‹ La revanche de ProudhonChapitre 56 sur 140 · Açertissements aux propriétaires , p · texte numérisé non relu

Açertissements aux propriétaires , p

Il faut qu'une banque existe, véritable coopérative de circulation^ puisqu'elle aussi obéit aux trois conditions: d'isolement (elle ne comprend que des^producteurs), d'indépendance vis-à-vis du capital (puis^ que son but est de s'en passer) de propriété des produits (les économies réalisées dans l'échange vont aux producteurs eux-mêmes vendeurs directs de leurs propres produits) et supprime tous les obstacles du commerce anarchique, jusqu'à réduire toutes transactions à im strict échange de produits, et faire de la circulation non une démarcation mais un trait d'union si étroit entre la production et la consommation antithétiqucment réunies, fondues, qu'elle se confonde avec elles. Et voilà pourquoi le Syndicat de production (nous ne l'avons étudié jusqu'ici que sous cette forme ainsi que les coopératives auxquelles il vient en aide) est encore un Syndicat de consommation, spéculation remarquable, puisque les coopératives surgies du temps de Proudhon furent toutes des associations de production (i).

La société ouvrière de consommation parallèlement à celle de production obéit encore aux trois conditions corrélatives :

lo D'union pour la consommation ;

2^ D'indépendance vis-à-vis du cai)ilal ;

3^ De bon marche des produits.

Elle vivra, grâce encore au Syndicat mutuelliste qui lui en fournira les moyens en provoquant le bon

I. Toutes, sauf deux périrent au début du second Empire. Le second mouvement coopératiste (i86o) fitsurtout surgir des coopératives de consommation; c'est do ces dernières qu'on attend le succès car elles peuvent fournir un débouché, une clientèle aux coopératives de production.

inarché par la suppression des intermédiaires, con» •séquence primordiale de l'établissement de la Banque d'Echange,

B. — Mutualité

Vient ensuite en ordre logique, déduction immédiate du coopératisme, s'adjoindre conmie un second rameau : la Mutualité qui a pour but, les coopératives une fois fondées, (Tassiirer leur existence en établissant entre toutes ces associations ouvrières forcément devenues interdépendantes par la copénétration de la production, de la circulation de la consommation (i), la réciprocité de rechange, V Echange direct. D'où l'on voit qu'elle ne se réduit pas comme on le croit aujourd'hui, vu l'exclusive application qu'on a faite de la chose et du mot, à une simple garantie de secours contre les accidents, les maladies et parfois la vieillesse (2). La Mutualité est plus que cela, parce que l'assurance qui en est l'essence ne se restreint pas à mie manifestation spécialisée.

Etendez^ universalisez l'idée et vous verrez que tout s'enchaîne, se combine, se confond, s'identifie, entre dans l'assurance, dans la mutualité, lesquelles

I . Nous appelons ici T attention du lecteur sur la quasisynonymie des mots : mutualité, mutuellisme, qu*il ne faut pas identifier, le premier n'indiquant qu'une différenciation, une branche du second : ne pas dénommer indifféremment Tun pour l'autre.

î2. Même réduite à ce sens, la mutualité réglée par la loi du icr avril 1898 n'a de mutueUiste que le nom et bien peu de choses de plus . Nous indiquerons plus tard dans le cours de Touvrage ce qu' il faut lui ôter pour en faire une intégrale manifestation de Mutuellisme.

ae fondent à leur tour dans le Mutueilisme qui contient le tout.

En effet, supposons une coopérative organiquement et essentiellement créée d'après les conditions plus haut énumérées. Que va-t-il lui falloir pour vivre, réaliser sa fin: produire en Vue de l'échange? Trouver un débouché à ses produits. Et elle le trouvera justement dans une extension des principes mutuellistes qui ont servis à la former (union en vuedu travail, indépendance vis-à-vis du capital, etc.), dans un concours de toutes les associations ouvrières se fournissant directement, en raison de la modicité des prix amenée par la suppression des intermédiaires, comme contre-valeur d'échange, leurs produits respectifs nécessaires à la variété de leurs besoins. La certitude de l'échange entraîne celle de la production qui provoque à son tour celle de la consommation. Par cette triple assurance constitutwe de la Mutualité^ soutien du Coopératisme, les coopératives n'ont plus qu'à se suraffirmer dans l'énergie d'un travail de plus en plus intensif ; les crises, le chômage tombent à l'état d'éventualités hypothétiques et le Mutucllisme entre dans le terrain des réalisations pratiques. Et cette idée Proudhon la revendique comme sienne contre d'anciens collaborateurs qui la reprenaient après s'être séparés de lui (i).

« On dit, écrit-il dans le Peuple du 17 avril,

I. Ge sont les anciens rédacteurs du PeM/>/e qui, par un excès de susceptibilité, s'étaient séparés de lui à la Liquidation des fonds de souscription de la Banque du Peuple. Le chef de scission était Jules Lechevallier, celui-là même que Proudhon avait mis à la tête du Syndicat de production et de consommation.

quHls se proposent d'organiser en remplacement de la Banque du Peuple, la mutualité entre les associations ouvrières. A la bonne heure ! ce m'est déjà une consolation de les voir, eux qui me sacrifiaient leurs idées, m'emprunler leur étiquette. Qu'ils persistent dans cette voie : la mutualité^ la gratuité du crédit — (c'est donc tout un pour lui) — à laquelle ils ont tant de peine à se rallier, s'ils parviennent à la comprendre, fera leur salut » (i). Mutualité c'est gratuité du crédit, échange direct, égal échange, suppression des intermédiaires, toutes manifestations du principe de Réciprocité, c'est-à-dire encore du mutuellisme. La réciprocité, d'après une autre citation, consistant « à donner instrument pour instrument, matière première pour matière première, etc.. garantie pour garantie » — la garantie (le mot y est) suppose un engagement pris — qu'arrivera-l-il s'il y a « engagement pris » entre les diverses associations ouvrières? 11 se produira, pour les premières engagées, ce que Proudhon prévoit dans une hypothèse spéciale de mutualité (2) : d'abord les produits seront échangés contre les produits, d'où très sensible diminution de prix; puis, sollicité par cet avantage, si le pacte, qui unit les ouvriers en une association de production, s'étend entre les diverses sociétés ouvrières, mais cette fois en vue de réchange, il s'élèvera comme un deuxième étage de 1 édifice mutuelliste une coopérative de coopératives en vue de Vassurance du débouché, c'est-à-dire une

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