‹ La revanche de ProudhonChapitre 47 sur 140 · I. Solal. du Probl. Social^ p. 253 (Article du i8 juin · texte numérisé non relu

I. Solal. du Probl. Social^ p. 253 (Article du i8 juin

Lagarde xa

courtiers et employés gravitant autour d'eux, les marchands de demi*gi os, les détaillants, etc. , achetant pour revendre sans rien ajouter au produit, si ce n'est une augmentation de prix, ce dont on se passerait volontiers et par-dessus eux tous, Tagioteur sur titres ou sur effets spéculant pour son profit exclusif exactement mesuré par la perte sociale, spéculateur encore moins recommandable que le négociant, en ce sens que celui-ci entre en contact direct avec la marchandise, la tâte, l'agrée, règle son prix sur la qualité, la détient parfois chez lui, tandis que celui-là pousse en Bourse à la hausse où à la baisse par une concentration ou un rejet savanunent calculé d'effets représentant des marchandises logées il ne sait où, et cela d'une manière désastreuse, antiéconomique pour la prospérité nationale, puisque cette hausse ne répond pas à une réelle augmentation de qualité, ni la baisse, factice encore, à une proportionnelle dépréciation qualitative du même produit.

Voyez-vous d'ici cette cascade établie par une fausse combinaison sociale ! Comment, de cette corne d'abondance qu'agite le producteur, les produits, la véritable richesse, ne tombent-ils pas directement dans les bras de ceux qui les demandent par besoin ? Pourquoi ces digues surétagées entre nous, consommateurs, et les sources de la production devenues stagnantes ? Pourquoi des entrepôts viennent-ils comme une gueule géante happer toute une récolte avant de la laisser de magasin en magasin, du gros au demi-gros, arriver en plusieurs péripéties à la boutique du détaillant qui la livrera enfin au consompxateur ? Parce qu'en l'état actuel des cho-

ses, le eommerce est insolidaire et anarchique, tout individu ne visant qu'à la sa:tisfaction de son intérêt personnel exclusif de l'intérêt social au lieu d'être son concourant. Toute entreprise quelle qu'elle soit doit rapporter, tel est le principe premier passé à l'état d'axiome de l'économie égoïste qui nous régit. Le négociant qui a des disponibilités — et c'est pour cela qu'il l'est — achète une bonne partie dç la récolte ; il ne peut à lui seul la consommer, il la met en réserve, et de l'argent dépensé pour l'achat du produit, pour la construction d'un entrepôt, pour le paiement des courtiers et parfois, par aggravation, de toute une multitude d'intermédiaires de second ordre, etc., il doit en retrouver d'abord l'intérêt et puis un profit rémunérateur de son coup d'œil et de son esprit d'à-propos, s'il saisit, pour l'accaparement, une année de disette où le consommateur affamé crie grâce et paie... quand il peut, ce qu'on veut lui faire payer. A ce péage de l'homme aux écus, gros spéculateur, vient s'ajouter celui perçu par le négociant de moins grande envergure, auquel le premier passe une partie de sa marchandise, si bien que de main en main jusqu'au vulgaire détaillant boutiquier, le prix s'augmente à chaque intermédiaire et toujours inversement à la quantité de marchandises livrées.

Cette augmentation est l'expédient par lequel vivent (ce sont les petits) et s'enrichissent scandaleusement (ce sont les gros intermédiaires) toute une classe de gens dénommés commerçants parce qu'ils n'achètent que pour revendre^ soit du blé dont ils n'ont pas fait lever un seul grain, soit du via dont ils n'ont pas foulé une seule grappe ou tout autre

produit, alors que la dîgnilé et la justice commandent de vivre du produit de son propre travail, c'esl-à-dire d'acheter pour transformer avant de revendre (i).

Et l'économie sociale l'exige en vue de l'harmonie ; ces commerçants improductifs dénommés intermédiaires doivent être atout prix supprimés. Suppression faite, quels résultats obtiendrons-nous ?

10 Une économie considérable. — Il est de toute évidence que, si l'on met le consommateur en face du producteur, ce dernier vendra son produit sinon à sa valeur exacte, du moins à sa valeur approchée déterminée par le coût de * production. D'après ce nouveau mode d'échange, le prix marchand sera dégagé de toute la surcharge amenée par la rémunération de l'intermédiaire et l'amortissement du capital par lui mis en œuvre. Le consonmiatcur paiera moins cher qu'auparavant et le producteur, s'il ne gagne pas un peu plus, sera toujours assuré de vendre son produit et d'acheter à meilleur marché les matières premières nécessaires à sa production.

L'économie obtenue, quand il s'agit de nations, s'élève à de gros chiffres. Proudhon évaluant à 20 milliards la circulation totale de la France en 1848 trouve que les producteurs payant « aux capitalistes à titre d'intérêt, commissions, frais de protêts, pertes à la retraite, etc., un intérêt moyen de 8 pour 100

I. Parmi les boutiquiers il faut excepter les boulangers, charcutiers, qui ne revendant pus la marchandise telle qu'ils la reçoivent, mais la transforment auparavant, sont des producteurs.. Quant aux autres, Wfaut qu'ils çivent avant tout. C*est là non pas une justification, mais une excuse de nécessité en faveur du petit commerce.

il en résulte un gain de 400 millions pour les inter • médiaires, chiffre àtransporicrdudébitde la Société à son crédit », si les intermédiaires étaient supprimés (i). Et maintenant à l'aurore du xxe siècle, après, la fondation des grandes banques, rétablissement des chemins de fer, les perfectionnements du machinisme, les divers procédés de culture intensive, qui ne vil que dans une circulation suractivée, triplée, quadrupléedepuisiS48,réconoinie à réaliseraugmenle d'autant et se chiffre pour la France à plusieurs milliards! Des milliards ! s'écriera-t-on ? Parfaitement. Et cela par la simple mise en présence du producteur et du consommateur, qui en vérité se confondent dans le même individu. En effet, pourquoi le premier vend-il ? (il ne peut manger tout le blé . qu'il cultive et ne se nourrir que de ce seul produit). Pour acheter. Pourquoi le second achète-t-il ? parce qu'il a déjà vendu. Le consommateur acheteur et le producteur vendeur se retrouvent donc dans le même honmie, comme les deux termes contradictoires dans une même manifestation antinomique. On reste donc logiquement d'accord avec les faits en mettant consommation et production face à face puisqu'elles se supposent l'une l'autre. Et la simple logique chassant l'intermédiaire réalise des milliards au profit de la société productrice-consommatrice.

Donc premier point acquis : économie considérable.

20 Une recrudescence dans la consommation. — Du moment que les marchandises vendues à leur juste valeur coûteront moins cher, la consommation

I . Solat. du ProbL Social, p . 199 et 200 (article du 20 mai).

augmentera de toute la somme auparavant prélevée par les intermédiaires ; le désir d'achat n^étant plus contrecarré par la hausse des prix, non seulement ceux qui consommaient déjà certains produits, en consommeront davantage, mais encore useront d'autres qu'ils n'avaient jamais osé aborder, vu leur antérieure cherté, d'où extension du débouché en profondeur comme en étendue (i), encore accentuée — conception nouvelle et tout à fait originale à signaler dans le système — par la disparition de l'esprit d'épargne et de la théaurisation : « Le jour où la circulation des produits deviendra de plus en plus régulière, active et pleine, ce jour-là, le producteur, n'ayant aucun souci de l'avenir, ne thésaurisera plus: l'ouvrier sachant qu'il a dans la paume de sa main une source de richesses, au lieu de faire des épargnes, dépensera. Acheter, pour lui ce sera économiser », « le capital dans le régime du crédit réciproque » ne se formant plus « par l'épargne, mais par l'échange » (2).

3o Une recrudescence dans la production. — C'est fatal, puisque la production n'est que le calque contradictoire de la consommation, la face antinomique d'une même manifestation économique. Toutes deux vont de pair avec des avancées ou des reculs simultanés en temps normal, ne subissant d'écarts qu'aux époques de crise (3). Si la consommation augmente

i. Solution du Problème social^ p. laS. (Organisation du crédit, paragr. IV).

Page 1