Qu est-ce que la propriété, Chap. III, p
3. Il avait pris l'exemple avantageux d'une première génération se livrant collectivement à Texploitation intégrale.
par Factivité de tous, est, parle fait même de sa création, une richesse collective dont l'usufruit, de même que celui de la terre, peut être partagé, mais dont la propriété reste indivise » (i).
La Loi ! parce qu'en dépit des grandes autorités de Bossuet, Montesquieu, etc., il y aurait profonde injustice à transformer, par ce moyen, l'antique possession en propriété, le droit d'occuper étant égal pour tous. « La mesure de l'occupation n'étant pas dans la volonté, mais dans les conditions variables de l'espace et du nombre, la propriété ne peut se former » (2). Et, conclusion fatale, peut-on ajouter, d'une théorie qui n'admet pas de principe antérieur au droit, « les conditions de l'espace et du nombre» variant, la loi qui les suit varie avec elles, détruisant ou réformant progressivement ce qu'elle avait antérieurement édifié.
Bref, la question du maintien ou de la suppression de la propriété pouvait être regardée comme pendante ; les . économistes avaient commis une grosse erreur dans leurs défenses en la confondant avec la possession ; quant à Proudhon, il se contentait de la trouver inharmonique, antisociale, et malgré ses critiques, ne la détruisait pas, la maintenant, moins le nom, car il trouvait dans sa négation — se apparentes contradictions le prouvent — xm genre de possession qu'il laissait indéterminé. Mais bientôt, poussé par les polémistes des écoles opposées qui agitaient à tout moment comme un épouvantait sa paradoxale formule : « La propriété c'est le vol jd
.1. a® Mémoire, p. 3i6.
a. Qu'est-ce que la propriété? chap. II, par. 3, p. 69.
il va s'expliquer sur ses apparentes coatradiclions* « Vous, Constitutionnel j écrit-il au journal de ce nom, quand vous rappelez notre définition : « La propriété, c'est le vol » vous êtes menteur et menteur imbécile, puisque tout le monde sait aujourd'hui que nier la propriété est synonyme de dévelop' per et perfectionner la propriété au propre sens déterminé par MM. Thiers et Lamartine. La seule différence entre eux et nous est que ces messieurs veulent arrêter à leur convenance le développement jusqu'au terme » (i).
Proudhon ne parle donc plus de possession ; il reprend la propriété qu'il a d'abord voulu nier pour en poser, suivant sa méthode dialectique, l'affirmation antagonique. Il la conserve pour en « développer et perfectionner y> le principe, développement dont les symptômes déjà énumérés et évidents tels que projet de loi d'expropriation pour cause d'utilité publique, baisse du taux de l'intérêt, etc., se réalisent ou sont en voie de réalisation.
Mais, semble-t-il, une nouvelle contradiction surgit. Si la propriété, facteur d'inharmonie sociale, subsiste, comment la concilier avec 1' « égalité absolue » demandée par la préface-programme du premier Mémoire ?
Proudhon savait autant que personne l'absolu irréalisable ; il ne faut donc voir dans ce vocable qu'un entraînement de styliste, une énergique affirmation d'idée destinée à frapper le public dès le début de la lecture et subséquemment atténuée dans
1. Mélanges (i^*' vol.), p. 25i. Article du Peuple du 29 décembre 1848.
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le même ouvrage en ces termes : « Que Tégalilé consistant seulement dans l'égalité des conditions, c'està-dire des moyens, non dans Tégalité du bien-être, laquelle avec des moyens égaux doit être Touvage du travaillear, ne viole en aucune façon la justice et réquité » (i). Reste donc la seule égalité des moyens laissant au seul travail le soin de créer une inégalité avantageuse pour celui qui s'y livre. Comment la réaliser ?
En universalisant la propriété j — répond Proudhon dans son Plaidoyer devant la Cour d'assises de Besançon, — qui, d'abord niée « par la critique » devja se transformer par « voie de développement organique et industriel. » C'est donc dès maintenant un point acquis : la Propriété s'affirme souverainement en tant que principe, quitte à se transformer suivant les données d'une progression harmonique.
Mais, pourra encore demander une critique ombrageuse exigeant une réponse explicite, peut-on assurer qu'une transformation sans limites du droit propriétaire n'ira pas jusqu'à sa négation? On le peut par nécessité dialectique :
10 Puisque pour réaliser la synthèse, solution du problème social, il faut d'abord que les deux ter* mes antithétiques qui doivent la composer existent. C'est d'abord la communauté primitive, thèse passée dont il ne reste plus que le souvenir ou des velléités de doctrinaires, et puis la propriété individualiste des contemporains, antithèse présente, contradîctoirement issue du communisme primitif, qui doivent combiner leurs caractères dans la synthèse cherchée,