LA RÉ UNION
cratère Bory , encore fumant, atteint 2.625 mètres; non loin de lui, se dresse le morne Langevin , 2.226 m.
Au-dessus du cratère fumant, du piton de la Fournaise, comme on l’appelle à la Réunion, plane souvent un nuage de fumée; le jour, il semble une immense colonne blanche; la nuit, on dirait un gigantesque panache dé feu.
M. Maillard, qui a visité le cratère, en donne la description suivante :
« Rien ne peut exprimer le grandiose du phénomène que nous aperçûmes lorsqu’après nous être mis à plat ventre, de manière à ne laisser passer au-dessus de l’abîme que la tête et les épaules, nous vîmes au fond d’un puits d’environ cent cinquante mètres de diamètre et de deux à trois cents mètres de profondeur, une nappe noire, dans laquelle paraissait se mouvoir une masse de matières en fusion représentant le bouillonnement d’une marmite. Quand, par moments, ce bouillonnement prenait un peu plus d’intensité, la masse noire se fendait, ou plutôt s’étoilait. La matière rouge, comprimée par le poids de la matière solidifiée, ou poussée par une force intérieure, se faisait jour à travers les fissures sous forme d’un énorme bourrelet, qui bientôt se solidifiait et soudait de nouveau la surface un instant désunie. Parfois, il se formait d’autres brisures secondaires, et si le polygone ainsi détaché était petit, les bourrelets de lave en fusion se rejoignaient et les plaques détachées sem-
blaient s’abîmer dans la masse rouge cerise qui apparaissait alors au-dessus de la côte noire.
« Du bouillonnement sortaient des vapeurs sulfureuses qui avaient coloré en jaune les parois du cratère sur une largeur de trente à quarante mètres. Ces vapeurs, projetées par le vent, allaient se perdre dans l’atmosphère par le côté où nous n’avions pu aborder (1). »
Le volcan n’est pas éteint, et de temps en temps il rentre en activité; les dernières éruptions remontent à 1858 et 1860.
Celle de 1858 dura du 3 novembre au 14 décembre. A 4 heures du soir, le 3 novembre, deux explosions semblables à de formidables coups de tonnerre annoncèrent le commencement du cataclysme. Aussitôt, la lave s’échappa par quatre bouches ouvertes au sommet des grandes pentes ; à 8 heures du soir, la coulée atteignait le pied des pentes.
T rois jours après, la coulée atteignait le rivage de la mer ; la lave s’avançait avec une vitesse de quatre cents mètres à l’heure; le ruisseau embrasé avait environ soixantedix mètres de large. Vingt jours après, la lave avait conservé assez de chaleur pour allumer un morceau de bois introduit dans les fissures de la croûte qui s’était formée à la surface.
L’éruption de 1 860 fut plus extraordinaire encore : « l’écoulement de laves et de matières en fusion était ac-
(1) L. Maillard, Notes sur Bourbon (Paris, 1862, in 8°).