I. Mélanges. (3e volume), a* Lettre de Bastiat, p
qui Ta fait naître. « Mais si les capitaux avancés sont inégaux, un solde légitime apparaîtra. » Et c'est toujours ainsi que les choses se passent. Quant à penser à une compensation universelle des intérêts assurant à tous une égalité de subsistance c'est une chimère irréalisée et irréalisable. Il faudrait pour la supposer théoriquement que les deux éléments qui composent toute valeur, savoir : la rémunération du travail et la rémunération du capital « entrassent en proportions identiques dans toutes valeurs égales, il faudrait que toute œuvre humaine admit le même emploi des machines, la même consommation d'approvisionnements, le même contingent de travail actuel et de travail accumulé » (i). La Banque du Peuple pour si prudente qu'elle soit dans ses prêts, malgré son règlement, de transition ne fera jamais « que le commissionnaire du coin dont toute Tinduslrie consiste à louer son temps et ses jambes, fasse intervenir autant de capital dans ses services que l'imprimeur ou le fabricant de bas. Remarquez que pour qu'une paire de bas de coton arrive à ce commissionnaire, il a fallu rinterventîon d'une terre qui est un capital : d'un navire qui est un capital ; d'une filature qui est un capital » (2). 11 ne peut donc pratiquement y avoir qu'inégalité de rémunération et par suite de subsistance ; mais seulement entre individus, non entre la quantité d'aliments gagnée par le travail individuel et celle néces^sairement fixée par les besoins physiques de conservation et de reproduction. En effet, la substance arrachée par le labeur quotidien
I. Mélanges, (3* vol.). 3« Lettre de Bastiat, p. 225. a. Mélanges. (3« vol.). 3« Lettre de Bastiat, p. aaS.
se proportionne à la plus ou moins grande capacité du travailleur, ne la dépassant jamais, ne restant jamais en dessous de ses exigences, satisfaisant à tous ses besoins et rien qu'à ses besoins, le même phénomène se répétant dans une mesure adéquate pour chaque degré de capacité, réalisant ainsi, par ce mode à^égalité^ un autre aphorisme saint-simonien : A chaque capacité suivant ses œuvres.
Le Mutuellisme ne se tenant pas pour battu s'écriera: (( Mais encore faut-il que ces capacités travaillent pour gagner leur subsistance ! Or, que voit-on dans l'économie actuelle ? D'un côté, des oisifs — des capacités de non travail sans doute ? ? — de Tautre, des travailleurs. Pour que les premiers vivent — le travail est la seule condition de vie. nous l'avons admis — il faut bien qu'ils prélèvent sur le labeur des seconds leur propre subsistance, diminuant d'autant celle du travailleur stérilement dévorée par ces parasites! »
L'objection porte à faux, car vivre sans travailler concevable en théorie est relativement impossible en pratique.
Le capital étant un travail accumulé, dont les effets multiplicateurs se répercutent pendant un long temps dans le développement de l'économie sociale, c'est toujours sur du travail que se trouve assuré pendant une période indéterminée un intérêt suffisant à la subsistance du bénéficiaire. Le capital qui s'en tiendrait toujours à ses résultats premiers, ne se reproduisant pas, alors que les autres multiplient autour de lui, diminuerait de plus en plus d'utilité dans son service et du même coup, l'intérêt qui le paie, deviendrait insuffisant pour permettre au capi-
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taliste de vivre. C'est par un nouveau labeur d'amélioration qu'une utilité plus grande par lui sera atteinte, haussant du même coup le taux de sa rémunération. Le non-travail ne peut être perpétuel et, s'il existe temporairement, c'est sur le travail qu'il légitime son existence. C'est la proportion croissante des résultats obtenus au regard des efforts employés par le capital, qui donne à Thomme la faculté, non pas de ne plus travailler, «mais de vivre deuxjourssur le travail d'un seul » (i).
Pourquoi ce repos dispensé aux uns, refusé aux autres? Parce que toutes les capacités qui ne peuvent i>roduire que leur seule subsistance, n'étant pas identiques, se manifestent de façon différente dans leurs spéculations. L'une se réalise dans le seul et continuel travail manuel suilisant à la satisfaction de besoins restreints, l'autre dans une élaboration d'idées et un surchauffe ment intellectuel tels qu'à une dépense aussi intensive, il faut pour la compenser une grande variété d'aliments ; toutes deux ne prenant d'ailleurs, comme les végétaux, dans leur milieu d'absorption, que ce qui est nécessaire à leur entrelien et à leur reproduction. Le repos, le loisir est un de ces aliments variés qu'exigent les grandes capacités pour leur seule subsistance^ en donnant au mot toute la profonde extension de la définition donnée par Proudhon lui-môme : « L'homme, à quelque degré de civilisation qu'il arrive, ne produit, ne peut jamais produire que son pain quotidien...
La nourriture de l'homme, comme le fait remarquer l'Evangile, doit être en même temps corpo-