‹ La Réunion et MadagascarChapitre 7 sur 32 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Division administrative. — Administration. — Communes. — Saint- Denis. — Aspect de la ville. — Les rues. — Les monuments. — Le port. — Saint-Pierre. — La Possession. — Saint-Paul. — Le chemin de fer.

Nous avons dit que l’île de la Réunion était divisée naturellement en deux parties nommées partie du Yent et partie Sous-le-Vent. Cette division naturelle forme aussi une division territoriale.

La partie du Yent comprend sept communes et deux districts ayant des municipalités distinctes :

Saint-Denis. — Sainte-Marie. — Sainte- Suzanne. — Saint- André. — Bras-Pranon. - — Saint-Benoît. — Sainte-Rose. — Les deux districts sont Salazie et Plaine des Palmistes.

La partie Sous-le-Vent est divisée en sept communes : Saint-Paul. — Saint-Leu. — Saint-Louis. — Saint- Pierre. — Entre-Deux. — Saint- Joseph. — Saint- Philippe.

Les communes sont administrées par un maire et un conseil municipal élu par le suffrage universel ;

Lesdistricts, par un président, un adjoint et un conseil

municipal. A la Réunion, les chefs-lieux des communes portent le nom de quartiers.

Saint-Denis, le chef-lieu de l'île depuis 1738, est situé au nord de la Réunion; c’est, après Sainte-Suzanne, la plus ancienne ville de la colonie ; elle était habitée vers 1685 très probablement, et certainement en 1669; Régnault, le gouverneur d’alors, y demeurait.

Tous les voyageurs qui ont visité la Réunion ont fait une description enthousiaste du panorama de la ville vue de la mer. Nous empruntons à Y Album. Houssin les lignes suivantes écrites en 1860 par M. de Montforand :

« Quel splendide panorama! Quel tableau magnifique! La ville semble avoir choisi sa place de manière à se montrer tout entière du premier coup d’œil. Voici des hôtels élégants; plus haut, la flècle d’une église ; en face, un vaste hôpital; à droite, une caserne immense, et partout des arbres centenaires comme dans un parc royal, des toits entassés comme dans une ville populeuse.

« Et le cadre de ce tableau souriant, où vient s’arrêter avec bonheur l’œil fatigué par la monotonie des flots, le peintre le plus habile l’aurait- il pu rêver autrement? Comment remplacer cet énorme cap Bernard, gigantesque sentinelle qui s’avance fièrement dans la mer, étonnant le regard par ses bizarres effets de lumière? Comme il s’est capricieusement tourmenté et bosselé dans les convulsions volcaniques qui l’ont jeté, tout fumant encore, à la place qu’il occupe aujourd’hui ! N’est-ce pas un repoussoir admirablement disposé pour faire plus gracieuses

et plus pittoresques ces montagnes si richement dentelées, ces ravines coupées si hardiment dans le granit?

(( Appuyé au bord du navire, en extase, vous avez oruvoir Saint-Denis entier ; erreur! Une fois dans la ville, chaque pas va redoubler votre étonnement. Montons cette belle rue de Paris qui coupe en ligne droite Saint- Denis tout entier. Voici une statue de La Bourdonnais, ce génie puissant, père de la colonie naissante. Saluez la modeste cathédrale. Reconnaissez, supportant cette fontaine, les dieux protecteurs de File: commerce, marine, industrie,agriculture;tout à côté, visitez ce bel hôpital qui de loin a frappé vos regards. Ce palais d’une blancheur éclatante, avec sa colonnade, est notre hôtel de ville ; faisons un léger détour, et je vous montrerai un élégant bazar en fer, où. toute la ville vient s’approvisionner sans avoir à craindre, comme autrefois , la boue et le soleil. Montons, montons encore ; voici un palais de justice dont s’en orgueillii aient bien des villes de France; un jardin botanique, charmante promenade, trop négligée, on ne sait pourquoi ; un muséum qui présente déjà les plus curieux échantillons des trois règnes ; un lycée, établissement de premier ordre, vieux d’une longue suite de succès, et qui verse chaque année sur la colonie un flot de jeunes intelligences pleines d’avenir. Voyez cette vaste place qu’entourent des pierres énormes irrégulièrement entassées : c’est une nouvelle cathédrale qui prend possession du sol, et ces pierres n’attendent qu’un mot de l’architecte pour s’élancer vers le ciel ; car ici c’est une

Y ue générale de Saint-Paul

terre féconde, et ce qui manque aujourd’hui, demain vous n’aurez peut-être plus à le désirer. Et autour de ces grands centres,, foyers de lumière et de civilisation, vos yeux sont sollicités de tous côtés par d’élégantes constructions, oùse mêlent tous les goûts et tous les styles avec un caprice rempli de charme: ici, c’est une villa italienne avec des colonnes blanches surmontées de gigantesques bouquets; là, c’est un kiosque chinois avec ses sonnettes et son clocheton aigu; plus loin, des balcons mauresques où viennent s’enrouler des lianes fleuries ; et dans toutes ces architectures se retrouve comme caractère commun la délicieuse varangue (varandah), cet asile du paresseux, far niante tout aussi créole qu’italien.

« Et vous irez, vous irez toujours; car où s’arrête Saint-Denis ? au milieu de ces jardins en fleurs, avec ces longues rues ombragées comme les allées d’un parc, comment trouver la limite d’une ville ? Vous croyez être dans la campagne, et une nouvelle maison blanche sort du bouquet de verdure ; en voilà une autre cent pas plus loin, puis une autre encore, et vous commencerez à gravir la montagne, sans vous être aperçu que depuis longtemps déjà vous êtes sorti de la ville.

« Nous avons en quelques minutes visité la capitale de Bourbon, du moins dans ce qu’elle présente de remarquable ; convenez maintenant que, si le panorama découvert de la rade vous avait fait de séduisantes promesses, un second coup d’œil ne les a pas démenties. Et si vous songez qüe cette ville si complète déjà daté de quelques

LA KÉUNIOK.

années à peine, qu’il y & plus de la moitié des édifices publics ou particuliers qui ne comptent pas dix ans d’existence, vous avouerez sans détour qu’on ne peut demander plus qu’il n’est fait au zèle des créoles de la Réunion et à leur intelligent patriotisme (1). »

Tout, du reste, semble fait à Saint-Denis pour le plaisir des yeux: les rues larges, bien alignées, se coupant à angles droits, sont bordées de jardins au fond desquels s’élèvent les maisons ; à travers la grille fermant ces jardins, le barreau , comme on l’appelle à la Réunion, on aperçoit la Varangue , galerie ouverte autour de la maison, où les habitants se réunissent le soir. Un lustre de cristal, des fauteuils de rotin où l’on se berce paresseusement, composent l’ameublement de ce gracieux péristyle.

Et les jardins! ils montrent aux yeux du voyageur étonné toutes les merveilles de la végétation des tropiques: cannes à sucre dressant leur tige svelte surmontée d’une aigrette; bananiers aux lourdes grappes pendantes ; cocotiers aux troncs élancés ; manguiers au feuillage touffu ; pignons d’Inde à la noix huileuse ; vacouas dont on tresse les feuilles ; papayus aux troncs lisses et sans branches, couronnés de melons verts. Puis, pour compléter le tableau, les fleurs les plus brillantes : roses de toutes espèces ; lianes aux fleurs multicolores ; vanilles grimpantes; hibiscus ponceau; grenadiers; aloës.

(1) Ai Roussir^ Album de la Réunion , 1860 et suivants.

Autour de la ville court le boulevard Doret, le bois de Boulogne de Saint- Denis, coupé par le ruisseau des Noirs. Le soir, dès que les rayons brûlants du soleil s’inclinent à l’horizon, dès que la chaleur du jour commence à disparaître, le boulevard Doret devient le lieu de réunion de la société ; à côté des toilettes élégantes, dernières modes venues de Paris, se presse la foule des domestiques dans le pittoresque costume de leur pays : Malabar, Lascars, Bengalis, Télingues, venus de l’Inde après l’émancipation des noirs.

Non loin de là, perdues dans le feuillage, apparaissent des paillottes en paille et en bambou ; c’est un village de noirs, de citoyens , comme ils se désignent depuis que la loi de 1848 a fait de ces anciens esclaves des hommes libres. Ils vivent là, dans un doux far niente , cultivant autour de leurs demeures les légumes nécessaires à leur existence : Vambr évadé, sorte de pois poussant sur un arbuste ; le maïs aux gros épis jaunes ; le chouchou, dont le fruit rappelle le concombre ; le giraumon, sorte de courge, et 1 ebétel^ que mâchent les Indiens; puis les légu~ mes d’Europe, et les salades de toutes sortes ; le manioc, la brède, dont on mange les feuilles mêlées au riz. Ces divers végétaux constituent ce que l’on appelle les vivres.

Du côté de la terre s’élèvent les remparts: c’est ainsi que les créoles nomment les montagnes et les roches à pic qui forment comme une ceinture autour de Saint- Denisi En avant de la ville, est le barachois , ou port de

refuge, trop petit pour recevoir de grands navires, et trop peu sûr pour défendre contre la tempête ceux qui viennent y chercher un abri.

C’est pour remédier à cet inconvénient qu’en 1877, on décida la création d’un port ; mais, au lieu de le creuser à Saint-Denis, c’est à la Pointe-des-Galets, à 20 kilomètres au sud-ouest de la ville, qu’on décida de l’établir ; il est relié à Saint-Denis par le chemin de fer. Son étendue est de seize hectares, avec une profondeur moyenne de huit mètres.

Saint-Pierre, longtemps connu sous le nom de quartier de la rivière d’ Abord, est la seconde ville de l’île de la Réunion; elle est située dans la partie méridionale de l’île.Bâti en amphithéâtre, Saint-Pierre descend jusqu’au rivage ; ses rues, tracées perpendiculairement à la côte, se coupent en angles droits ; elles sont pavées de macadam, et de larges ruisseaux d’eau fraîche y coulent sans cesse. Les maisons en pierres volcaniques, en pierres de taille, ou même en bois, offrent un aspect agréable ; comme celles de Saint- Denis, elles sont toutes entourées de la varangue, et construites au milieu des jardins.

En avant de la ville, est le port ; les travaux de construction ont été longs et pénibles; de fréquents raz de marée enlevaient souvent en une nuit les digues qu’on avait mis de nombreux mois à construire, et dispersaient comme de simples galets des roches pesant plusieurs milliers de tonnes; mais, grâce à l’habileté des ingénieurs, à la persévérance des travailleurs et aux sacrifices de la

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