‹ La revanche de ProudhonChapitre 102 sur 140 · Mélanges (3« vol.), p. 262, 4* Lettre · texte numérisé non relu

Mélanges (3« vol.), p. 262, 4* Lettre

rAncien voyant dans le grand nombre de ces vieux serviteurs une source de déficit^ écrivait qu'il fallait s'en débarrasser ou les jeter aux murènes. Si la gratuité du travail ne se réalisait pas, même dans les pays d'esclavage, — car les besoins de Thomme n'arrivent jamais au zéro théorique, — comment à notre époque de liberté où le bien-être grandit par l'effet d'une évolution progressive et s'élève, par des aspirations toujours nouvelles, bien au-dessus d'une pure nécessité d'esclave, parviendrait-elle à la réalité ? Le travail bien loin de se rapprocher tend au contraire à s'éloigner de la gratuité, pour n'en citer qu'une preuve on n'a qu'à rappeler la loi de Bastiat plus haut rapportée :

A mesure que les capitaux augmentent (et avec eux les produits) la part proportionnelle et la part absolue du traçait augmentent.

Le travail ne peut donc être gratuit — il n'a pas même tendance à prendre cette direction — le crédit ne peut l'être non plus.

Gomment la Banque du Peuple qui, théoriquement, par des avances à découvert, permet à tous d'être, non plus emprunteurs, mais échangistes et qui, pratiquement, par des dispositions transitoires reconnaît la nécessité de réunir un capital de garantie, fruit du travail d'autrui, rémunérable par conséquent et dont elle servira un intérêt à ses souscripteurs, ira-t-elle prêter gratis -ce qu'elle emprunte à titre onéreux ? Le fonds de souscription sera aussi vite dissipé que réuni, ce à quoi ne tiennent pas sans doute les fondateurs et Les actionnaires même les plus philanthropes ou plutôt parce qu'ils seraient tels. Même au cas où, pour éviter tous obstacles, on use-

rait en raison de sa commodité du procédé suivant : se servir d'une banque toute constituée: la Banque de France, en rendre le capital social et rembourser les actionnaires en renies sur TEtat, sans nous arrê» ter à r outrecuidance d'une pareille mesure et nous appesantir sur le monopole (T émission de billets par là transmis à la Banque mutuelliste, on ne peut reconnaUre à Texpédient que le seul mérite de reculer la difficulté, non de la résoudre. En effet, les rentes sur l'Etat données en remboursement aux anciens actionnaires leur rapporteront un intérêt, sinon il y aurait vol du capital de la Banque de France, et si elles rapportent intérêt, c est que le service rendu par les anciens actionnaires subsiste toujours. Il y aura là comme un emprunt national émis au taux légal et payé par tous les contribuables. La Banque empruntant, suivant les époques, à 5, 4» 3 1/2, 3 0/0 actuellement, ne pourrait pas prêter gratis (i), puisque c'est toujours à titre onéreux que son capital s'est constitué.

11 faudrait, pour que la Banque prêtât gratis, que son capital fût gratuit, mais capital c'est produit, produit c'est travail, travail c'est peine, rémunération, ce n'est pas gratuité ; pour que le capital fût gratuit, il faudrait que le travail fût gratuit, absurdité qui a déjà été réfutée.

Le travail se refusant à une complicité si nuisible, ce n est pas avec du papier-monnaie qu'on créera des valeurs. Multiplier des promesses, ce n'est pas multiplier des produits. Nous avons vu à quoi aboutissait un pareil expédient : hausse des prix, maxi-

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