‹ La revanche de ClodionChapitre 51 sur 64 · LA SOLUTION D'OLIVIER · texte numérisé non relu

LA SOLUTION D'OLIVIER

— Mon père, dit-il ens'adressant à M°Steinbach d'une voix émue, mais ferme, c'est à nous, ou plutôt c'est à loi de ré= soudre cette situation. Toi seul, je le crois, en as le pouvoir.

Steinbach regarda son fils sans trop de surprise.

— Je t'écoute, St-il.

— Cette situation, la voici : M. Delmont, sauvé par toi, revenu en France, retrouve sa fille, et ne veut plus la perdre, ni se séparer d'elle. Tout homme, à sa place, sentirait et agirait comme lui. Pour cela, il veut reprendre son nom et le réhabiliter, afin de pouvoir exercer ses droits de pore, afin d'arracher sa fille à une tutelle qu'il juge dangereuse, afin surtout, si je ne me trompe, d'effacer la tache qui 3'étend sur le nom de mademoiselle Delmont.

Delmont écoutait attentivement Olivier, se demandant où il voulait en venir.

Steinbach, le front penché et les sourcils froncés, avait repris sa promenade, plus saccadée que d'habitude.

— Georgette, — continua Olivier, — a la preuve de l'innocence de son père, mais cette preuve est cruelle ou terrible, — à quel égard, je l'ignore. — Peu importe ! — Cette preuve, son cœur se déchire à la fournir. — Elle qui aime tant son père, elle qui a veillé sur sa mémoire et poursuivi sa réhabilitation, pendant sept ans, avec une énergie, un dévouement si admirables, — elle hésite, elle demande, comme une grâce, qu'on ne la force pas à parler. — Ce qu'elle sait, je ne le sais point. — Mais je sais qu'elle est une tille sublime, et que là où elle hésite, pour une cause quelconque, nul n'a plus le droit d'insister!

La voix. d'Olivier s'était élevée. L'enthousiasme, l'ardeur du premier amour, d'un amour profond, complet, taisaient vibrer ses paroles, faisaient étinceler son regard.

— Maintenant, poursuivit-il, c'est à M. Delmont que je m'adresse, à cet homme qui a tant souffert^ à ce père qui adore sa fille I Si quelqu'un la faisait vivre auprès de lui, sous le même toit que lui, libre, heureuse, le front haut, la joie au cœur, — pour obtenir ce résultat, renoncerait-il à tout le reste, renoncerait-il à poursuivre une réhabilitation qui, évidemment, ne s'obtiendra ni facilement, ni sans beaucoup de scandale, ni sans beaucoup de douleurs pour Georgette?

Il y eut une minute de silence.

Steinbach se promenait d'un pas de plus en plus agité, en fronçant de plus en plus ses gros sourcils, sans regarder son fils.*

Delmont s'approcha alors de Georgette, lui prit la main et lui dit, les yeux dans les yeux :

— Georgette, une question, une seule, mais réponds franchement à ton père, c'est la première prière qu'il t'adresse.

— Je te répondrai loyalement, quoique tu veuilles savoir.

— Vaudrait-il mieux pour toi que je suivisse le conseil d'Olivier?

Delmont avait parlé lentement, en pesant sur chaque mot. "Georgette hésita.

— Je compte sur la promesse,

— Oui, dit-elle, enfin, en rougissant. Pour moi.. . et pour toi.

— Pour moi, peu importe. Pour toi, cela suffit. Olivier, vous avez raison. Il ne sera pas dit que personne aime Georgette plus que son père. Je renonce à tout pour elle, pour mon enfant chérie. Qu'elle soit heureuse ! Son bonheur, c'est le mien.

— Eh bien, dit vivement Olivier à son père, tu as entendu?

— Quoi? fit brusquement l'avocat en s*arrêtant.

— La réponse de M. Delmont.

— Oui.

— Fais ton devoir, alors.

— Quel est mon devoir, s'il vou's plait?

Olivier prit Georgette par la main, la conduisit à Mo Steinbach, mit la petite main blanche qui tremblait de la jeune fille dans la grosse main un peu rouge de l'avocat, en ajoutant :

— Demande à M. Uelmont s'il veut te faire l'honneur d'accorder sa fille, Georgette, à ton fils, Olivier, car tous les deux ils s'aiment,

Steinbach était devenu très -rouge.

Delmont, très-pâle, n'osait le regarder, craignant un refus qui aurait brisé le cœur de sa fille, et le sien.

— Parbleu ! s'écria l'avocat, je le sais bien, et depuis longtemps I

— Steinbach! murmura Delmont d'une voix suppliante. Steinbach hésita encore une seconde.

Il regarda d'abord (ieorgette , toute blanche, dont les grands yeux à demi fermés étaient couverts par de longues paupières aux cils bruns qui palpitaient, puis son fils dont le visage était plein d'une attente anxieuse, puis Delmont, bouleversé, haletant, ne sachant s'il devait implorer ou se taire, torturé de mille craintes.

Alors, prenant tout à coup sa résolution, après un mouvement d'épaules intraduisible :

— Delmont, fît-il, votre renonciation est sérieuse et complète?

— Oui.

— Eh bien, acceptez-vous Olivier? moi, j'accepte celte chère Georgette !

Et il déposa un gros baiser sur le front de mademoiselle Delmont défaillante.

Georges ptiùssa un cri de joie, et serra le vieil avocat dans ses bras.

— Ah! merci! merci! disait-il d'une voix entrecoupée. Vous me sauvez pi us que la vie, vous me ren dez plus que l 'honneur. Vous sauvez Georgette, et vous me rendez le bonheur!

— Tu vois, disait, pendant ce temps, Olivier à Georgette qu'il tenait contre son cœur, en efTleurant des lèvres ses beaux cheveux bruns, tu vois qu'il consent, et que tu es à moi, méchante I

— Olivier! murmurait-elle, Olivier!

Et celte vaillante fille qui avait résisté à tant d'émotions, bravé tant de luttes, fondit en larmes.

— Mais ta mère? dit-elle enfin.

— Elle t'adore, et te remerciera d'accepter!

— Mais la mienne ? reprit tout à coup Georgette.

— Gomment, votre mère ! s'écria Me Steinhach, qui entendit son exclamation. Est-ce que vous croyez qu'elle oserait me refuser? Allons donc! Un gendre comme Olivier!

— Elle tient à M. Florestan, et l'abbé Clodion qui la domine, y tient encore plus !

— C'est vrai. Eh bien, nous vaincrons toutes ces résistances, avec un peu d'habileté.

Pourtant, il fallait que Georgette retournât chez elle. L'avocat voulut l'y reconduire lui-même, désirant causer seul à seul avec la jeune fille.

On dut employer presque la force pour arracher Georgette des bras de son père.

— Il me semble que je ne la reverrai plus! pensait le malheureux Delmont.

Quant à Olivier, il avait beau se dire :

— Elle sera, elle est à moi ! il se sentait le cœur déchiré et rempli de mortelles inquiétudes.

Pourquoi ?

li n'aurait su le dire.

En se rendant à Passyt Georgette crut devoir prévenir M'' Steinbach du peu de sympathie que lui portait sa mère.

— Je m'en doutais depuis longtemps, lui dit-il, et cela ne m'étonne pas. Mais n'importe, je crois avoir des moyens d'action sur elle, qui valent à peu près ceux de l'abbé Clodion, et comme on ne vous mariera pas de force, nous arriverons, je \"ous le répète, à vaincre les obstacles que je prévois, avec quelque fermeté de votre part, et quelque habileté de la mienne.

M^ Steinbach se contenta de déposer Georgette à sa porte, sans se présenter à madame Piiccardi, ne jugeant pas venu le moment opportun.

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