CHAPITRE I
ARRÊT DE LA VALEUR (i)
Baisse des prix yers la moyenne. — Etablissement de tarifs — Sont-ils imposés par l'Autorité ou librement consentis par les commerçants ?
Puisque le Muluellisme, visant à l'égalité de l'échange, veut que A = A (a), et que ce rapport, d'accidentel qu'il peut être dans l'économie actuelle devienne désormais constant, il faut que, si le premier A monte en valeur de i, le second augmente dans la même proportion, ou i^ice versa j que si l'un
1. Par arrêt de la valeur, Proudhon entend la fixation des prix. Quant à la valeur proprement dite, théorie complexe comme toutes les questions d'origine et capable à elle seule de remplir des volumes, nous ne labordons pas pour le moment. Contentons- nous de rapporter ce passage des contradictions économiques : « L'utilité fonde la valeur ; le travail en fixe le rapport, le prix est l'expression qui traduit ce rapport ».
Nous serons obligé dans la quatrième partie (Chap. III) d'analyser succinctement ce qu'est la Valeur, à propos du Marxisme.
2. Proudhon aurait dû dire A = A' ou A' = A" car A = A suppose deux identités et on n'échange pas ce qui est identique.
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diminue de i, Pautre subisse la même diminution. Qui ne voit que celle harmonie préétablie dans la hausse et la baisde des prix est la négation même de la hausse et de la baisse, Farrêt de la valeur à un point fixe où elle reste enchaînée.
Et pourquoi établir cette immutabilité ? Parce que « les causes d'oscillation de la valeur qu'il s'agit de détruire et qui engendrent le paupérisme sont l'anarchie du marché, le bon plaisir commercial, en un mot l'agio (i) ». Les différences ne proviennent donc pas de causes naturelles : surproduction, rareté de produits, etc., mais elles sont fictives, par suite de manœuvres de certains individus qui, abusant d'une situation avantageuse, accaparent ou rejettent à point nommé sur le marché les marchandises qu'ils avaient en magasin ou dont ils détenaient en portefeuille les effets représentatifs. Une poignée d'agioteurs peut ainsi déchaîner à loisir sur le monde les crises et la misère, prélevant sur la circulation en vertu de leurs fonctions d'intermédiaires parasites une injuste rémunération dont le montant coïncide exactement avec le chiffre du déficit social. D'où rupture de l'harmonie économique, richesse outrageante à quelques-uns, misère assurée à la masse. Que faut-il pour ramener l'équilibre? Supprimer ces coups de bascule.
Pour si amples que soient ces oscillations meurtrières, on peut en mesurer l'étendue, déterminer dans un certain espace de temps le plus haut maximum et le plus bas minimum atteints, et ceux-ci.
I. Solution du problème social, p. io6 (Organisation du Crédit, paragr. II).
pris comme termes antithétiques, en faire la balance, les équilibrer dans une moyenne ^ Icrme « delà valeur vraie » supprimant rintiarmonie el ses causes premières, Tagio, la spéculation. A quel chiffre la fixer? Proudhou ayant observé que « sauf de rares exceptions de monopole, Timmense majorité des marchandises n'oscille pas en vertu de l'agio, de aS o/o en deçà et au delà du prix moyen» (i), il veut réduire de 25 o/o le prix de commerce des produits et services, supposant par là que cette diminution coïncide avec le prix de revient. Attendrons-nous cette réduction du bon vouloir des commerçants, des agio* teurs ? En feron^nous des suicidés par persuasion ? La Justice aura-t-clle sur eux assez d'attraits? Il n'y a qu'une nuit du 4 août, il n'y a qu'un baiser Lamourette dans l'histoire. La nature qui réalise sa fin dans l'individu par Fégoïsme ne commet pas deux fois les mêmes aberrations ; il faudra qu'un principe étranger le soumette et contienne dans un orbe infrangible une force d'expansion néfaste dans ses effets. Quel sera-t-il? L'Autorité, c'est-à-dire l'Etat. Le gouvernement devra par décret « arrêter le prix de commerce pour tous les produits et services au prix derevient du jourqui précédera la promulgation du décret, soit 25 o/o en général, au-dessus du (2) prix de revient du jour qui suivra la promulgation : la différence de 25 0/0 entre les deux prix de revient
1. Solution du problème social, p. 107 (u Organisation du Crédit » paragr. II).
2. Page 108, Solution du problème social {a Organisation du Crédit » paragr. II),
étant laissée comme latitude à la concurrence et bénéfice aux entrepreneurs. » Mais ceci ne nous indique qu'une marge. Gomment pour telle marchandise saurons-nous en son temps la véritable valeur, le juste prix ? L'Autorité interviendra-t-elle pour étiqueter des marchandises ? Proudhon répond : « Le Gouvernement devra se faire présenter les livres d'expédition et grands livres des compagnies et entrepreneurs, dégager le prix de revient par quintal métrique et pour toute distance, puis arrêter la valeur (i).
Tous les corps d'arts, métiers, industries, négoces, etc., seront soumis à des opérations analogues. Une enquête générale sera ouverte, une statistique commencée, tous les documents publiés, tous les tarifs insérés au Moniteur. Chaque commerçant devra avoir dans son magasin le tarif affiché, visé par la chambre de commerce et portant le timbre municipal, des prix de tous les objets dont il fait la vente ou l'échange. De plus chaque objet devra porter marque, numéro et prix de manière à ce que l'acheteur voie sur-le-champ le maximum de ce qu'il peut avoir à payer. »
Ce qu'il faut retenir de cette citation, c'est la question du Tarifa un des traits e sentiels et persistants des théories proudhoniennes. — Proudhon parle encore de tarif en i855 dans son Projet d'exposition PERPÉTUELLE — et uou pas ccttc exorbitaucc accordée à l'Etat d'être le contrôleur en chef de l'économie nationale, ce sur quoi l'auteur s'empressa de revenir
I. Solution du problème social (ce Organisation du Crédit » paragr. II, p. no).
pour rallénuer et le réduire à rien comme contraire à la vitalité et à la logique du système. Ainsi dans ses articles des 3i mai, i^*' et 5 juin 1848 où il expose son programme, il demande à TEtat de rendre plusieurs décrets. Le douzième sur la Fixation des prix contient ces mots : « Je dis que l'ÉTATne doit procéder ici qu'avec prudence et circonspection, ne rien exiger par contrainte^ borner son initiative à éclairer les citoyens » (i). Et plus bas il indique que le gouvernement doit se borner à présenter in extenso les statuts d'une société type où entreraient fabricants, artisans, producteurs, etc., soumise à ToDligation de « faire connaître le prix de revient de ses produits, suivant leurs qualités et espèce » en un irtrZ/'décomposé, placardé dans les magasins des associés qui vendraient ainsi au prix de revient le bénéfice ne pouvant être obtenu que « par Thabileté personnelle, comme par les méthodes, procédés, inventions et applications particulières à l'exploiteur ».
Ne nous effrayons donc pas trop de ce mot de décret qui n'a pas plus de valeur qu'un simple monitoire, et retenons que le tarif, simplement indiqué par l'Etat, n'est adopté que par l'effet de la propre volonté des associés.
Mais si le tarif réalise théoriquement l'arrêt de la valeur il est possible de prouver contre cet absolu que la hausse et la baisse indépendantes de la volonté des hommes — c'est celle qui provient non plus de l'agio, mais d'un fait naturel tel que surproduction ou récolte déficitaire. — Proudhon avait déjà dit dans l'Organisation du Crédit et de la Cmcu-