I. Projet d'Exposition perpétuelle, p. 271, paragr
travail, exposer leurs inventions et leurs chefs-d'œuvre et emporter en échangé la matière première nécessaire à leur travail du lendemain. y>
Quels sont donc les moyens supposés pratiques de réalisation de cet idéal, de celte spéculation théorique ?
L'acte de constitution de la Banque du Peuple (i) en donne Ténumération complète. Ce sont :
i^' L'avance sur marchandises (art. ^'j-^i) qui rend aux producteurs le capital temporairement perdu ou considérablement amoindri par la mévente de leurs produits en temps de crise. L'avance faite sous forme d'achat de marchandises est remboursable dans son strict montant au bout d'un certain temps stipulé dans le contrat ;
Est nécessaire au commerce et à l'industrie
2^ L'avance sur caution (art. ^2-^6)jk\aL différence de la première, est le crédit à découvert par excellence sur production future. Le produit futur est le gage ; la garantie est fournie par une ou plusieurs cautions solidaires répondant chacune pour le tout et remboursant — ce qui évite les pertes sociales — la Banque en cas de non payement de la part du producteur malheureux ou malhonnête ;
Est surtout nécessaire aux prolétaires qui deviendront ainsi capitalistes
3o Les avances sur hypothèques (art. 46*4^)* Le propriétaire emprunte en donnant sa propriété comme gage et rembourse ensuite par annuités la somme prêtée. Au cas de non remboursement, il est expro-
1. Voyez Solut. du problème social. Banque du Peuple^ p. aôi.à 284.
— aaS —
prié, mais mamtenu^par préférence à d^autres, comme gérant ou fermier, aux conditions établies par la Banque, à la tête de son ancienne exploitation.
Est nécessaire aux paysans
4^ La commande.
Ce sont les avances faites aux entreprises de production et de consommation, aux sociétés ouvrières présentant des garanties suffisantes d'habileté, de moralité et de succès.
Est nécessaire au développement de Tespril d'association.
Il est bien inutile d'ajouter que le projet de Banque d'Echange dont Pacte de Constitution de la Banque du Peuple est le décalque et le projet de Société de l'Exposition perpétuelle, plus incomplet puisqu'il ne vise qu'un cas d'adaptation mutuelliste, confirment expressément ou implicitement l'emploi de tous ces moyens, transition supposée invincible dans son évolution, comme l'aurore d'un âge nouveau où sans grèves, sans luttes, sans coups de forces, sans attentats à la propriété, par le simple effet de la ^voàucXion justement rémunérée par l'égal échange et justement assurée par la gratuité du crédit, les deux classes de l'humanité jusqu'ici antagonistes, se fondront, se fusionneront dans la libre étreinte du Travail.
Voilà, croyons-nous, exposé sous toutes ses faces, le système socialiste dont Proudhon fat l'initiateur : la Réciprocité fondée sur la justice ou MUTUELLISME. La Réciprocité suppose un rapport^ le rapport économique est un échange ; \t problème social pour -être résolu doit être abordé par son côté : circula-
— aa6 —
tion. Pour que cette dernière ne soit point flottante, irrégulière, et résisle aux crises, il faut rendre les prix fixes, admettre tout le monde à la connaissance exacte de la valeur des marchandises, ce qui évite les duperies et donne à la production son maximum de résultats, et faire de tous produits des valeurs constituées, c'est ce que nous avons étudié dans TArrêt de la Valeur.
D'autre part, le numéraire qui représente la marchandise, seule valeur économique, n'en est pas le véritable signe puisque ayant une valeur intrinsèque il vient surajouter au produit représenté sa propre valeur, nouvelle source de fluctuations. Et comme étant actuellement seule valeur constituée, il procure à son détenteur un privilège écrasant contre celui qui en est dépourvu, alors qu'il est prouvé par l'effet de commerce et le billet de banque qu'on peut se passer de métal, on doit généraliser cette pratique ; c'est l'objet de notre chapitre : Suppression du
NuMÉRAmE.
Pour rendre ces données possibles et puisqu'il s'agit avant tout de circulation, c'est une Banque qu'il faut créer, institution nouvelle constituée sans réserve métallique Me garantie, opérant seulement sur les produits dont les eff*ets représentatifs reconnus solides et présentés à ses guichets seront échangés par elle contre un bjllet acceptable en tous paiements par tous les adhérents. Les conséquences de cet établissement seront :
La suppression des intermédiaires amenant une économie considérable dans la circulation, une recrudescence dans la production, dans la consommation
et rétablissement de syndicats et d'associations ad hoc.
La suppression de V intérêt comme entaché d'illégitimité parce que le travail est le seul capital^ que r homme ne peut produire que sa seule subsistance sans en pouvoir céder une partie à autrui, tout comme dans l'humanité et dans la nature le produit net s'identifie avec le produit brut.
Le crédit gratuit^ facile à justifier, puisque celui qui prête ne se prive pas, encore plus facile à établir puisqu'une circulation pleine et active donnera à la multiplicité des échangistes la faculté de compenser entre eux les divers intérêts, sans que pour cela, l'échange ait besoin d'être immédiat, ce que la banque favorise, soit par des avances sur marchandises, sur caution ou sur hypothèques, soit enfin par la commande, etc.
Toutes ces conditions réunies, essence du Mutuellisme, ne tendent à rien moins qu'à égaliser en tout individu les facultés progressives qui font Thommc et le forcent dans la conscience de sa dignité à réaliser un nouvel ordre où s'évanouiront ces appétits grossiers de l'envie qui se soulève à la vue de la fortune.
L'homme aux écus ne les acquerra plus que par le travail et non par l'intérêt du prêt, prime à Toisi- -veté. De la richesse, que tout le monde en ait assez pour dédaigner celle des autres, voilà le mot d'ordre. Tous indépendants dans notre labeur, tous égaux en faculté, tous unis par la disparition des anciennes classes antagoniques, comment pourra-t-on ne pas s'aimer ? Comment pourra-t-on se mépriser ? Le mépris est-il possible entre semblables? L'homme
qui dégrade un homme se dégrade. Et sous ce nouvel état de choses, enfin parvenu au bonheur, à la sereine tranquillité, tout à la fois capitaliste et travailleur, l'être humain répudiera de son cœur Tesprit de dissension lui rappelant les anciens combats des jours amers. Il n^y aura plus de poings tendus, les mains se tendront franchement ouvertes. Ce sera Père de la concorde universelle.
Et voilà im nouveau moyen d'arriver à Tâge d'or. Mais n'est-ce point là une vaine spéculation théorique.
Tout ce bloc de réformes préconisées peut-il entrer dans le domaine de la pratique? C*est ce qui fera l'objet de la troisième partie.