq cent mille habitants de Maurice et de Bourbon arrive de Madagascar. Une seule maison envoie chaque année quinze mille hœufs à Maurice et sept mille à la Réunion. L’abondance du bétail est telle, que, malgré ces chiffres déjà énormes prélevés sur les troupeaux, Madagascar exporte encore chaque année de cinq à six cent mille cuirs ; le port de Majunga, à lui seul, en livre annuellement cent cinquante mille. La viande et la graisse de ces bœufs, tués sur place, est perdue ; ce serait encore là une industrie à créer. Quant aux porcs, ils sont si nombreux qu’ils n’ont qu’une valeur minime ; la volaille ne vaut guère plus que l’œuf. Les bestiaux sont frappés d’un droit à la sortie, ainsi que les cuirs. Toutes ces peaux sont exportées salées,, et Madagascar ne produit pas de sel ; il y a bien, il est vrai, des salines sur la côte occidentale, mais elles sont peu considérables et pas encore exploitées. Ce fait est fort intéressant, et, malgré son peu de valeur intrinsèque, le sel a pour le commerce français un inté-
rêt considérable : nos navires partant de Marseille et allant charger des marchandises à Madagascar sont souvent obligés de voyager sur lest ; or les salines de Bouc et d’Hyères, dans le voisinage de leur point de départ, peuvent leur fournir un fret pour l’aller. Les navires anglais qui se dirigent sur Madagascar, chargent du charbon aussi; certains de ne pas faire un voyage à vide, ils vont volontiers à Madagascar ; mais il en sera tout autrement le jour où les houillères de la grande île seront exploitées ; ce sera là pour notre marine un avantage considérable et qui mérite bien qu’on s’y arrête.
On peut difficilement imaginer un sol plus fertile, un pays plus riche que Madagascar. « Quel admirable pays » ! écrivait Commerson, en 1771. La constitution géologique de l’île, sa situation climatérique, la succession de plaines, de plateaux élevés, de hautes montagnes d’où coulent d’innombrables rivières, rendent Madagascar propre à toutes les cultures : on y récolte et les fruits des pays tropicaux et les légumes de la zone tempérée ; le riz dans les plaines irriguées et dans la région marécageuse ;le blé sur les hauts plateaux, et presque partout la canne à sucre, le café, le coton et l’indigo. Ces oultur#* ne sont pas encore développées, mais les essais qui ont été tentés jusqu’ici ont fait plus que de donner des espérances, ils ont déjà donné des résultats. Sur la côte occidentale, la culture du riz a pris une importance tellement considérable qu’il y a quelques années des négociants de Marseille ont fait construire à Manhoro une grande
usine à décortiquer et à nettoyer le riz ; ces négociants ont dépensé 300.000 francs pour l’installation de leurs machines ; c’est la meilleure preuve que l’on puisse donner des résultats que l’on peut attendre de la culture du riz à Madagascar. Maurice et la Réunion sont déjà tributaires de la grande île pour ce produit d’alimentation, qui constitue la base delà nourriture des habitants de toute cette partie du monde. Une plantation de café, créée parla même maison, a donné dès les premières anne'es de quinze à vingt mille kilogrammes d’un excellent café qui se vend en France sous la marque de café Bourbon. La canne à sucre vient à l’état de nature ; elle atteint une grosseur et une longueur double de celle de Bourbon ; on la cultive plus particulièrement sur la cote orientale ; toute cette région possède des plantations admirables. Dans sa déposition devant la commission d’enquête sur les événements de Madagascar, M. Thomas des Essarts, ancien négociant à Madagascar, cite les chiffres suivants : « Dès 1865, nous avons chargé sur nos navires jusqu’à un million deux cents milliers de sucre à la fois, faits sur les propriétés delà côte est...L« docteur Rogers devait faire cette année deux millions d« livres de sucre sur ses propriétés ; M. Bruche devait en faire un million de livres. Je ne connais pas les quantités que devaient faire les autres propriétaires. » Le cacao, l’indigo, sont dans les mêmes proportions ; quant au caoutchouc, une seule maison de Marseille en importe annuellement pour plus de un million de francs. B est
encore un antre produit qui entre pour un chiffre tinctorial, l’orseille, qui se rencontre en abondance sur l’île ; pour la récolter, on n’a pas encore pénétré dans l’intérieur des forêts. A ces produits, ajoutons les plantes oléagineuses de toutes sortes, les légumes, et les fruits d’Europe importés et acclimatés par M. Laborde. La vigne vient sans culture, et le raisin qu’elle produit serait excellent si l’on ne le cueillait avant sa maturité. La pomme de terre, très recherchée des indigènes, est à Madagascar de qualité excellente. Les bois de charpente et de construction sont très nombreux ; on en compte jusqu’à huit espèces ; les bois d’ébénisterie de luxe sont aussi beaux que ceux de notre colonie delà Guyane.
La région minière de Madagascar n’a été explorée sérieusement que de nos jours. M. Grandidier, qui a publié de si remarquables travaux sur Madagascar, a constaté l’existence de belles mines de cuivre et de plomb dans les massifs métamorphiques situés à vingt lieues au sud-ouest de Tananarive. Il y a, en outre, à Imerina des mines de manganèse et de plombagine que les indigènes emploient pour le vernissage de leurs poteries. Le minerai de f#r oligiste ou d’hématite se rencontre à chaque pas dans la partie montagneuse. Le marbre blanc est commun au centre de l’île. En 1859, M. Fleuriot de Langle a constaté sur la côte occidentale la présence de beau marbre jaune veiné de blanc. Longtemps, et dans un intérêt facile à comprendre, les méthodistes anglais ont nié l’existence du charbon à Madagascar ; aujour-
d’hui sa présence en niasses considérables est prouvée, non seulement par les récits de nombreux voyageurs, mais encore par le rapport de M. Guillemin, ingénieur, qui, en 1863, a fait une exploration de la côte du nord-ouest dans les baies de Passandava et de Bavatoubé. « La surface réellement utile, quoique fortement réduite, dit l’ingénieur, peut encore être évaluée à trois mille kilomètres carrés, surface supérieure à celle de tous les bassins houillers de France, qui n’est, en effet, que de deux mille huit cents kilomètres carrés. Cinq affleurements de bouille ont été trouvés sur les bords de la baie de Bavatoubé. La qualité de ces houilles offre à peu près toutes les variétés : houille sèche, houille grasse et houille à gaz. Analysés à l’école des mines à Paris, les échantillons ont donné des résultats satisfaisants (1). » Il est inutile d’insister sur l’importance qu’offre pour la France la possession de ce vaste gisement houiller, entre Toulon et la mer des Indes. L’annonce de la présence de l’or à Madagascar a rencontré bien des incrédules ; dans tous les pays de l’Afrique, on parle de mines d’or, et cependant on n’y croit pas ; mais l’existence du précieux méta^ à Madagascar est maintenant un fait avéré . M. Grandidier assure qu’on a trouvé récemment de l’or dans un petit affluent de Tlkioupa, du côté de Mahavétanana. Une maison à Marseille a reçu, dans les six derniers mois de l’année 1883, pour trente-six mille francs de
(1) documents sur la Compagnie de Madagascar, p. 536.
pondre d’or, et un ancien agent de cette même maison, rentré en France pour rendre ses comptes, est reparti tout dernièrement pour Madagascar, dans le but d’exploiter une mine d’or, de compte à demi avec les fils de Itainiliarivony, le premier ministre de la reine des Hovas. Dans tout le plateau central, dans le Betsileo, l’Ankova et l’Antsianaka, on trouve le minerai de fer ; les monts Ambohîmiangara, à l’ouest de Tananarive, en renferment de telles masses que les indigènes les ont surnommés les montagnes de fer. « Les pierres précieuses trouvées jusqu’à présent à Madagascar ne sont ni belles ni variées ; ce sont des améthystes, des aigues-marines, des opales. Mais le cristal de roche (vatomahita) y est en morceaux d’une abondance et d’une beauté extraordinaire. Fressange va jusqu’à donner au plus gros bloc vingt pieds de circonférence, exagération qui peut-être ne doit donner qu’une idée de leur dimension exagérée... On en a surtout de belles carrières à Yohémar, qui en fait l’exportation. Malgré la loi, les Hovas les exploitent et les achètent aux indigènes, à raison de quinze à vingt piastres (75 à 100 francs) les 100 livres (1). )>
Tel est, très abrégé, l’exposé des richesses de Madagascar. Un sol fertile sur lequel poussent, sans culture, les plantes des pays tropicaux, les fruits de l’Europe, les épices et les racines nutritives. D’immenses pâturages
(1) Henry d’Escamps, Histôire et géographie de Madagascar', p. 402 .
nourrissent d’innombrables troupeaux de bœufs. Les vastes et profondes forêts de l’intérieur fournissent les essences les plus variées : bois de construction, bois d’ébénisterie, arbres à résine. Enfin, si on fouille le sol, on y trouve les métaux les plus recherchés et surtout la houille, l’aliment de notre industrie et denotre navigation . Les côtes échancrées offrent à nos vaisseaux, à notre marine de commerce, avec des ports commodes, toutes les ressources imaginables: les riches cargaisons, les vivres abondants.
Les adversaires de la colonisation de Madagascar par la France soulèvent de nombreuses objections tirées de l’insalubrité du climat, du recrutement des colons, de l’engagement des travailleurs.
À Madagascar, l’année se divise en deux saisons : la saison sèche ou bonne saison, et la saison pluvieuse ou hivernage. La première commence fin maietdurejusqu’en octobre; la chaleur est alors tempérée ; de très fortes brises soufflant pendant lejour rafraîchissent et purifient l’air. L’hivernage commence fin octobre et dure jusqu’à la fin d’avril. C’est vers janvier et février que la chaleur atteint son maximum et que le climat est le plus malsain dans les endroits marécageux. On a singulièrement exagéré l’insalubrité de Madagascar ; on a publié à plaisir que l’Européen ne vivait pas sous son climat meurtrier ; ces bruits ont été répandus avec intention par les méthodistes anglais, dans le but d’éloigner les Français de l’île ; ceux-là même qui dénoncent le climat comme terrible
et mortel, résident depuis des années à Madagascar, et y jouissent d’une excellente santé, ainsi que nos compatriotes établis à Antananarive et sur divers points de la côte nord-ouest. La vérité est qu’à Madagascar, comme en France, comme dans la plupart des pays, il y a des régions malsaines, des régions marécageuses d’où s’élèvent des miasmes pestilentiels occasionnant des fièvres qui ont, avec celles de Rochefort, une grande analogie. C’est sur la côte orientale que se manifestent ces fièvres, car le long du littoral s’étendent des lagunes par centaines dont les bords sont marécageux ; mais dès qu’on a pénétré à quelques lieues dans les terres, dès que l’on est sur les plateaux élevés de l’intérieur, on respire une atmosphère absolument saine. Tous les officiers de marine qui ont séjourné à Madagascar, nos consuls, les négociants et leurs agents établis depuis de longues années dans l’île, sont d’accord sur ce point ; ils signalent comme particulièrement sains la région du nord-ouest et les environs de Fort-Dauphin. Du reste, l’insalubrité tend à diminuer partout, et quelques travaux d’irrigation intelligemment faits auraient bientôt raison f des fièvres paludéennes.
Le courant d’émigration sur Madagascar se fera de lui-même dès que les Européens seront assurés de la protection de la France. De nombreuses maisons de commerce françaises et américaines ont créé des comptoirs dans cette île, dont ils connaissent les richesses ; ils en augmenteront le nombre et seront bientôt suivis par
d’autres maisons. Les Français, quoi qu’on en dise, et surtout quoi qu’en disent les méthodistes anglais, sont nombreux à Madagascar, et ils seront rejoints par nos compatriotes de la Réunion et de Maurice, qui se sentent à l’étroit dans ces deux colonies et qui viendront entreprendre à Madagascar les grandes cultures qu’ils ne peuvent plus faire dans les îles devenues trop petites pour leurs habitants ; ils viendront fonder de grandes sucreries, de grands établissements agricoles, et dans quelques années Madagascar sera une des plus belles et des plus riches colonies de la France. Déjà, l’on nous citait ce fait il y a quelques jours, un grand nombre de Bretons (1.500, croyons-nous) se sont adressés à la Société de colonisation à Brest pour demander d’être conduits à Madagascar ; tous ces hommes courageux et travailleurs possèdent un petit pécule ; ils veulent aller à Fort- Dauphin reprendre les travaux commencés parleurs ancêtres et. refaire de ce petit coin de terre si fertile et si beau, une terre française. Une fois l’exemple donné, de grandes compagnies agricoles se fonderont et, nous le répétons, dans quelques années, Madagascar sera bien la France Orientale , agricole, commerciale et industrielle.
L’objection tirée du manque de bras sous cette latitude où l’Européen ne peut supporter les durs travaux de la terre (toujours d’après les. méthodistes) n’est pas sérieuse. Les populations malgaches, à de rares exceptions près, fournissent des travailleurs honnêtes et laborieux ; si jusqu’à présent les Betsimisaraks, les