I. Le mot est de Basiiat
Ce dernier mot suppose une intervention de TEtat ; une banque privée émettant des billets sans garantie ne subsisterait pas — il faut, pour pousser l'hypothèse mutuellisle jusqu'aux dernières limites de la vraisemblance, admettre l'intervention de l'Etat qui, seul, peut forcer l'acceptation des billets sans garantie. Le fait, dans la pratique s'est déjà et peut encore se réaliser dans des circonstances exceptionnelles.
Par exemple, un Etat qui, réduit, pour payer les intérêts d'une énorme dette ou solder une formidable contribution de guerre, à suremprunter ou à faire banqueroute, n'a pas assez de son stock métallique
— l'étranger vainqueur peut n'exiger que du métal
— ne peut subvenir à toutes les dépenses, par suite des rentrées irrégulières de Timpôt, d'où s'ensuit un exode de numéraire, ime suppression de gage et de garantie de ses billets de banque. Il est dès lors dans la même situation que notre banque mutuelliste. Pour restreindre le champ de ses déboursés immédiats, il tiendra à faire accepter par le plus grand nombre possible de créanciers son papier, sa seule jBrme dont personne ne veut. Il ne peut en imposer l'acceptation à Tétranger, mais comme l'Etal est souverain et dispose entre ses frontières du droit de contrainte vis-à-vis de sesnationaux, il ne manquera pas de l'exercer sur ces derniers obligés d'accepter son papier réduit à zéro de valeur dès que le cours Jorcé sera par lui décrété.
Parla triple combinaison d'absence de gage, d'absence de garantie et de contrainte de l'Etat, un nouvel agent de circulation est créé, c'est le papiermonnaie identique quant à sa forme extérieure à la monnaie de papier — c'est toujours le même billet
de banque — mais différent quant à son fond, puisque, contrairement à cette dernière, il ne représente plus rien, l'Autorité, antithèse de la Liberté, contraignant à considérer comme une valeur la signature dérisoire d'un Etat sans crédit. Le cours forcé, nous Fa vous eu, en France, à plusieurs reprises : sous Louis XV, après lexpérience de Law, sous la Révolution lors de la banqueroute du tiers consolidé, et plus récemment encore, de 187 1 à 1878, après le paiement de la formidable indemnité de guerre payée à rAlIemagne d'après les clauses du traité de Francfort. Doiic, si le Mutuellisme voulait passer de la théorie sur le terrain de la pratique, on ne peut guère voir comme réalisations permises à ses spéculations que le triste expédient du cours forcé décrété par l'Etat. Aux pires situations, les pires remèdes. Il ne faudrait pas moins qu'une telle mesure pour conserver aux bons d'une entreprise perdue par ses avances inconsidérées une quasi-qualité d'acceptabilité.
Si la banque veut réaliser le crédit gratuit, elle est essentiellement obligée de faire de perpétuelles avances à tous les emprunteurs. Alors, qu'auronsnous comme résultats : une série de contradictions.
Le Mutuellisme aspire à faire de tout homme un producteur, du Travail le seul fondement de la richesse sociale et sa banque commandite la fainéantise.
Le Mutuellisme aspire à arrêter la valeur par la réduction des prix et par sa banque il réalise une hausse effrayante :
10 Par l'excessive disproportion de la demanda* sur l'offre ;
Lagarde i8
ïà'JO
2* Par le cours forcé entraînant la dépréciation des billets échangés contre les produits, valeur réelle, au double, au triple, au quadruple de leur valeur nominalement correspondante, ce qui rend réchange impossible. « J'achète votre marchandise, voilà vingt francs en billets, dit B . — Ce n'est qu'une promesse, répond A, et je n'y ai pas confiance. — Le cours forcé est décrété, réplique B. — Soit, riposte A, mais je veux cent francs de ma marchandise )) (i).
Le Mutuellisme aspire à faire du prix de revient une moyenne^ et par sa banque il tend à établir un maximum, la hausse l'y oblige.
Le Mutuellisme aspire à faire régner la justice par la réciprocité, et sa banque rend dupe le travail et cause l'antiréciprocité.
Le Mutuellisme aspire à faire régner la prospérité, et sa banque amène la banqueroute perpétuelle :
Car il ne faut pas se faire illusion, le cours forcé, moyen extrême que l'Etat emploie à bout de ressources, disparu aussitôt que la gêne est passée, sui^t à peine une fois par siècle, tandis que par l'entreprise mutuelliste dont les avances à découvert sont continuelles, le déficit coulant à pleins bords, la banqueroute, éventualité accidentelle, devient un état normal. Et quel gouvernement, s'il vous plaît, la banque mutuelliste étant banque nationale, se complairait dans une pareille perspective ! Il s'empresserait de changer — son propre intérêt le lui commanderait — le principe fondamental de l'entreprise, supprimerait le système d'avances sur pro-