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travail c'est capital, capital c'est travail, le travail ne pouvant dès lors se nuire à lui-même en prélevant un intérêt — s'il ne nous fallait toutefois indiquer cette conséquence désastreuse que si le travail et le capital se différenciaient, l'opposition rendant ces deux catégories contradictoires, l'oppression de l'une par l'autre irait grandissant sans cesse et les conflagrations deviendraient plus fréquentes et plus dangereuses. Il faut, pour y parer, que le travailleur et le capitaliste ne fassent qu'un. « Séparer l'un de l'autre l'àme et le corps, c'est les détruire tous deux en même temps, c'est tuer l'homme ; de même séparer le travailleur du capitaliste, c'est soumettre le premier à la spoliation et le second à la banqueroute, c'est anéantir la production. Quelque précaution que l'on prenne, quelque combinaison qu'on imagine, du moment que le travailleur et le capitaliste deviennent deux personnages distincts, il est de nécessité absolue, mathématique ou que le capitaliste pressure le travailleur ou que le travailleur ruine le capitaliste. » D'où tiraillements, à-coups (i), piétinements et par suite dislocation et ruine de la machine sociale, qu'il est de l'intérêt général de conserver dans un ordre et un fonctionnement réguliers, ce qui n'est possible que par l'accord et la fusion, s'il se peut, des éléments antagonistes d'une économie jusqu^ici contradictoire.
b) Uhomme produit sa subsistance et rien que sa subsistance.
L'homme travaille pour vivre: rien de plus acceptable et de plus courant qu'un tel axiome ; mais la
I, Solat. du ProbU $ocial, p. 336 (article du a^ mai).
difficulté git dans la preuve à faire, qu'on ne peut produire que ce que Ton consomme et que, s'il y a prélèvement sur le travail d'un ouvrier, on enlève au producteur non pas un. superflu, ce qui serait moins cruel mais tout aussi injuste, mais une portion de son nécessaire.
Laissons parler Proudhon. On ne saurait ni mieux penser ni mieux dire :
« L'homme, à quelque degré de civilisation qu'il arrive, ne produit, ne peut jaimais produire que son pain quotidien. Il faudrait, pour démontrer cette vérité profonde de la Genèse, reprendre une à une toutes les contradictions économiques. Nous tâcherons de la faire sentir en quelques mots.
a La nourriture de l'homme, comme le fait remarquer l'Evangile, doit être en même temps corporelle et morale. 11 peut arriver même que la nourriture de l'esprit soit prise sous une espèce corporelle : c'est ainsi, par exemple, que la propreté, la commodité, l'élégance des vêtements, des habitations, du mobilier, des aliments réjouit l'âme et récrée l'esprit autant qu^elle fortifie le corps.
a En quelle proportion, en quelle mesure se réalise cette augmentation de bien-être ?
« Elle se réalise pour la société dans la mesure du travail collectif; pour V individu dans la mesure du travail de chaque individu » (i).
Il y a donc parallélisme dans le développement du tout (la société) et de la partie (l'individu), une sorte d'harmonie préétablie entre, « le bien-être i>
I. Solution du Prob, social, p. 228 et suivantes (article du 27 mai).
c^est-à-dire la subsistance nécessaire à notre développement progressif et le salaire qui doit être proportionnel au travail fourni. S'il en est autrement, on ne peut qu'épuiser le producteur, le diminuer daâs sa force de production en opérant une retenue sur sa paye, alors qu'il est déjà réduit dans sa consommation par l'intérêt incorporé dans le prix de vente des produits, qu'il finira par ne plus pouvoir payer, même en partie, puisqu'il n'a pour les solder qu'un salaire insuflisant et nulle part de prélèvement compensateur ; ce qui aboutirait à cette conséquence tout à fait illogique, inhumaine, que l'ouvrier, noyé sous le flot montant des dettes dont la société construit froidement le cruel étiage, lui seul créant les produits, seule richesse, irait s'appauvrissant chaque jour davantage, accumulant côte à côte la somme de travail et les journées de misère, jusqu'à ne plus avoir droit denerienprétendreau produitqu'il crée.Il courrait à la mort par l'excès des membres qu'un estomac affamé ne nourrirait plus, tandis que, antithèse d'une monstrueuse contradiction, le parasite, l'improductif, par la merveilleuse prolificité du capital se gorgerait des fruits du travail d'autrui et cela par un droit exorbitant au non travail dénommé produit net (i). Il n'en peut être ainsi. Même à défaut de justice et d'humanité, le seul égoïsme des bénéficiaires de l'intérêt arrêterait ce processus logique dans ses conséquences extrêmes; mais il faut, puisque l'homme ne produit que sa subsistance, que tous produisent la leur sans l'emprunter ou l'enlever à d'au-
1.' Mélanges, (3« vol.) Intérêt et Principal (3« Réponse, p, a4o).
très, que tous consomment autant quHIs produisent, ne réalisant ainsi ni bénéfice ni déficit (il est évident qu'un gain supporte une perte, qu'un gagnant suppose un perdant), relativités génératrices des conditions d'inégalité, d'injustice, inexistantes dans la nature, dans l'humanité, qui, considérées dans leur masse, ne peuvent ni bénéficier ni perdre sur ellesmêmes. Il faut, en un mot, rétablir entre les individus, c'est-à-dire entre les parties^ celte harmonie qui règne déjà dans le tout; la proposition suivante va le prouver,
c) Dans la nature il y a identité du produit net et du produit brut.
« Dans la société le produit brut et le produit net sont identiques » (i) parce que — laissons toujours parler Proudhon qui, s'exprime sur ce sujet d'une façon supérieure — parce que : « La nature qui est riche, belle et luxuriante, tire sa richesse et sa beauté de la force créatrice qui est en elle ; en un mot, parce qu'elle produit tout du néant, de rien. La nature en produisant ne bénéficie pas.
« Sur qui, sur quoi bénéficierait la nature ?
(1 Sur elle-même ? Bénéficier serait donc pour la nature synonyme de se reposer ^ cesser de produire ; bénéfice serait la même chose qu'appauvrissement.
a De même dans la société, bénéfice est synonyme de misère, car bénéficier ne peut signifier pour elle autre chose que prendre sur son travail, comme pour le commerçant bénéficier est synonyme de prendre sur le travail d'autrui » (2). Oui, de même