LA MAISON DE SCEAUX
En entendant cet ordre, les deux hommes tressaillirent et refijardèrent Georgette.
— A Sceaux ! répéta l'avocat au comble de la surprise. Quelle est votre idée, chère enfant ?
— Mon père, dit vivement Olivier, ne l'interroge pas. Nous avons promis d'obéir à Georgette, et une obéissance qui interroge et qui discute n'est plus de l'obéissance.
— Merci, Olivier, dit Georgette en lui serrant la main.
— Tu as raison, ajouta M^ Steinbach, mais un nuage était resté sur son front, et une sorte d'atmosphère de tristesse semblait emplir la voiture et envelopper nos trois personnages.
Le temps était magnifique, la route sèche et unie, les chevaux pleins de feu, la voiture légère ; en une heure et demie on arriva aux premières maisons de la johe petite ville de Sceaux.
Georgette fît un signe à Olivier, qui tira le bouton, et la voiture s'arrêta.
— Olivier, dit-elle alors, priez le cocher d'aller rue..., numéro...
L'ordre fut transmis sans observation, cette fois, au cocher. On repartit et, cinq minutes après, il ouvrait la portière devant l'entrée principale de la petite propriété où s'était accompli le drame qui commence ce récit.
Georgette, Olivier et Me Steinbach descendirent.
L'avocat ne pouvait dissimuler son agitation et son inquiétude. Ses gros sourcils froncés et son dos rond disaient clairement qu'il regrettait l'imprudente promesse faite, l'a- ■vant-veiile, à mademoiselle Delmont.
Olivier regardait Georgette avec une sollicitude attendrie, et ne manifestait aucune hésitation.
Tous trois jetèrent instinctivement un regard interrogateur autour d'eux. Aucun n'était revenu à cette maison fatale depuis le jour qui suivit le meurtre d'IIippolyte lliccardi.
L'aspect extérieur n'avait point changé. L'avocat reconnut la grille, la maisonnette du jardinier à gauche en entrant, à droite, la niche du chien. A travers les buissons et les arbres du jardin, on devinait, au fond, la maison d'habitation dissimulée comme un nid dans la verdure.
Seulement la niche du chien était vide, la mauvaise herbe envahissait le sable fin des allées, et, au-dessus de la grille, on voyait un écriteau ainsi conçu :