CHAPITRE II SUPPRESSION DÛ NUMÉRAIRE
La circulation fiduciaire loin de supplanter le métal rafTcrmit au contraire dans sa virtualité d agent de transaction. — L'or et l'argent supprimés, la valeur serait comme les produits sujette à de plus grandes variations dans son prix. — Impossibilité d'échange et d'emprunt internationaux, de convention internationale.
Une des conditions nécessaires à rétablissement du système mutuelliste c'est Vabrogation du numéraire amenant « la suppression de l'industrie banquière et le retrait de la monnaie de métal par les capitalistes (i).
I. Solnt. da Probl. Social, p. 1121 et iqq. (Organisation du Crédit, paragr. IV).
Et de cette idée, conclusion de toute une évolution sociale, Proudhon en voit les prémisses réalisées dans l'extension surprenante de la circulation fiduciaire (lettres de change, billets à ordre) et de la monnaie de papier (billet de banque).
Abordons Texamen de ces prémisses et si nous les reconnaissons ou fausses ou sans lien avec la prétendue conclusion, ce sera prouver que le système ne peut légitimement entrer dans le domaine de la pratique.
Il est très exact que Tor se laissant choir lourdement dans son rôle d'argent de circulation, quand cette dernière atteint à une certaine barre d'intensité, laisse au papier le soin de circuler potfr /ai, sous forme d'effet de commerce ou de billet de banque, en raison de la nullité de sa valeur intrinsèque, qui en fait un exact représentant et de sa commodité. Il est vrai que cette circulation fiduciaire augmentant dans d'énormes proportions envahit complètement le gros commerce international et que dans les clearings houses et les chambres de compensation les virements sont faits avec le seul papier.
Pourquoi Proudhon n'a-t-il jeté qu'un regard superficiel sur ce phénomène ? Gomment n'a-t-il pas su distinguer que si c'était pour^ c'était encore par le métal que le papier circulait, car l'on ne peut croire, et nous le savons tous, que nous n'acceptons un billet de banque ou un effet de commerce, non pas pour la somme de produits désirés qu'il représente virtuellement, mais pour le chiffre en francs et en centimes qui y est sus écrit ou imprimé.
Gomment n'a-t-il pas vu qu'un papier de nulle valeur, serviteur commode que Tor sustente à cause
de cette nullité^ ne pouvait remplacer le maître qui le paie pour qu'il le représente, sans s'évanouir, dès qu'il se trouve réduit à lui-même ? Le papier tel qu'il existe, valorifié par l'argent, n'existe plus dès que le numéraire se supprime.
Pour que les prémisses fussent exactes, il aurait fallu prouver que dans notre économie sociale fondée sur la circulation métallique, partout où apparaît le papier^ le métal est supprimé, réduit à zéro d'utilité. Alors les conclusions se déduisant toutes seules on aurait dit : A extension de la circulation Gduciaire^ suppression parallèle de la monnaie de métal.
Mais il n'en est point ainsi et le billet de banque, comme l'effet de commerce, ne circule que pour être remboursé en argent. Le métal venant tout à coup à disparaître, le papier diminuerait sur le coup de toute la valeur métallique qu'il représentait — appuyons sur le mot — il n'est pas de représentant qui, par le seul effet de sa fonction, n'étaie et ne fortifie la raison sociale qui le fait vivre.
Le papier tendrait donc à augmenter la valeur du métal, à le rendre plus utile, à éloigner par conséquent de plus en plus les chances de sa suppression, ce qui prouve que le processus de transformation des modes de la circulation est diamétralement opposé à l'hypothèse de Proudhon. En effet, comment le disciple de Hegel^ oubliant im instant sa dialectique habituelle, n'a-t-il pas vu qu'il y avait dans la retraite du numéraire, soulignée par l'extension de la circulation fiduciaire, un phénomène antinomipue, une contradiction.
L'argent s'affirme tout en se niant. Le numéraire
— fàSo —
acquiert (Tantant plus de çertu^ (Tautant plus de force que le papier se répand^ se diffuse dans les habitudes commerciales, réalisant ainsi tout à la fois sur lui-même la concentration et la diffusion des capitaux (i).
Concentration, nous l'avons déjà vu, signifie cherté, hausse des prix ; Diffusion : bon marché, baisse inverse. Que signifie cela ? que Targent est à la fois plus demandé qu'offert et plus offert que demandé.
Plus demandé qu'offert sous sa forme de numéraire.
Plus offert que demandé sous sa forme fiduciaire.
L'une se cache tandis que l'autre se diffuse el cela par leur simple opposition de coexistence, phénomène depuis longtemps mentionné dans le champ de l'expérience par la loi que Gresham formula : La mauvaise monnaie chasse la bonne. En l'occurence la mauvaise monnaie c'est le papier qui court en toutes mains, la bonne c'est le métal, les petits jaunets discrètement glissés dans un bas de laine avant d^être enfouis dans des sous-sols garnis de coffresforts à triple armature.
Le papier s'envole du bureau du signataire et court à travers le monde multipliant le capital et par là même le rendant moins cher à acquérir. Son extension abaisse le taux de l'intérêt, baromètre indicateur de la nécessité du capital et de l'accentuation continue de son offre sur la demande. C'est l'état économique normal. Mais — c'est ici qu'il faut saisir
I. (^tte théorie que nous avons élaborée sans en avoir saisi nulle part la plus petite indication aboutit à une loi que nous essaierons de formuler avec le plus d'exactitude possible.
— aoi
1 argument démonstrateur de la théorie — il arrive un moment où la circulation fiduciaire trop étendue — et cela, par le redoublement d'activité économique sollicitée par roflre à bas prix du capital — par rapport à la quantité de métal qui lui sert de fondement, s'arrête dans sa progression.
La trop grande avancée du papier sur le métal le réduisant dans son gage, le papier reste seul avec sa valeur intrinsèque qui est nulle. Alors que se produit-il ? Un afflux des producteurs et commerçants émotionnés vers les guichets de la banque demandant quoi? de l'argent. La banque, bien informée, ne veut pas se dessaisir de son encaisse métallique et devant l'abondance des demandes, suspend ses paiements. La crise éclate, le papier égale zéro et le stock métallique devenant d'une nécessité aiguë, plus demandé qu'offert, hausse, hausse en valeur dans des proportions formidables, faisant monter le prix de ses services dans une proportion égale à la somme des intérêts rapportés avant la crise à la fois par l'argent et son représentant, la monnaie de papier.
En effet, par qui l'or est-il demandé ? Par tous ceux qui ont en main du papier. Or comme la crise est survenue parce que la circulation fiduciaire était quatre (i), cinq, six fois plus grande que le stock métallique, l'argent a crû en valeur, en prix, d'une proportion égale. D'où nous voyons que le papier étendant la virtualité du métal par son seul fonctionnement, le rend par cela même de plus en plus
I. On estime que la circulation fiduciaire peut sans danger être le triple de son substratum métallique, au delà il y a éventualité de crise.
nécessaire, nécessité rendue frappante parla hausse de Fintérêl de Targent en temps de crise. Le taux, il est vrai, en est bas et va même diminuant pendant les époques normales tombant du 5 au 4* du 4 ^u 3 i/!2 au 3 o/o enfin actuellement, mais en apparence seulement ; songeons que si le numéraire est trois, quatre, cinq fois, etc. représenté par le papier, Tintérêt réel du pourcentage métallique est de trois, quatre, cinq fois supérieur à l'intérêt nominal. Il est égal au revenu total fourni par le métal plus demandé qu'offert par la brusque chute du papier dans les temps de crise puisqu'alors il est le seul agent de circulation de crédit, toutes vérités que nous pouvons foimuler dans la loi suivante :
La valeur du métal croît au delà de sa çalear légale de toute la somme représentée par la circulationjiducia ire •
Donc, si le papier, loin de supprimer le métal, le renforce au contraire dans sa valeur, en accentue la nécessité, le phénomène de la circulation fiduciaire ne constitue pas les justes prémisses dont, pour Proudhon, la conclusion est : suppression du numéraire. Les deux faits sont sans lien, nous dirons plus : absolument opposés.
Reste le décret <( d'abrogation du numéraire », intervention étatique sur laquelle nous nous sommes plusieurs fois appesantis et supposons-le rendu applicable par Finsertion au Journal officiel. Nous disons que l'application en est pratiquement impossible.
En effet, que deviendrait le numéraire après le décret d'abrogation ? L'effet de commerce seul, la lettre de change généralisée suppléant à tout, qae
ferions-noas de notre encaisse métallique désormais inutile ? La généreuse France en ferait-elle cadeau à quelque peuple arriéré, tout comme Agésilas refusant pour ses soldats les mets de choix offerts en présent par les Asiatiques les faisait porter aux Ilotes, seuls dignes, en leur qualité d'esclaves, de goûter à un pareil régal ? Non ; la France sensée s'en débarasserait à la manière mutuelliste, en échangeant son stock métallique contre une somme correspondante de produits dont elle serait déficitaire, afin de parer par de sages mesures, aux carences futures. Le numéraire sera donc transformé en produits. L'échange direct sera réalisé, une banque mutuelliste le favorisera sans réserve de garantie ou, si l'on veut, avec im capital en marchandises comme dans la société de l'Exposition perpétuelle (i). 11 n'y a donc plus rien désormais dans le champ économique que des produits.
Mais la production, première objection, est-elle toujours égale ? Et la fluctuation des prix, la mutabilité de la valeur, tout comme les crises, ont-elles pour cause exclusive la présence du métal dans la circulation? Non, il y a plusieurs facteurs concourants, et le plus important n'est pas ce dernier, mais bien l'inégalité de production. Les viticulteurs du Midi se souviennent encore des tristes effets de la récolte de . 1900, de cette surproduction lugubre qui, pendant trois ans, pesa sur les marchés, réduisant les campagnes à la misère et les paysans au désespoir. Des vignerons cherchant partout des acheteurs se voyaient
I. Projet (T Exposition perpétuelle (p. 261). Le capital est souscrit pour les neuf dixièmes en produits.
Lagarde 17
refuser avec terreur renlèvement de leur récolte même au prix de famine de 5 francs Thectolitre. Après une longue désespérance survint Tannée igoS, une gelée terrible brûlant les bourgeons, enlevant les deux tiers de la future récolte fit, bienfaisante catastrophe, par la raréfaction du produit, remonter le prix à un chiffre rémunérateur. De 5, le cours moyen monta à 20 francs l'hectolitre, accusant ainsi d'une année à l'autre une augmentation quadruple. D'où l'on voit que la rareté ou l'abondance du métal, l'agio, la spéculation ne sont pas les facteurs essentiels de la fluctuation des prix^ mais bien l'inégalité de la production que l'on ne peut jamais empêcher. Puisque le métal, moyen commode d'échanger des marchandises, ne constitue pas le principal obstacle à l'établissement de l'arrêt de la valeur, pourquoi le supprimer ? Il n'y en a pas de raison. Qu'on l'abroge, que la seule monnaie employée soit le papier représentatif de produits et dès lors au lieu d'être fixe, comme le demandait Proudhon, la valeur deviendra instable dans son prix.
La monnaie de papier sera variable comme les marchandises qu'elle représente et dont elle suivra toutes les fluctuations, ce qu'avec le métal on évitait avec plus de succès. Prenons par exemple l'argent— simple marchandise, il est sujet à la hausse et à la baisse, à la mutabilité, il a perdu aujourd'hui considérablement de son ancienne valeur si bien qu'à poids égal, un lingot de 25 grammes et un écu de cinq francs présentent une différence de valeur d'à peu près la moitié (i). — Mais du moment où, par
\ . L'écu de 5 francs vaut à peu près a fr. 4^ ®^ valeur marchande.
la frappe, il est fait monnaie, c'est-à-dire valeur constituée, il se maintient tout le temps au même prix, La monnaie n'a pas variée depuis la loi du 7 germinal an XI (i8o3) qui Tinstitua. Elle sert de mesure commune — et de mesure commune, la chose est implicitement contenue dans le mot, il ne peut y en avoir qu'une — entre toutes les marchandises et par elle seule on atténue dans une large mesure la fluctuation des prix, on approche de l'immutabilité de la valeur que Proudhon veut atteindre et à laquelle il tourne le dos, car il est contraire à Tessence de la production d'être immuable. Donc, premier inconvénient du système il y aurait : cariation de la monnaie*
Deuxième inconvénient : impossibilité de V échange international.
Puisque la production est inconstante, nous pourrons en certaines années être déficitaires et devenir tributaires de l'étranger auquel nous demanderons de parfaire avec ses produits, de première nécessité pour nous, ce qu'une petite récolte n'a pu nous fournir. Mais, d'après la profession de foimutuelliste, rien ne s'échange contre rien. Que donnerons-nous à l'étranger contre les produits qu'il veut bien nous fournir ? Nos propres produits ! Mais nous en sommes déficitaires, ce qui conformément à la loi de J. B. Say restreint chez nous le débouché de nos coéchangistes dans la mesure du stock de nos produits d'exportation. Avec quoi solderons-nous la diflérence entre noîre faculté d'échange et nos besoins ? Le numéraire étant abrogé, avec notre papier de com-» merce ? Mais il n'y aura là qu'un produit futur, une simple promesse de paiement que l'étranger peut ne
pas accepter, nous laissant à notre misère, ou s'il l'accepte prenant des sûretés telles que notre sort n'en vaudra guère mieux, nous ouvrant par son acceptation le gouffre béant du déficit continu, « Voici, dira un étranger, mes produits. Domne-moi looo francs en échange ». «Je ne puis te les donner actuellement en produits ; répondra le Français, je différerai ma livraison, par nécessité, à une époque meilleure ». « Soit, répliquera-t-il, mais alors je veux 2000 francs de ma marchandise ».
L'exemple peut être étendu et rendu plus terrible dans ses conséquences. Au lieu d'un particulier, nous pouvons mettre en scène, pour rendre l'exemple plus saisissant, TKtat lui-même, l'auteur du décret abrogateur. Que notre Gouvernement ait à remplir un large programme de travaux publics destiné à augmenter l'intensité de la circulation par la multiplicité des voies et raccordements entraînant, conséquence inévitable, une recrudescence dans la production et la consommation par le bon marché du transport des produits, il faudra pour faire face à ces dépenses considérables qu'il emprunte fortement ; et cet emprunt ne pourra se faire seulement dans les limites de nos frontières (i). Qu'il ait une
I. L'emprunt dit patriotique parce qu'il n'est émis qu'entre les frontières du pays emprunteur, n'a jamais donné de résultats satisfaisants — sauf celui de i8i5 opéré parle baron Louis et qui ne portait que sur i oo millions — parce que le marché des capitaux est trop restreint . 11 risque de plus par son insuccès certain d'aggraver, suivant les circonstances, un situation compromise. Si en 1871 , au lieu de procéder par un emprunt international au paiement de l'indemnité de guerre, la France avait ouvert, comme certains le demandaient, une souscription nationale, elle aurait de ce chef, essuyé une seconde défaite.
guerre à soutenir avec un adversaire d'autant plus redoutable que Tantagonisme économique le rendra plus égoïste, il lui faudra, pour gagner la victoire, réunir le plus gros effectif et le plus gros stock de munitions, le tout virtuellement représenté pendant la paix par la plus grande somme d'écus.
Tout dépend des ressources réunies au premier moment. Il faut donc une avance. Si l'Etat n'en a pas, il devra l'emprunter, et s'il emprunte, sur quoi gagera-t-il l'emprunt ? Sur ses produits ? Il n'en aura plus un seul. Les guerres sont devenues nationales aujourd'hui. Dès qu'elles sont déclarées, le producteur lâche la lime ou la pioche pour bondir sur un fusil et se transformer en soldat. Mars, d'une seule haleine, aspirant tontes les énergies du pays, la production suspendue, l'atonie succédera au travail, le silence tombera du ciel sur les campagnes désertées tandis que dans les chaumières, d'où tous les hommes seront partis, seuls, des femmes et des enfants recueillis et palpitants écouteront dans leur âme en émoi les grondements lointains du canon.
L'emprunt de l'Etat ne pourra non plus être gagé sur les produits futurs. Le crédit, lui, ne s'adosse qu'à des réalités et ne répondra pas à qui n'offre aucun gage réel.
« — Ce n'est point du papier qu'il me faut, dira l'étranger à l'Etat emprunteur, c'est de l'argent. » « — Cela revient au même, répondra l'Etat, j'ai abrogé le numéraire parce qu'avec ce papier tu peux te procurer tout aussi bien les produits qui te manquent. )) « — Très bien! mais pensez-vous me les fournir sur le champ ou à terme fixe ?» « — Non ; tu ne saisis pas bien ; ce que je te demande en.même
temps que des produits, c'est du crédit ; je te paierai après la guerre dont je ne connais pas la durée. Tu pourras alors venir t'approvisionner chez nous. Du reste, comme je ne suis pas un ingrat, je serai bon prince avec toi et pour un million de marchandises que je te prends, voici deux millions en billets. » « — Je vous remercie de votre loyauté, mais je ne puis conclure un pareil marché. Vos besoins sont immédiats, les miens aussi ; je veux bien échanger mes produits contre des produits, mais non contre des promesses. Vous voulez me rendre riche, mais vous ne le ferez que quand je serai mort de faim. Non ! merci ! je regrette de ne pouvoir vous satisfaire car j'ai pour vous beaucoup de sympathie, mais il faut que je çi{?e. Votre adversaire est venu me faire des commandes contre de Tor. Puisque vous n'avez pas mieux à m'offrir, c'est à lui que je livre. Pour vous soutenir, je ne puis me livrer au suicide. »
Le numéraire, conclusion fatale, est donc nécessaire à l'échange international.
Pour faire tomber toute cette argumentation, l'hypothèse d'une convention internationale pour l'abrogation du numéraire pourrait être mise en avant.
Ce serait faire preuve d'un singulier optimisme que de croire à un pareil accord. L'humanité ne jouit pas comme la Monadologie leibnitzienne d'une harmonie préétablie faisant évoluer ses unités d'un progrès uniforme et identique. Il n'y a que diversité dans le monde. Pour un peuple, qui arrivé à un certain développement intellectuel, aurait des velléités d'expérimenter une telle mesure, combien n'en trouverionsnous pas qui y seraient réfractaires parce qu'elle conl^rarierait le mouvement progressif de leur évolution
économique. Même entre des nations d'intellectualité quasi identique, Taccord ne pourrait se faire et la preuve péremptoire en est qu'actuellement, à props d'ime question rappelant, quoique d'assez loin, Thypothèse d'abrogation internationale du numéraire — c'est de la suppression du cours légal de l'argent que nous voulons parler — l'entente entre nations ne parait point se dessiner. Il semble pourtant théoriquement logique d'abandonner un métal qui par sa dépréciation marchande est tombé bien au-dessous de sa valeur légale. Eh bien ! malgré la théorie et la logique les pays bi-métallistes et argentifères persistent à maintenir malgré sa baisse considérable leur étalon d'argent. La résistance serait a fortiori^ plus considérable si l'on prétendait étendre la mesure à toute monnaie de métal ; les Etats-Unis, le Mexique, les républiques de l'Amérique du Sud, l'Angleterre par ses colonies, tous les possesseurs en un mot de gisements aurifères ou argentifères défendraient avec énergie Iqmvs précieux produits contre une trop grosse déperdition de valeur.
Si l'accord international ne peut se faire entre nations à civilisation identique, à plus forte raison entre celles-ci et les peuples, sinon inférieurs, du moins de mentalité différente dont nous sommes économiquement tributaires pour le caoutchouc, l'ivoire, les coraux, le nacre, les denrées tropicales, etc. lancerons-nous chez eux un chiffon de papier dont ils ne sauraient que faire ou plutôt qu'ils refuseraient? Brusquerez-vous, ô mutuellistes, leur évolution ? Imposerez-vous au détriment de leur liberté votre bienfaisant système ? Pour les réduire à vos raisons, emploierez-vous la mitraille ? Non, répond
Proudhon, « c'est par l'idée seulement que nous pouvons triompher de l'idée » (i). Or, l'idée n'est, nulle part dans le monde, identique, donc elle ne peut s'imposer par la seule persuasion ; une convention internationale est un leurre, une dangereuse utopie qu'il faut laisser aux gens parqués dans la catégorie des illuminés.
Bref, pour résumer toute cette discussion, r3t3nons que la relativité pratique détruisant l'hypothèse mutuelliste en démontre l'impossibilité d'application à propos de la suppression du numéraire qui, contrairement à ce que croyait Proudhon, n'est qu'un postulat sans lien avec l'actuelle extension de la circulation fiduciaire qui paraissait le légitimer