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CONSÉQUENCES DE LA BANQUE MUTUELLISTE

Suppression des intermédiaires (P. a^3). — On ne doit pas les supprimer parce que la pratique les a maintenus comme nécessaires, ils soutiennent les.cours. — Leur suppression n'entraînerait pas d'économie considérable, ae recrudescence dans la consommation et la production : du reste la Banque Mutuelliste est encore un intermédiaire. — Il en est de môme des essais pratiques existants inspirés des théories proudlioniennes tels que la Banque Coopérative, la Chamore Consultative, la Alutualité, le Comptoir de Vente, qui font tous appel au capital d* autrui, c'est-à-dire aux intermédiaires.

Suppression de l intérêt (P. 3o4). — Il est légitime pour les mêmes raisons qui l'avaient fait déclarer illégitime par le Mutuellisme, parce que : a le capital c'est le travail et rien que du travail, b l'homme produit sa subsistance et rien que sa subsistance, c dans la nature, il y a identité du produit net et du produit brut.

Gratuité du Crédit (P. 333). — Le crédit n'est pas l'échange, car l'échange évite les occasions du crédit qui est toujours prêt, avance et suppose toujours une certaine durée. — Le crédit gratuit n'est pas possible, puisque les capitaux ne se forment pas sans tre^vail et que tout travail mérite rémunération. — Le travail gratuit ne peut se concevoir. — La Banque ne pourra prêter gratis ce qu'elle emprunte à titre onéreux. — Toutefois, dans l'état actuel des choses, la gratuité du crédit et l'identification du travailleur et du capitaliste se révèlent à l'état de tendances relatives, non de réalisations absolues.

A présent qu'a été démontrée l'impossibilité de réalisation delà Banque Mutuelliste construite dans l'intégralité des données théoriques, nous allons aborder, suivant en cela une marche parallèle à la division déjà adoptée dans Texposition du Mutuel-

lisme {a^ Partie) rexamen critique des Conséquences de rélablissement de ladite banque. A première vue, cela semble superflu, leur cause ayant été démontrée irréalisable, mais comme la pratique est le domaine du relatif, que rien chez elle n'est absolument faux, rien absolument vrai, que dans toute erreur de la théorie, on peut trouver une part de vérité pratique, on est méthodiquement tenu d'examiner si dans les faits : lo la suppression des intermédiaires ; 2° la suppression de l'intérêt ; 3o la gratuité du crédit, conséquences de rétablissement de la banque mutuelliste, peuvent trouver des manifestations positives. Abordons la première.

Suppression des iNTERMÉDiAmES

Entre toutes les spécialités que Ton range couramment dans la catégorie de Tintermédiarité, le Muluellisme fait, nous Tavons vu, une distinction. N'est pas intermédiaire, pour lui, tout individu ou toute institution dressés entre le producteur et le consommateur, parce que la production n'est pas seulement initiale, si l'on peut ainsi dire, mais suppose encore plusieurs modes successifs tels que mesures de conservation, transport de la marchandise, etc., en un mot, tous travaux qui, même impondérables, surajoutent une utiliié à V utilité première du produit (i). C'est parce qu'ils ne transforment pas directement et sensiblement la matière d'application comme le

I, C'est là le critérium delà productivité.

fait la fabrication première que ces derniers travaux sont vulgairement et faussement confondus dans rintermédiarilé ; mais ils méritent salaire, rémunération, en vertu de leur caractère utile, producteur, qualité exclusive de celle d'intermédiaire. Quant à toute fonction et celle-là seulement qui a pour but d'accaparer un produit, de le tenir stagnant sans y appliquer une forme nouvelle, dans le seul but de le revendre en un moment favorable, pour prélever, sans travail, un profit sur le travail d'autrui, elle est une fonction stérile, nuisible à la société, injustement rémunérée, c'est-à-dire une intermédiarité. Le négociant, le coulissier, le courtier, le spéculateur, etc., qui, par certaines manœuvres, achètent seulement pour revendre en hausse ou en baisse, qui agiotent en un mot en vue de leur profit exclusivement personnel et antisocial sont donc, d'après le Mutuellisme, des intermédiaires.

Et pourtant, constate avec dépit la théorie mutuelliste, l'agio, l'expérience des temps le montre, loin de sortir du domaine de la pratique semble au contraire s'y implanter tous les jours avec une plus grande vigueur : les Bourses, temples de la spéculation, appartiennent aux pouvoirs publics qui abritent ainsi sous leur toit une malfaisante déesse ; les agents de change, grands prêtres du nouveau culte déposant un cautionnement qui n'est qu'un achat de complicité de l'Etat, passent au rang d'officiers ministériels, et les spéculateurs de tous rangs, timides, prudents ou habiles^ fidèles habitués du sanctuaire groupés autour de la Fortune aveugle qui puise au hasard de la corbeille et distribue à bout de bras la misère et la richesse, s'assurent déplus ea

plus dans leur rôle néfaste par la sereine indifférence delà Justice. En effet, le joueur malheureux et ignorant attiré dans l'antre n'avait, pour se délier de son innommable dette, qu'à opposer devant les tribunaux l'exception de jeu à son demandeur immédiatement débouté de sa demande de mauvais aloi. Un arrêt récent de la Cour de cassation (1) inaugure une nouvelle jurisprudence, supprime la bienheureuse exception, fait du jeu pourtant interdit dans son principe par la loi de i836 im contrat légal et partant légitime ; la Cour suprême, suprême injustice ! consacre l'agiotage.

C'est cette consécration ou plutôt celte recrudescence de l'intermédiarité qui, d'après les économistes orthodoxes, est une preuve péremptoire de sa nécessité. Quoi qu'en pensent certains doctrinaires, la spéculation n'est pas stérile, elle rend des services, voilà pourquoi la pratique la conserve et la fortifie.

La spéculation rend des services, puisque c'est par elle que la circulation maintient son jeu constant et continu. Si elle n'existait pas, les produits immédiatement mis par masses sur le marché après les récoltes ou leur fabrication se vendraient à bas prix, parce que la consommation étant restreinte dans ses besoins inmiédiats, la demande serait au-dessous de Toffre ; la portion du stock disponible pratiquement vendable se vendrait à bas prix, l'excédent restant à la charge du producteur qui aurait toujours à garder une bonne partie de sa production. Les réserves de

1 . Qaatre arrêts du 312 juin 1898. Les Cours d'appel résistent résolument à l'adoption d'une pareille jurisprudence. Qu'elles résistent longtemps ; la morale et le droit sont pour elles. La Cour de cassation isolée finira bien par changer d'avis.

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produits s'enlèveraient lentement au fur et à mesure des besoins et presque toujours à des chiffres dérisoires. Pas de profit pour Findustriel, déficit à peu près constant pour Tagriculteur qui, ayant promptement besoin d'avances pour des travaux normalement rémunérés par une seule récolte à la merci dés éléments, s'endetterait, mangeant ainsi son revenu avant de Ta voir cueilli, tandis que la bienfaisante spéculation, survenant au milieu de cette misère, arrête, par sa présence, la dépression des cours. Elle peut à elle seule asseoir une demande égale à Toffre, et du même coup, les prix étant assez rémunérateurs, le producteur vendra toute sa production qu'il n'aura plus ainsi en charge, la passant à cette trop maudite spéculation qui prend le tout, réduit, au fur et à mesure des besoins, le stock disponible et soutient le marché par ses ventes multipliées jusqu'au moment précis où le produit, dont elle détient l'effet représentatif, sera directement appréhendé par la consommation. Le prix que paiera le consommateur ne sera pas évidemment identique à celui qu'il aurait payé en s'adressant directement à la production. Les divers souscripteurs de la filière n'auront cherché dans leur acte d'intermédiarité que leur profit — quoi de plus logique ! — exactement mesuré par la différence du premier prix d'achat et du dernier prix de vente, mais cette différence entraînant une augmentation de cherté est la rémunération, le légitime paiement du service rendu par les spéculateurs. Il y a service, création d'utilité, n'en doutons pas, dans le fait d'empêcher la dépression des cours, la mévente des produits, la misère des producteurs, la stagnation générale engendrant les crises. Et comme toute

Utilité se paie, la spéculation reste inattaquable en principe et en fait (i).

Celte catégorie d'intermédiaires ne doit pas plus être supprimée que les fonctions à production impondérable conservées par le Mutuellisme, parce que, comme ces dernières, Tintermédiarité ajoute une forme au produit — en Toccurrence la forme ajoutée par la spéculation, c'est le maintien des cours, une sorte d'assurance contre les dépressions et les méventes.

Pour justifier la suppression des intermédiaires la théorie mutuelliste en donne trois raisons :

lo Une économie sociale considérable ;

20 Une recrudescence de la consommation ;

3^ Une recrudescence de la production.

V Economie sociale considérable. — Pour ce qui est de l'économie considérable faite par la société, elle semble à première vue être de toute exactitude. Si Ton ôte du prix de vente à la consommation la somme de profits prélevés par les intermédiaires, l'économie du consommateur, l'opération est fort claire, égalera juste la difierence. Mais il n'y a là qu'une théorie arithmétique jouant sur des abstractions, des hypothèses non justifiées en fait. Le producteur mis en face du consommateur, ce dernier n'a3%nt pas faculté de prendre toutes les marchandises — ses besoins sont limités — demandera moins ce qui sera trop offert, les prix seront bas ; et le premier, au lieu de constater sur ses livres une éco-

1. 11 va sans dire que dans le chapitre réservé à la balance de l'absolu théorique et du relatif pratique nous examinerons ce que valent ces assertions.

nomie, inscrira un déficit ou un zéro d'avances qui Fempèchera d'amplifier ou d'améliorer son exploitation dès lors plus mal soignée et produisant moins, d'où perte à double fond. Proudhon évaluant à ao milliards la circulation totale de la France en 1848 et trouvant que d'après un intérêt moyen de 8 0/0 les producteurs payaient « aux capitalistes à titre d'intérêts, commissions, frais de protêts, pertes à la retraite, etc. » (i), une somme de 400 millions qui ne devrait plus être versée entre les mains des intermédiaires, mais portée désormais du débit au crédit de la société, raisonne à peu près comme un calculateur in abstractoquiy voulant supprimer toute cause de dépense, éviterait toute occasion d'achat et, non content de biffer des catégories sociales les intermédiaires, ferait de tout individu une entité se suffisant à elle-même, produisant pour sa consommation exclusive et consommant sa seule production. Oh ! lors, tous les risques de gain et de perte étant supprimés, l'économie sociale sera considérable ; il n'y aura plus im seul péage prélevé sur la circulation ; le vendeur, maître jusqu'ici de fixer le prix du produit d'après les besoins de l'acheteur, ne pourra plus désormais dicter ses volontés au consommateur contraint; l'individu économiquement libre, indépendant, autonome, réunissant pleinement dansTune contradiction antinomique la qualité de producteurconsommateur, économisera sur tout, puisqu'il n'achètera plus rien à autrui, mais la circulation sera supprimée. L'homme suffisant seul à ses besoins

I. Solution du problème social, p. 199 et 300 (article du 30 mai).

en dépit de Tinsuffisance naturelle de ses facultés, c'est le retour à la barbarie, c'est la marque économique de l'âge primitif, de l'individu non encore entré dans la voie du progrès qui se diagnostique par une différenciation sociale de plus en plus accentuée. Au lieu d'enrayer cette progression, il faut, au contraire, l'étendre de plus en plus : c'est par la diversité des fonctions qu'on réalise Tharmonie, résultante d'un plus grand effort social. L'amorphisme n'est qu'un point de départ, non un point d'arrivée. Au lieu de pousser à la suppression des catégories sociales, et plus spécialement pour le cas qui nous occupe, de l'intermédiarité, il faut, au contraire, les développer pour assurer au phénomène de différenciation une base de plus en plus large. L'économie considérable amenée par la suppression des intermédiaires est infinitésimale mise en regard du progrès social qu'amène leur conservation. Au lieu de chercher à la réaliser, il faut au contraire l'abandonner, puisque son sacrifice, petite perte pour les individus, est largement compensée par un gros bénéfice social.

2** Recrudescence de la consommation, — C'est la seconde raison donnée par le Mutuel lisme pour justifier la suppression des intermédiaires. C'est encore une fausse hypothèse. La théorie dit que les produits,coûtant moins cher par suite de la mesure proposée, seront d'autant plus achetés. Mais puisque tout le monde est producteur ou devra l'être, la surproduction, semble-t-il, sera constante et les produits suivant une courbe inverse seront payés à plus bas prix. Conséquence : les producteurs moins rémimérés consommeront moins. Quant à Tasser-

tion de Proudhon que « le jour où la circulation des produits deviendra de plus en plus régulière, active et pleine, ce jour-là le producteur n'ayant aucun souci de l'avenir, ne thésaurisera plus; l'ouvrier sachant qu'il a dans la paume de la main une source de richesses, au lieu de fiaire des épargnes, dépensera. Acheter pour lui, ce sera économiser », elle coule à pic, puisque son système ne vise à rien moins qu'à la suppression de la circulation qui dès lors ne peut plus être « régulière, active et pleine ».

3° Recrudescence de la production. — Il est évident que contre une pareille menace d'insuffisance de rémunération, la recrudescence de production tant annoncée ne se produira pas. Les producteurs moins payés par suite de la surproduction amenée par l'arrivée sur le champ économique de nouvelles unités (il n'y aura plus d'intermédiaires) auront moins de capitaux à mettre dans la production qui comptera plus d'énergies individuelles mais moins de ressources à répartir entre ses unités. Du reste la production et la consommation n'étant pas des abstractions indépendantes, mais les deux faces antinomiques d'une même réalité économique, le parallélisme de corrélation établit entre elles une sorte d'harmonie ; la consommation restreinte, la production s'en ressentira, brisée dans ses velléités de recrudescence.

Par l'examen de ces déplorables conséquences, l'article : Suppression des intermédiaires, se trouve pratiquement infirmé.

Passant ensuite à une objection théoriquement réfutée par le Mutuellisme disant que la Banque

d'Echange était elle-même un intermédiaire, examinons si, en pratique, ce reproche n'est pas fondé. On sait que la Banque du Peuple fondée par Proudhoh dans un bul d'application de ses idées était, pour sa mise en marche, constituée d'après un esprit de transition qui la rendait, dans son essence, à peu près semblable aux autres entreprises financières. Il y avait, d'abord, un capital de garantie de cinq millions, partant des actionnaires en quelque sorte propriétaires de l'entreprise et puis, viilgum peciiSj le groupe absolument distinct des adhérents ou coopérateurs que l'on peut considérer comme les clients des premiers ou comme les habitués de nos banques actuelles qui, sans être intéressés à leur fonctionnement, ni inscrits comme adhérents, y présentent pourtant leurs clfels. De plus, important aveu à enregistrer, la Banque Jait des bénéfices {Chnp. XIV, De Vacte de constitution). Qu'importe qu'ils soient destinés à augmenter ou à amortir le capital (art. 6i) au lieu d'être répartis en dividendes aux actionnaires qui — il faut le prévoir — seuls fondateurs de l'entreprise, sauraient trouver le moyen de faire des profits et resteraient, malgré le remboursement du capital, actionnaires tout aussi bien qu'auparavant. Qui les remplacerait? Il n'en reste pas moins vrai que, eomme toutes les autres entreprises financières, la Banque du Peuple ferait, tout comme une entreprise capitaliste, un prélèvement qui dépasserait la couverture « des frais d'administration et de Vintérêt des capitaux qui en sont susceptibles y> (art. 6i). Donc, pas de différence essentielle entre celte entreprise et les autres.

La banque n'opérera, dans toute la vérité de son

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principe, autre postulat, que « lorsque la masse entière des producteurs et consommateurs aura fait son adhésion aux statuts de la Société » (art. 9). Mais nous avons vu plus haut que cette adhésion, nationale pour ainsi dire, ne peut se réaliser qu'à la condition de fusionner le capital et !e travail, de confondre les deux classes actuellement antagonistes en une seule, ce qui pratiquement a été reconna impossible ; donc l'entreprise ne parvenant pas à rendre pratique Fidéal théorique, on peut assurer que la Banque du Peuple :

10 Conservera perpétuellement ses dispositions transitoires ;

20 Que restant capitaliste, elle ne deviendra pas mutuelliste.

Bref, elle ne tend pas à autre chose qu*à supprimer non pas l'intermédiarîté, mais les entreprises concurrentes de cette catégorie et à rester le seul intermédiaire obligé pour toutes les transactions, ce qui confirme le principe que Proudhon voulait renverser.

Malheureusement le capital demandé, on le sait, ne fut pas couvert ; le projet échoua devant la méfiance publique, laissant irréalisée la preuve péremptoire de ce qui vient d'être avancé. Mais, si l'on suit, pas à pas, les prolongements de l'idée proudhonienne jusqu'à l'époque contemporaine et si l'on en trouve des manifestations réalisées, on reconnaîtra, dans le domaine des faits, le bien-fondé de cette assertion.

11 existe actuellement côte à côte, logées, sous le même toit, dans un état d'indépendance statutaire, il est vrai, mais unies dans un concours d'eiforts

tournés vers un même but, deux sociétés qui par leurs statuts et leur parallélisme, leur souci du bon marché, de la réduction des prix, leur sollicitude pour les associations ouvrières, etc., offrent tant de ressemblances frappantes avec Tèssai proudhonien que la Banque du Peuple en constitue pour ainsi dire le prototype et qu'exposer les statuts de celles-là c'est marquer la limite d'application de celle-ci, établir toute la mesure de la relativité pratique vis-à-vis de l'absolu théorique posé par Proudhon, c'est-à-dire nier le mutuellisme dans son article de : Suppression des intermédiaires.

Ces deux sociétés (i) qui fonctionnent actuellement sont :

lo La Banque Coopérative des associations ouvrières de France ;

20 La Chambre Consultative des associations ouvrières de France .

Et d'abord établissons les similitudes:

La Banque Coopérative s'occupe : d'opérations financières, de crédit, d'avances à faire aux associations ouvrières tandis que la Chambre Consultative cherche à leur procurer par ses renseignements et son appui la plus grande somme possible de travaux.

Cette division de fonctions existe déjà dans l'essai proudhonien ; la Banque du Peuple s'occupe d'opérations financières, de crédit et d'avances à faire aux associations ouvrières tandis que dans son sein un bureau spécial — première différenciation — dénommé Syndicat général de la production et de la

I. Solution du Problème social. Banque du Peuple, p. a6i à3o5.

consommation tendant à s'en séparer — deuxième différenciation — pour devenir un établissement indépendant (i) (art. 54) tout comme la Chambre Consultative Test vis-à-vis de la Banque Coopérative (i), centralise les renseignements, les demandes de travail et de produits.

Le parallélisme est donc établi : à la Banque Coopérative, réalisation pratique, s'oppose la Banque du Peuple, spéculation théorique, à la Chambre Consultative, le Syndicat de production et de consommation, participant, eux aussi, des mêmes qualités contradictoires.

Pour rendre les similitudes plus sensibles et par suite Popposilion de l'absolu et du relatif plus frappante, opposons statuts à statuts dans leurs articles essentiels.

a) D'abord, comment se fondent les deux Banques ?

Banque du Peuple. — (Constituée d'abord en nom collectif). Proudhon gêné par les nécessités légales l'expose en plusieurs articles :

« Article premier. — Il est fondé par ces présentes une société de commerce sous le nom de Société de la Banque du Peuple entre le citoyen Proudhon comparant et les personnes qui adhéreront aux présents statuts en devenant propriétaires d'actions.

... Art. 3. — La pensée des fondateurs delaBanque du Peuple est d'arriver à la constituer sous la forme de société anonyme et d'accepter tous les principes

i. Office du Trai^ail : Les Associations ouçrières de pro duction. Voir les statuts de la Banque Coopérative, p. lag à

de celte société, telle que la loi commerciale actuelle les définit, à savoir d'élre administrée par des mandataires à temps..., etc.

Art. 6. — Tout citoyen est appelé à faire partie de la Banque du Peuple à titre de coopérateur. »

Ce qui signifie que la Banque du Peuple qui doit être anonyme est obligée par la loi d'avoir un capital fixe et par là un nombre strict d'actionnaires, tandis que pour réaliser l'idéal théorique, tout le monde étant appelé à faire partie de la Banque (art. 3) le capital devrait être variable, ce à quoi, du temps de Proudhon, la jurisprudence et le droit étaient contraires.

Mais les années se sont écoulées, on a reconnu la possibilité pratique de la variété du capital de garantie (i) et la Banque Coopérative peut» poser en un seul article :

« Article premier. — Entre les soussignés et tous ceux qui seront ultérieurement admis ^ il est formé une société anonyme à capital variable »

Variable parce que « tous ceux » qui se présenteront seront ultérieurement admis, comme dans la Banque du Peuple.

b) Quel est le but ?

Banque du Peuple. — « Art. a. — Cette société a pour but d'organiser démocratiquement le crédit :

1° En procurant à tous, aux plus bas prix et aux meilleures conditions possibles la terre, des maisons, machines, instruments de travail, capitaux» produits, et services de toute nature.

2^ En facilitant à tous l'écoulement de leurs pro-

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