I. Mélanges (3« vol), 5* lettre de Bastiat, p
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plus de profits possibles, exigeant pour son prêt une rémunération qui commanditera sa fainéantise, laissant à d'autres le soin d'entretenir par leur travail l'oisiveté d'autrui ? Non, même envisagé de cette façon, il n'est pas illégitime — répond la critiqucf des économistes orthodoxes.
En effet, puisque le détenteur d'un outil qui l'applique à la transformation de la matière première est rémunéré: lo pour son travail actuel; 2° pour son travail passé représenté par la confection de l'outil, s'il le prête, s'il ne le met pas en mouvement luimême, la première partie de son salaire lui fera défaut, son non-travail actuel sera payé zéro, mais comme son outil représente du travail passé, multiplicateur de travail fulur, multiplication que l'emprunteur n'obtiendrait jamais sans le prêt de Toutil, la rémunération reste légitime pour le second facteur du salaire. Pour rendre l'assertion plus saisissante, et puisqu'il s'agit d'opposer pratique à théorie, entrons dans le domaine des faits ; Bastiat reprenant son exemple, va mettre en rapport son menuisier avec un nouvel artisan, forgeron de son métier. Ce dernier dit à son voisin : « Tu as acquis, par ton travail, tes économies, tes ai>ances, le droit de retirer du milieu social des services jusqu'à concurrence de 3oo francs, substitue-moi à ton travail pour un an ; car j'en userai de manière à avoir plus de marteaux, plus de fer, plus de houille, en un mot à améliorer ma condition et mon industrie. — Je suis dans le même cas, dit le menuisier ; cependant, je veux bien te céder mes droits et m'en priver pour un an, si tu veux me faire participer pour quelque chose à
V excédent des profils que tu vas faire» (i). Et ce marché profitable aux deux parties, librement consenti, consacre la légitimité de la part donnée au capital sur les bénéfices, parce que: i«par l'excédent dû à l'outil il mpUiplie la production ; et que 2» il améliore par cette même multiplication la condition de Thomme, et assure son progrès.
Cette participation du prêteur dans les bénéfices de l'emprunteur que Bastiat suppose historiquement avoir d'abord été variable, comme proportionnelle aux gains faits, fut par la suite en raison de son incommodité, de l'obligation où elle mettait les contractants à se soupçonner, à se surveiller réciproquement, à débattre sur des comptes, remplacée à forfait par un prélèvement fixe. C'est l'intérêt actuel, tel qu'il existe aujourd'hui. C'est l'apparition de la différenciation du salaire en plusieurs catégories. Le prix du travail fait pour autrui avec le capital d'autrui est salaire proprement dit; le gain de l'ouvrier autonome travaillant avec ses propres instruments c'est produit net; le prix du prêt du capital d'autrui fait à d'autres artisans travaillant pour eux-mêmes, c'est : Intérêt^ etc.
La différence est donc dans les mots — c'est toujours du travail que l'on paie (2) — mais elle est encore — et c'est ce qu'il faut relever avec beaucoup d'attention — dans le mode de rémunération. Ce qui trompe le public, c'est ce fait que le travail actuel, réduit à sa simple combinaison de mouvements physiques ou de spéculations intellectuelles,