LA BIBLIOTHÈQUE
Pendant les quelques jours qui suivirent sa rencontre et son explication avec Francine, Georges Delmont fut malade et dut garder la chambre, atteint d'une fièvre assez forte. Bien que d'un tempérament robuste et d'une vigueur peu commune, il avait fini par succomber à tant d'émotions et de déceptions répétées, et le découragement causé en lui par les paroles de M^ Steinbach le livra sans défense à cette lassitude qui, seule, ouvre les portes à la maladie chez les natures énergiques.
Voir sa fille était pour lui, en même temps qu'une joie profonde, une secousse terrible. Savoir qu'elle aimait Olivier, et se sentir désarmé au moment où il s'agissait de lui conquérir le bonheur, achevait son accablement.
Il avait bien deviné aussi, dans sa dernière entrevue avec M^ Steinbach, certaines réticences nouvelles, inattendues. Toutes les difficultés que lui avait opposées son ami, étaient évidentes et parfaitement exactes. Néanmoins, quelque chose lui disait qu'au fond l'avocat souhaitait moins vivement de poursuivre la découverte de la vérité.
Pourquoi cela? — Que signifiait ce revirement dont il n'aurait pu fournir la preuve, mais dont il avait la conviction intime'
Cependant, à la fin de la semaine, il réagit contre le mal, l'enraya par un effort violent de la volonté, et, ne pouvant résister au désir de revoir Georgette, à l'inquiétude qui le dévorait quand il se trouvait loin d'elle, il se leva et se dirigea vers la maison de madame Riccardi.
Ce n'était point le jour de sa leçon, et on ne l'attendait pas. Qu'importe? Il n'y pouvait tenir. Qu'il pût causer un Instant avec elle, ne fût-ce qu'une minute, et il serait soulagé !
Après une absence, sa visite, en dehors des heures convenues, n'avait rien d'ailleurs, d'insolite ou d'extraordinaire.
Il venait annoncer lui-même son rétablissement.
Il entra au salon pour attendre mademoiselle Delmont, que le domestique était allé prévenir, la croyant dans sa chambre. *
Oq se rappelle que le cabinet contenant les livres de l'ancienne bibliothèque de Georges donnait dans le salon par une petite porte dont Georgette, à l'insu de sa mère, s'était procuré ou fait faire une clef.
Delmont était à peine depuis une minute dans le salon, quand cette porte s'ouvrit sans bruit.
Georgette apparut sur le seuil.
En apercevant don P.amoa, la jeune fille poussa un cri de surprise et s'élança vers lui.tandis qu'il se levait, les bras ouverts, comme s'il voulait la serrer contre son cœur.
Mais Georgette s'arrêta à mi-chemin, et Georges laissa retomber ses bras, et tous deux se regardèrent en silence.
— Vous avez été malade, don Ramon, lui dit-elle. Vous êtes pâle, en effet... .T'étais bien inquiète!
— Un peu de fièvre, répondit-il avec effort. Ce n'était rien. Me voilà remis... Je venais vous en prévenir. Vous aussi, ajouta-t-il en la considérant attentivement, vous avez changé depuis ces quelques jours; vos couleurs ont disparu, vous avez un peu maigri. Est-ce que vous souffrez?
— Moi? non. Les jeunes filles pâlissent et maigrissent pour rien, dit-elle en riant, et comme si elle voulait rassurer son interlocuteur par une gaieté factice.
La porte de la bibliothèque était restée entr'ouverte derrière elle.
— Nous ne prendrons pas de leçon aujourd'hui, n'est-ce pas! reprit-elle. Cela vous fatiguerait. Il faut vous reposer. ,1e ne veux pas que vous retombiez malade. Cela me cause trop... d'inquiétude.,., puis cela doit être si triste d'être malade. . . tout seul. . . comme vous êtes !
« Je n'étais pas seul! J'avais ta photographie, ma Georgette, ma fille bien-aimée! » pensa Georges.
— Je suis tout à fait rétabli, dit-il à haute voix.
— Vous venez de surprendre un de mes secrets! continuât-elle en souriant.
— Quel secret? demanda Delmont avec surprise. Georgette se retourna, et, lui montrant la porte entr'ouverte :
— Ceci, c'est l'ancienne bibliothèque de mon père, dont je possède une chef à l'insu de tout le monde, et où je me réfugie quelquefois pour être plus près de lui, quand je ne crains pas d'être prise en flagrant délit.
-- Ah! murmura Delmont.
Georgette alla à la grande porte du salon, et écouta.
— Nous sommes seuls, venez! fit-elle tout à coup d'un air de résolution, je veux vous la montrer.
Elle lui tendit la main. Delmont y déposa la sienne. Ces deux mains étaient moites et froides, et frémirent en se touchant, sans se serrer.
Elle l'entraîna vivement dans la petite pièce où nous l'avons vue pour la première fois, et poussa la porte derrière elle sans la fermer complètement.
Delmonts'appuyacontre la muraille. Sesjambes tremblaient.
Georgette était visiblement émue.
Georges regardait ces vieux livres dont la reliure et les titres lui étaient familiers, amis fidèles depuis si longtemps perdus, et qu'il retrouvait là, devant lui, tout pleins de sa vie passée.
Il n'en était pas un qui ne lui rappelât une émotion, une heure de son existence, une transformation ou un agrandissement de son cerveau.
C'était tout son passé qui se dressait devant lui. Il lui sembla qu'il retrouvait une famille.
Dans cette maison, qui aurait dû être la sienne, tous les objets matériels lui étaient nouveaux, indifférents.
Madame Riccardi ne s'était pas seulement contentée de quitter le logement oii elle avait vécu avec son premier mari. Elle avait encore renouvelé le mobilier, effacé de son mieux toute trace de son ancienne existence.
Il ne reconnaissait rien autour de lui. Mais ces livres, que sa main avait feuilletés et chargés de notes, 11 les reconnaissait, et il croyait y lire, en lettres de feu, le récit des années écoulées, de la jeunesse envolée.
La première émotion disparue, il s'approcha des rayons, il regarda quelques ouvrages plus familiers, plus aimés, avec une attention attendrie.
Georgette^ un peu en arrière, le suivait des yeux, sans dire un mot.
Georges, enfin, se retourna.
— Et c'est vous qui les avez sauvés! lui dit-il d'une voix troublée.
— Ce n'est pas moi qui les ai sauvés, répondit-elle doucement. — Ce sont eux, au contraire, qui m'ont sauvée.
Delmont parut étonné.
— Oui, continua-t-elle, je n'ai fait que les veiller, les soigner, les aimer. Eux, ils m'ont sauvée du plus grand des malheurs, qui eût été de devenir indigne de mon père, de
ne point comprendre, partager ses idées, de les maudire peut-être, et par conséquent de ne pas l'apprécier, le vénérer, lui, comme il le mérite!
Delmont lit un pas vers sa fille, mais il ne put parler,
— Vous avez paru quelquefois étonné de me voir certains sentiments, de m'entendre exprimer certaines opinions. En effet, j'ai été élevée dans un milieu religieux, catholique, où aucun de ces sentiments ne sont admis, on toutes ces idées sont condamnées. Mais ce n'est pas là que j'ai fait mon éducation. C'est ici! Ces livres, je les ai lus, relus, étudiés. Tous, peut-être, n'étaient point faits pour tomber sous les yeux d'une jeune fille, mais la vérité ne saurait faire de mal à ceux qui l'aiment et la cherchent avec bonne foi... Puis, quand j'étais embarrassée, inquiète ou troublée, une ombre amie venait s'asseoir à mes côtés, se penchait sur mon épaule, et, de son doux regard paternel, purifiait cette vérité trop crue, ou commentait cette vérité trop élevée pour une raison de petite fille. Je me disais que ce qui avait rendu mon père bon, généreux, fier et courageux, devait me rendre aussi, moi, sa fille, bonne, généreuse, fiêre et courageuse... Et c'est ainsi que je me suis formée, luttant contre mon entourage, ne voulant pas frapper celui que tout écrasait, que tout condamnait, que je ne devais plus revoir,. de cette dernière et suprême trahison, qui eût été de ne point partager sa foi, de lui laisser voler le cœur et l'esprit de S'jn enfant!... D'appui, dans cette lutte souvent pénible, parfois cruelle, je n'eus que son souvenir, mon affection pour lui, et ces livres qui, après avoir été ses amis, ont été mes maîtres et mes confidents. Aussi, s'il revenait aujourd'hui, s'il me voyait, il n'aurait pas à rougir de moi. Je serais devenue, restée, ce qu'il voulait que je fusse, sa fille, la vraie fille de Georges Delmont!
Georges lui avait pris les deux mains, les lui serrait avec force, la contemplait.
— Merci! murmura-t-il d'une voix étouffée. Merci... pour lui!
Sa voix s'arrêta dans sa gorge sèche. Deux larmes coulèrent lentement le long de ses joues creuses.
— Vous pleurez ! dit-elle avec des yeux humides et brillants; — et elle lui tendit le front.
D'un mouvement brusque, oubliant tout, Delmont la saisit dans ses bras, la pressa contre sa poitrine, et déposa sur ce front candide, un long baiser brûlant^
Tout à coup Georgette jeta une exclamation sourde, repoussa violemment don Ramon, et s'éloigna de lui, en regardant avec terreur un objet auquel ce dernier tournait le dos.
Surpris de l'action de la jeune fille et de l'expression de son regard, il se retourna rapidement.
ou L'ABBÉ CLODION COMMENCE A TENIR SA PROMESSE
L'abbé Clodion était debout sur le seuil de la porte.
En l'apercevant, Delmont eut un geste de fareur, et fit un pas en avant, puis, se rappelant sa position, il s'arrêta pâle, hésitant, mais le regard chargé d'une haine contenue, qu'un mot, un seul, pouvait faire éclater tout à coup.
Cet homme dont il connaissait les vices mystérieux et les forfaits cachés; cet homme, qui avait volé son enfant à Francine; cet homme, qui faisait espionner sa fille, qui savait le secret de ce cœur de vierge; cet homme, qui avait su son innocence à lui, et qui avait contribué sciemment, lâchement, à sa perte, à son déshonneur ; cet homme, qui, d'accord avec sa femme, avec Riccardi, lui avait enlevé l'estime du monde, le foyer conjugal, les caresses de Grcorgette; — cet homme lui inspirait une horreur qu'il ne maîtrisait que par un effort prodigieux de volonté !
L'abbé supporta froidement son regard, sans qu'un muscle de SOQ visage exprimât une émotion quelcouque ; mais
ses yeux durs et perçants le dévisageaient avec une attention profonde.
^'éanmoins, son examen fut court.
Il détourna tranquillement la tôte, et, s'adrcssant à mademoiselle Delmont, il lui dit du ton le plus naturel du monde :
— Je croyais trouver ici madame Riccardi.
— Elle est sans doute dans son appartement, répondit Georgette, dont les lèvres étaient devenues blanches et dont la voix tremblait, quoi qu'elle fit pour la rendre ferme.
— Je vous remercie, mademoiselle. Excusez-moi de vous avoir dérangée.
Il s'inclina d'un mouvement humble et circulaire, de façon à saluer à la fois Georgette et Delmont, puis s'éloigna.
Dès qu'il eut quitté le salon, Georgette, s'adressant à son professeur, lui dit :
— Sortons de cette pièce. Je suis désolée que cet homme m'y ait surprise... avec vous.
Ils passèrent dans le salon.
Georgette referma la petite porte de communication, et en mit la clef dans sa poche.
Elle était agitée, nerveuse, préoccupée.
L'abbé avait-il entendu leur conversation, vu le baiser que lui donnait don Ramon ?
Elle ne voulait pas exprimer ces inquiétudes à haute voix, mais Georges Delmont les devinait, et les partageait.
— Vous craignez que l'abbé Glodion vous ait écoutée? lui demanda-t-il. *^
11 n'osa ajouter : — M'ait vu vous embrasser.
Combien il regrettait cette imprudence, ce mouvement irrélléchi, provoqué par le mouvement de Georgette, et qui l'avait entraîné bien au delà des limites qu'il s'était juré de ne point dépasser !
— Oh! j'espère que non, répliqua-t-elle. D'ailleurs, ce que je disais, je n'ai point à le cacher, et je suis prête à le répéter devant tous.
Elle releva hardiment son front plein d'intelligence, oii la volonté marquait un léger pli près des sourcils fins et bruns.
— Ah! défiez-vous de cet homme, reprit vivement Geor-
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ges, ne pouvant résister au désir, au devoir de la mettre en garde, et ne pouvant lui dire, d'autre part, nettement ce qu'il savait de l'espionnage dont elle était entourée.
— Je m'en suis toujours défiée.
— Vous avez raison. Je ne le connais pas, mais il suffît de le voir. Il a l'air faux et dur. Je me figure qu'il ne vous aime point... et enfin... C'est un ennemi, croyez-moi.
— Je le sais, répondit- elle. Mais à quoi bon nous inquiéter de lui, après tout? Je ne le crains pas... ni lui... ni personnne ! Il a deviné mes sentiments, comme je sais les siens à mon égard.
En ce moment, la porte du salon s'ouvrit assez violemment, et madame Riccardi entra, suivie de l'abbé Glodion.
Elle s'avança au milieu de la pièce, les yeux allumés par la colère, et enveloppa sa fille d'un regard de triomphe haineux, tandis que l'abbé, immobile et calme, restait près de la porte.
Il y eut un moment de silence solennel entre ces quatre personnages.
On sentait que quelque chose de grave allait se passer.
G-eorges Delmont regardait tour à tour sa femme et l'abbé, tandis que Georgette, qui s'était redressée, regardait alternativement sa mère et don Ramon avec une expression d'angoisse profonde.
L'abbé avait évidemment tout surpris et tout rapporté.
Qu'allait-il s'ensuivre?
— Monsieur, dit enfin madame Riccardi d'une voix aigre et provocante, en s'adressant à Georges Delmont, — bien qu'il ne vous soit dû que quinze jours de leçons, voici votre mois entier.
Elle jeta sur la table, enveloppées dans du papier, quelques pièces de monnaie.
Georges frémit des pieds à la tête.
— Vous me chassez! balbutia-t-il d'une voix étranglée par l'émotion et la colère.
— Je vous paie, et vous prie de ne plus revenir ici. Chassé ! chassé! par cette femme! Séparé de sa fille! Delmont eut comme un éblouissement, puis la colère tomba.
Pour un moment le père l'emporta sur Hiomme. Dans l'affront, il ne vit que ce fait brutal : — On TtHoignait de Georgette.
Gela le rendit presque lâche.
— Pourquoi cela ? demanda-t-il après une courte hésitation.
— C'est à ma fille que je le dirai!... D'ailleurs, vous devez bien le savoir!
Madame Riccardi commenta ces paroles en lançant à Georgette, immobile et froide comme une statue de marbre, un regard chargé de tout le venin qu'une femme peut y mettre, quand elle croit humilier et perdre une autre femme.
Delmont semblait foudroyé sur place.
Il avait une envie folle de saisir cette femme et l'abbé, de les jeter sous ses pieds et de les broyer.
Mais Georgette était là. Sa présence le retenait et le contenait.
Se découvrir, alors qu'il ne savait rien, qu'il n'avait en main aucune arme contre ses ennemis, n'était-ce pas tout perdre, sacrifier tout espoir de vengeance et de- réhabilitation?
Puis on l'accusait évidemment de quelque action honteuse, dont l'idée seule lui donnait le frisson. L'abbé avait surpris son baiser, l'avait dit à la mère. Et ce baiser d'un père, baiser si chaste et si pur, on le prenait pour la caresse de quelque vil et misérable séducteur.
— Je ne sais ce que vous voulez dire, s'écria-t-il enfin. Mais ce que je sais, c'est que Georg..., que mademoiselle Delmont est la jeune fille la plus digne de respect et d'admiration que je connaisse, que nul soupçon ne peut la flétrir, et que si quelqu'un osait en douter devant moi, quel qu'il soit celui-là, entendez-vous, je le briserais !
Et Georges, terrible, regarda sa femme, puis l'abbé.
Georgette, toujours silcacieuse, s'avança d'un pas, se rapprochant de Delmont.
Madame Riccardi, efiarée, stupéfaite, ne comprenant rien à celle audace, à ces menaces, recula en répétant d'une voix entrecoupée et comme étouffée par la colère :
— C'est trop fort! Oh! c'est trop fort!... Je vais appeler. Et elle chercha des yeux le cordon de la sonnette. L'abbé l'arrêta d'un geste.
— Monsieur, dit-il lentement, en scandant et soulignant chaque mot, — Mademoiselle Delmont n'a plus besoin de prendre de leçons. Dans un mois, elle épouse M. Jules Florestan.
C'en était plus que Greorges n'en pouvait supporter. Il bondit vers l'abbé.
— Ce misérable! — hurla-t-il. — Elle épouserait ce misérable! — Moi vivant, jamais!
L'abbé Clodion croisa les bras sur sa poitrine en haussant les épaules.
— Adressez-vous à sa mère, monsieur, dit-il froidement.
— Eh bien, oui, à sa mère, à cette femme! répéta Delmont, qui avait perdu la tête, et ne surveillait plus ni ses paroles, ni sa voix. Ce mariage serait un crime, une infamie! Et il ne se fera pas ! Non ! Je ne le veux pas !
— Il est fou! répondit madame Riccardi, fou à lier! De quel droit vous mêlez- vous de cette affaire ? Qui êtes-vous pour oser?...
— Qui je suis? Qui je suis? répétait Georges en s'avançant vers sa femme, le bras tendu, comme s'il allait l'écraser. Je suis...
11 ne put achever.
Georgelte s'était élancée entre sa mère et lui. Sa main blanche s'appliqua sur les lèvres de don Ramon pour arrêter la parole qui allait éclater, pendant que, se penchant à son oreille, elle lui disait tout bas :
— Tais-toi. mon père!
Delmont s'arrêta foudroyé. Il chancela sur ses jambes. Il allait tomber.
Ceorgette le soutint, en lui glissant encore ces mots à l'oreille :
— Va-t'en, je t'en conjure, va-t'en! Dans une heure chez Me Steinbach !
Il se redressa, la regarda.
La joie, la surprise bouleversaient son noble visage, tout à coup rajeuni.
Il ne savait plus où il Otait, ni qui l'observait et l'écoutait.
Il avait retrouvé sa lillel
Elle l'appelait mon pore !
Il était ivre, il était fou, en effet 1
Il la dévorait des yeux, cherchant un cri, un mot, qui ne pouvaient sortir de son -gosier devenu de pierre.
Georgetle avait le visage empreint d'une si sublime énergie, illuminé d'une si sainte exaltation, son regard, en même temps, était si suppliant, contenait une prière si instante que, fasciné, dominé, éperdu, il céda à sa douce pression et se laissa conduire jusqu'à la porte, que Georgette referma sur lui, après lui avoir répété des lèvres et des yeux :
— Dans une heure 1
Son père, une fois sorti, la jeune fille, restant appuyée contre la porte, comme pour protéger la retraite de Georges Delmont, se retourna vers sa mère, d'un air de résolution qui semblait dire :
— A nous deux maintenant!
— Ah! voila pourquoi elle ne veut pas se marier 1 reprit madame liiccardi, exaspérée par tant d'audace.
Georgette frappa sa mère d'un regard si indigné, que cette dernière, stupéfaite et la bouche encore ouverte, la laissa sortir à son tour du salon, sans trouver une seule parole.
Enfin, elle se retourna vers l'abbé Glodion, toujours impassible.
— Eh bien, dit-elle, vous voyez à quoi cela aboutit et quelle est son impudence! Vous m'aviez dit de chasser ce vieux coquin, d'être sans ménagement. Vous allirmicz qu'elle allait trembler, s'humilier, demander grâce! Et elle me brave !
— Je dis, madame, que tout est pour le mieux. Mademoiselle Delmont se taira et, avant deux jours, vous apportera elle-même son consentement à son mariage avec M.Jules Florestan !
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