‹ La Réunion et MadagascarChapitre 6 sur 32 · LA. LE UN TON · texte numérisé non relu

LA. LE UN TON

compagne d’une véritable pluie de cendres et de matières Titreuses que le volcan projetait sous forme de scories, et, pour ainsi dire, d’écume. Les matières en fusion lancées dans l’atmosphère s’y étirent comme le verre à la lampe d’émailleur, et j’ai vu souvent de ces fils tenant encore au fragment de scories, dont ils étaient formés (1). » C’est ce que les créoles appellent les cheveux de volcan.

Nous résumons le rapport adressé au Gouverneur de la Réunion par M. Hugoulin, pharmacien de la marine, qui se trouvait à Sainte-Rose au moment de l’éruption :

« Le 19 mars (1860), à 8 heures et demie du soir, un roulement sourd mais fort bruyant s’est fait entendre dans toutes les localités voisines du Grand-Brûlé de Sainte- Rose, et même jusqu’en dessus des rampes nord de la rivière de l’Est; le bruit était partout comparable àceluique ferait une charrette pesamment chargée d’objets en fer...

« . Ce bruit produisait une certaine vibration du

sol; il n’y avait pas positivement de tremblement de terre; mais la trépidation était assez violente pour produire l’agitation des meubles et des ustensiles qui les recouvraient.

« C’est alors que les curieux, qui avaient quitté leur domicile pour connaître la cause du bruit, ont pu observer le phénomène d’une éruption volcanique, telle qu’il ne leur avait point encore été donné d’en voir. Une épaisse colonne de fumée grisâtre s’est élancée perpendiculaire-

(1) L. Maillard, déjà cité.

ment dans l’espace du sommet de la montagne du volcan .

« . Cette colonne allait s’agrandissant à son som¬

met de manière à former un nuage épais, qui s’est étendu en deux sens presque opposés, donnant ainsi naissance à deux nuages distincts ; l’un a pris la direction nord-est vers le bourg de Sainte-Rose ; il a empêché les observateurs de cette localité d’apercevoir l’autre nuage qui a marché dans la direction sud-est vers Saint-Philippe.

<r Les phénomènes qui ont accompagné cette éruption ont présenté divers points de vue suivant les lieux qu’occupaient les observateurs. De Sainte-Rose, on n’a pu apercevoir qu’une seule colonne grisâtre qui allait en s’élargissant au sommet, et dont la base était lumineuse ; des éclairs la sillonnaient en tous sens. Des rampes du Bois-Blanc et de celles de la rivière de l’Est, au contraire, le phénomène a paru plus imposant encore ; toute la masse de la colonne était illuminée par une quantité considérable de points en vive ignition, qui éclataient ensuite en mille gerbes resplendissantes, comme un bouquet de feu d’artifice. Des masses énormes de roches incandescentes la sillonnaient aussi et éclataient ensuite avec un bruit semblable à des détonations de mousqueterie, en fragments lumineux.

« Ce phénomène n’a duré que quelques instants, l’obscurité l’a remplacé ; mais les deux nuages ont continué leur route en deux sens opposés avec la force

d’impulsion première, qui leur avait sans doute été communiquée par l’explosion volcanique, car le calme le plus parfait régnait dans l’atmosphère. Ces deux nuages ont fini par se résoudre en une pluie de cendres qui a couvert toutes les localités environnantes à plus de sept lieues de rayon du centre volcanique.

« La cendre provenant du nuage qui s’est dirigé sur Saint-Philippe est grise, elle est aussi fine que de la farine de blé ; celle de Sainte-Rose est grenue comme de la poudre de chasse, elle ressemble assez au sable de la rivière de l’Est ; elle en difière en ce qu’elle n’a pas, comme celui-ci, des fragments cristallins et brillants. Le sol a partout été jonché de ces cendres, les plantes en ont été couvertes, et cette pluie a été générale depuis l’extrémité sud de la commune de Saint-Philippe jusqu’à quelques kilomètres de la ville de Saint-Benoît. A seize milles en mer, le trois-mâts la Marie-JLlisa , qui venait au mouillage de Sainte-Rose, et dont le capitaine a été l’un des observateurs favorisés, a eu son pont entièrement couvert de cendres. »

Chacune des nombreuses éruptions qui ont eu lieu dans l’île a laissé des traces profondes ; c’est ce qu’on appelle les coulées de lave.

Quand le torrent de matières en fusion sort du cratère, coule sur les flancs de la montagne, et envahit la plaine couverte de forêts, il la transforme en un véritable désert, et il faut des années pour que la surface se recouvre

d’humus et redevienne, sinon productive, au moins d’un aspect moins désolé.

Quand la lave envahit une forêt, toutes les herbes et les broussailles sont immédiatement brûlées ; il ne reste debout que les grands arbres dont l’écorce, les branches et le feuillage se dessèchent en quelques minutes et s’embrasent ; les flammes lèchent le tronc, grimpent aux branches, et bientôt il ne reste plus que le squelette de l’arbre debout, noir et dégarni. Pendant ce temps, la lave s’avance, coulant toujours en dessous, se refroidissant à la surface. Vingt ou trente minutes après, consumé par la base, l’arbre tombe, se couche sur la lave et s’y incruste. Il reste ainsi noir, calciné, comme un témoin irrécusable de la belle végétation qui couvrait jadis le grand pays brûlé.

Telle est la plaine du Grand-Brûlé, située entre le volcan et la mer : les belles forêts ont disparu, fauchées par le torrent incandescent ; à peine a-t-il épargné quelques bouquets de verdure semés comme des oasis au milieu de la plaine désolée.

Le sol est jonché des troncs décomposés des grands arbres, débris d’une végétation antérieure. D’autres forêts sont en formation, et si la lave ne les détruit pas, elles arriveront un jour au degré de végétation de leurs voisines.

Eien n’est plus beau, dit M. Maillard, mais aussi rien n’est plus triste que de voir une rivière de feu traversant ces forêts, fauchant broussailles et grands

arbres avec une puissance et une régularité d’action qui démontrent la force irrésistible que développent ces courants de lave. Pourtant, quelques pauvres créoles habitent encore les oasis du Grand-Brûlé ; ils y sont toujours sur le qui-vive et veillent à chaque coulée si la lave ne descend pas vers leur modeste ojoupa. Nous avons vu, en 1844, tout un groupe de ces malheureux, obligés de fuir devant la lave, et de lui abandonner leurs modestes cases, n’emportant que quelques hardes, leur natte, leur hache et leur marmite, seuls meubles, ou à peu pr:s, que possèdent ces petits créoles, qui vivent du produit de la pêche, de l’élève de quelques animaux, et surtout de la fabrication des sacs de vacoua , destinés à l’expédition du sucre, et que les femmes tissent ou plutôt nattent avec une rapidité incroyable.

Pendant que nous parlons de catastrophes, citons celle du Grand-Sable à Salazie ; elle est due à un glissement produit par les infiltrations. Au commencement du siècle, Bory de Saint-Vincent l’avait annoncée comme prochaine, et plus récemment, M. Velain la déclarait imminente; elle a eu lieu peu de temps après la visite de ce géologue.

Le 26 novembre 1875, les habitants du Grand-Sable entendaient un bruit épouvantable ; c’était une partie du Piton des Neiges et du Gros-Morne qui s’écroulaient, engloutissant sous des milliers de mètres cubes de roches et de terre le petit village du Grand-Sable. Plus de cent victimes sont restées ensevelies sous ces débris, sans qu’il

soit possible de songer même à retirer leurs cadavres.

Pendant ce cataclysme, un terrain en pente, reposant sur une couche de pierres lisses, glissa et fut emporté à plus de deux mille mètres avec une rapidité effrayante. Les maisons, les arbres restèrent debout ; les animaux furent préservés, et le propriétaire, qui était assis devant sa maison, ne ressentit que l’émotion poignante de ce terrible voyage, auquel il dut d’échapper au sort de ses voisins broyés sous les décombres de la montagne.

Un autre résultat de ces coulées de lave a été la formation de nombreuses cavernes. Sous une couche de lave très résistante, se trouvait une autre couche plus friable que lie remous de l’eau, dans les grandes crues, a peu à peu creusée en forme de calotte de four ; la caverne ou vont coucher les voyageurs qui visitent la plaine des Chicots, et celle appelée la Glacière, au Grand-Bernard, sont de ce nombre. Quelquefois aussi, il arrive que pendant que la lave coule à la surface du sol et se solidifie. une autre portion delà matière, non exposée à l’air, reste liquide, trouve un chemin dans une couche inférieure du sol, se fige, et forme un plan horizontal ; or, si un trou vient à se produire dans un endroit de la couche supérieure, plus mince que les autres, on peut pénétrer dans le canal, qui devient une véritable caverne. Le trou Deley , à Saint-Philippe, est un exemple de ce fait : il en existe plusieurs de ce genre.

Comme dans toutes les régions d'origine volcanique, les sources thermales sont très nombreuses à la Réunion;

elles sont alcalines, ferrugineuses acidulés et sulfureuses; on en rencontre aussi d’ incrustantes. Les plus fréquentées par les malades sont celles de Salazie, de Cilaos et de Maffatte.

Les eaux minérales de Salazie ont une température de 32°; elles sortent par trois filets d’un rocher situé dans le lit du Bras-Sec, qui la couvre quelquefois pendant ses grandes crues; on boit l’eau telle qu’elle sort du rocher.

La source de Salazie est à 872 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les eaux de Cilaos sont situées dans le cirque du même nom, à 1.114 mètres au-dessus du niveau delà mer; leur température est de 39°. Le produit des sources peut être estimé à dix mille litres par heure. De chaque trou ou baignoire jaillit une source d’eau thermale qui s’écoule constamment vers la ravine, renouvelant ainsi à chaque- instant l’eau des bassins. Elle fut découverte en 1828 par M. Paulin Techer.

Des nègres marrons parlaient souvent d’une source d’eau chaude située dans la rivière des Galets ; ils l’appelaient Maffatte , ce qui en langue malgache veut dire : qui tue. On pensa enfin à utiliser cette source qui donne une eau sulfureuse.

L’eau sort d’une fissure large de trois centimètres, s’étendant au travers d’un massif de roches formées de laves basaltiques ; son débit est de quatorze litres par

minute et sa température de 30° à 31°; elle est située à 682 mètres au-dessus du niveau de la mer.

11 existe, en outre, beaucoup de sources ferrugineuses froides : les sources des propriétés Gonnefroy et Laperrièreà Saint-Gilles, de Saint-François à Saint-Denis, etc. ; des sources incrustantes dans les cirques de Salazie et de Cilaos, et des sources magnésiennes à Maffatte et à Cilaos ; leur eau produit le goitre chez ceux qui en font

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