LE NAUFRACE DU SAINT-GÉRAN
d Le Saint- Géran, du port de 600 tonneaux, armé dé 30 canons, partit de Lorient le 24 mars 1774, sotrè lé commandement du capitaine Delamarre (1). L’ét&tmajor se composait de MM. Mallet, premier lieutenant ; Péramont, second lieutenant ; Lonchamps de Montendrè, premier enseigne ; Lairy second enseigne et écrivain ; le chevalier de Bœtte, enseigne surnuméraire.
« Il y avait à bord 186 personnes, lorsque, 22 jdhrè après son départ, le Saint- Géran relâcha à Gôréé) 'où il prit, pour les déposer à l’île de France, au compte de l’Etat, 20 nègres et 10 négresses, tant Iolofs que Bambaras. Un Français de 25 ans, du nom de Bellevâh, s’y était en outre furtivement introduit.
Le vaisseau voguait paisiblement avec les 217 personnes qu’il renfermait dans ses flancs, malgré l’affreuse maladie qui s’était déclarée à bord avec tant d’intensité qu’elle mit sur les cadres plus de cent d’entre elles, lors-
(1) Et non Aubin, comme l’écrit Bernardin de Saint-Pierre.
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que, le 16 août 1773 (1), vers les quatre heures du soir, on aperçut l’île Ronde, en vue de Pile de France.
a Tout à coup, la mer dévient furieuse, le navire est mis à la cape au S. -S. -O et O.-O. A 3 heures du matin, le Saint- Géran, pris au travers, est poussé sur Pile d’ Ambre et brisé contre les récifs. « Au coup de talon que donne le navire, rapporte le naufragé Jean Janvrin, pilote, de Saint-Malo, tous les officiers sortent de leur chambre et viennent en chemise sur le pont. » L’équipage s’agenouille à bâbord, où la mer ne venait pas encore, malgré l’inclinaison du vaisseau, et implore la protection de Dieu. Aussitôt le R. P. Martin Burck, du couvent des Bïllettes , à Paris, aumônier du Saint- Géran, donne la bénédiction générale et entonne le Salve regina et Y Ave, maris Stella , que continuait avec l’enthousiasme de la foi l’équipage breton. L’hymne achevée, les vœux à sainte Anne d’Auray terminés, ces hommes pieux s’embrassèrent en se demandant pardon les uns aux autres . •
f . Un morne silence régnait dans rassemblée, qui
attendait la fin de ce drame déchirant. Au point du jour, l’équipage cherche vainement à se sauver dans les bateaux ; mais bientôt, les mâts tombent, les bateaux sont écrasés. Le maître boulanger se jette le premier à la mer et trouve la mort à quelques brasses du vaisseau. Il
(1) Et non le 24 décembre, comme l’a dit l’auteur de Paul et Virginie.
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est suivi de Pierre Tassel, de Lorient, bosseman, qui, meilleur nageur que lui, traverse les lames et gagne en dedans des brisants. Chacun à bord était attentif à ce qu’il deviendrait, pour imiter sa manœuvre en tentant le trajet. L’équipage, encouragé par son exemple, se jette à l’eau au nombre de plus de soixante, les uns sur des planches ou des débris, les autres sur un radeau qui devient la cause de la perte de bien des hommes ; ils s’étaient précipités en telle quantité, que le radeau chavira sur eux, et personne ne put se sauver.
« En cet instant solennel, on vit le patron de la chaloupe, Edme Caret, de Lorient, s’approcher du capitaine Delamarre et lui dire :
<( — Monsieur quittez votre veste et votre culotte, vous vous sauverez plus aisément.
« A quoi M. Delamarre ne voulut jamais consentir, disant :
€ — Il ne conviendrait pas à la décence de mon état d’arriver à terre tout nu ; j’ai du reste dans la poche des papiers que je ne dois point quitter.
« Plus loin, on voyait Mlle Mallet, sur le gaillard d’arrière, liée à M. de Péramont qui ne l’abandonnait pas.
« Mlle Caillou était surle gaillard d’avant avec MM. de Villarmois, Gresle, Guiné et Longchamps de Montendre, qui descendit le long du bord pour se jeter à la mer, mais qui presque aussitôt remonta, afin de déterminer Mlle Caillou à se sauver. j>
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Les procès-verbaux se taisent sur la fin tragique de ces intéressantes victimes.
Selon toute apparence, dit M. Azéma, auquel nous empruntons ces détails, leurs restes inanimés, après avoir été quelque temps ballottés par les flots, ont à jamais disparu dans les gouffres de l’océan Indien (1).