‹ La revanche de ProudhonChapitre 20 sur 140 · Deuxième mémoire sur la Propriété, p. 33o · texte numérisé non relu

Deuxième mémoire sur la Propriété, p. 33o

défense absolue d'entrer dans le champ économique d'où la division des fonctions Ta chassé et où il ne saurait apporter que trouble et arrôt dans le progrès. Ce ne peut donc être qu'en lui-même que le soi-disant possédant trouvera le principe de sa possession devenue le prolongement de sa personnalité. Ce serait revenir à la propriété, quand bien même elle serait « non susceptible d'aliénation » restriction qui, d'après les mêmes données, devient impossible et constitue une pure illusion. En effet, puisqu'il faut à cette possession « le travail » comme condition de légitime réalisation, qui m'empêchera, moi possesseur — je suis l'ancien j)ropriétaire qui ai conservé tous mes biens tout en changeant la dénomination de mon droit — si je veux aliéner un champ, de ne plus le travailler et le laisser exclusivement cultiver par celuWà seul à qui je le destine ? Le travail fondant la possession, la dation est possible par l'application du principe lui-même. Et l'on ne peut supposer que ce travailleur, fait possesseur en fraude de la loi, ne profitera pas pour cela du fruit de son labeur indûment permis par le possédant primitif, qui dès lors en jouirait seul en vertu de « l'occupation fictive, de l'oisive volonté », ce que le Mémoire veut précisément supprimer, autrement on réaliserait par des relations d'employeur à employé, des différences, des degrés, une inévitable pierre d'achoppement à la réalisation du « système d'égalité absolue » demandé dans la préface-programme. Le soi-disant possesseur ayant faculté d'aliéner serait donc, comme devant, réellement propriétaire. Et son Jus abutendi serait complet, irait même, malgré l'énoncé, jusqu'au non-travail y puisque, abstraction faite de l'Etat qui

ne doit pas intervenir, il n'y a pas de force au monde capable de contraindre le possédant à ne pas mettre son champ enjachère. Cette possession permet Vabus de la chose, c'est la propriété (i). Donc Proudhon, qui semblait vouloir • détruire cette dernière, ne la renverse pas.

Et maintenant, demandons-nous, puisque le mot changé, la chose reste, pourquoi l'auteur créa cette illusion ?

Premièrement, parce qu'emporté par l'irritation de la gêne qu'un labeur acharné ne parvenait pas à éloigner, il combattait du fond de sa misère une économie qui l'écrasait,* aspirant comme tous les pauvres à voir se réaliser un âge meilleur où tous seraient certains de ne jamais manquer du nécessaire, grâce à leur travail, au lieu de souffrir comme dans l'ordre actuel où d'autres, sans labeur, ont le superflu assuré (2).

Secondement, parce que, désireux de connaître par quelle mystérieuse contradiction avec la nature, l'ordre ne régnait pas dans l'hiunanité partagée en deux camps opposés : les capitalistes ou propriétaires d'un côté et les non-capitalistes ou prolétaires de l'autre, Proudhon avait cru voir la cause de ce désordre dans une mauvaise distribution des richesses dont les uns ont trop et les autres trop peu, puis, étudiant, pour plus ample informé, les défenses qui avaient été présentées du régime propriétaire, avait reconnu que ce qu'on défendait en lui, c'était la seule

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