Voyez supra, p. a
Oui, dans la société comme dans la nature, le produit net s'identifie avec le produit brut sans que le principe de légitimité de la rémunération du capital en soit le moins du monde atteint. Le germe de cette nouvelle affirmation est implicitement contenu dans la démonstration précédente ; il n'y a plus qu'à l'en dégager et le faire se développer. Puisque les individus, par la faculté de l'homme à ne produire que sa seule subsistance, manifestent leur personnalité par le travail et qu'entre eux, les capacités sont inégales, la production se trouve corrélativement être entachée du même défaut d'inégalité relative manifestée dans la division de l'humanité en catégories. Mais comme vis-à-vis d'eux-mêmes, une plus grande capacité suppose une plus grande somme de besoins à satisfaire, c'est par un travail adéquat que les individus y subviennent, assurant, chacun dans leur condition, Tintégralité de leur subsistance par l'intégralité de leur travail.
D'où donc, ces capacités tireraient-elles, dès lors, des bénéfices puisque tout ce qui les alimente est le produit de leur travail, de leur seul travail et que, dans leurs catégories respectives, toutes sont dans le même état d'indépendance, d'équilibre économique? On ne saurait le concevoir; d'où il s'en suit que l'individu, tout comme la société dont il fait partie, ne bénéficie pas, ne peut pas bénéficier sur luimême, réalise l'identité du produit net et du produit brut, parce que le produit net, autrement dit intérêt, n'est pas prélevé sur le travail d'autrui, autre vérité déjà démontrée, mais est la juste rémunération du travail passé incorporé dans le capital. Si produit net signifiait: prélèvement sur le travail d'autrui, on
^ 3ag ^
pourrait dire qu'il n'existe pas ou plutôt qu'il entre dans une des catégories de délits énumérés par le Code pénal, qu'il est un vol: soustraction des fruits d'un travail que l'on n'a pas soi-même réalisé. Le vol est condamnable en tout état de cause, mais l'intérêt étant la juste rémunération d'un travail passé n'est pas vol ; le produit net ainsi conçu est pour ainsi dire inexistant, il se confond avec le produit brut. Ce produit brut que nous devons dès maintenant considérer, variant avec les catégories de capacités, semble assurer à ceux qui ont des loisirs (le loisir, nous l'avons vu, est un des aliments moraux des hautes capacités) une prééminence inaliénable, des distractions sans (in, ce qui serait faire surgir im nouveau mode de produit net. Même envisagé sous ce jour, le produit net n'est pas possible. Les hautes capacités ont les loisirs procurés par leur labeur et tout juste ceux nécessaires à la reproduction de leur travail. Si, par hypothèse, il y avait trop de loisir pour un homme, c'est-à-dire arrêt de productivité, rupture d'équilibre entre la faculté de travail et les exigences sociales et catégoriques engendrant cette même faculté, l'individu ne parvenant plus à les satisfaire toutes déchoirait rapidement, tombant d'une catégorie dans une autre, de plus en plus bas, jusqu'à ce que la faculté de travail vienne s'équilibrer avec les exigences d'une catégorie inférieure, réalisant dans un cadre plus étroit l'identité du produit brut et du produit net. La prééminence ne reste pas attachée aux individus mais aux catégories ouvertes à toutes les énergies qui veulent et peuvent y prendre place par leur propre effort, c'est-à-dire sans produit net.
Cette mutabilité des conditions s^est du reste ostensiblement produite dans les faits. L'expérience constate en général non pas une rétrogradation des individus vers les catégories inférieures, mais bien une ascension continue de toutes les classes vers une perfection, où tous sans exception, par leur travail, réaliseront en vue du travail cette nourriture à la fois matérielle et morale réclamée par Proudhon, nécessaire à des êtres complets accomplissant leur fin, c'est-à-dire niant un produit net dans un produit brut. La preuve de cette mutabilité des catégories, de cette juste récompense des capacités qui se réalisent, c'est dans Bastiat que nous la trouvons formulée en trois lois consécutives (i) :
lo « A mesure que le capital s'accroît, l'intérêt baisse, mais de telle sorte que le revenu total du capitaliste augmente ».
C'est dire que les catégories supérieures détenant le capital ne peuvent sudire à la fois aux exigences de leur classe et de l'ascension progressive qu'en poussant à une nouvelle augmentation de production nécessaire à l'intensité de leurs efforts, tandis que par son accumulation le capital devient de plus en plus accessible aux classes inférieures directement placées au-dessous, leur fournissant ainsi un point d'appui pourrélévation de leurs unités.
20 « A mesure que les capitaux augmentent (et avec eux les produits) la part absolue qui revient au capital augmente et sa part proportionnelle diminue. )>
C'est un corollaire dérivé de la première Icm — la