‹ La revanche de ProudhonChapitre 99 sur 140 · I . MélangesO'' vol.) 4® Lettre p. 264 et aSS · texte numérisé non relu

I . MélangesO'' vol.) 4® Lettre p. 264 et aSS

part proporlionnelle en diminution (i), c'est le taux de l'intérêt qui la représente — et qui n'a besoin d'être énoncé que pour marquer son opposition significative avec le suivant :

3o « A mesure que les capitaux augmentent (et avec eux les produits) la part proportionnelle et la part absolue du travail augmentent.

« Comment pourrait-il en être autrement puisque le capital voit grossir sa part absolue, encore qu'il ne prélève que 1/2, i/3, 1/4, i/5du proût total ; le travail à qui, successivement, il revient 1/2, 2/3, 3/4^ 4/^ entre évidemment dans le partage pour une part progressive dans le sens proportionnel comme dans le sens absolu. »

C'est dire que tout progresse, que les catégories les plus humbles, les plus basses, participent à cette progression, s'élèvent de plus en plus, bien que sans capital propre, ayant assez pour satisfaire aux exigences grandissantes du progrès du secours de leur seul travail.

Puisque cette ascension générale repose sur le travail passé (capital) et présent, le droit au nontravail est illogique, impossible dans le progrès ainsi compris, contrairement à ce qu'assurait Proudhon. Puisque, s'il y a inégalité de conditions, cette inégalité ne réside que dans la différence des capacités qui, rangées en catégories, produisent par l'intégralité de leur travail leur intégrale subsistance et réalisent ainsi en elles l'identité du produit net et du produit brut, puisque ces catégories ne sont pas immuables,

I. Diminution nominale non effective d'après notre loi sur la valeur de la monnaie de métal. Voir supra, p. 187.

que les individus s'y meuvent, sans être arrêtés par leur démarcation, d'après l'ctiage de leur capacité de travail, laquelle augmente par une plus large diffusion de capitaux favorisée par la baisse du taux de l'intérêt qui, étant rémunération d'un travail passé n'est pas produit net, si ce dernier terme signifie prélèvement au préjudice d'autrui, mais bien produit brut, l'intérêt reste toujours, quoique ou plutôt parce que le produit net et le brut sont identiques, légitime, ce qu'il fallait en troisième lieu démontrer. Pour clore cette longue discussion, rappelons en quelques mots que, reprenant les trois raisons opposées par le MutucUisme pour affirmer l'illégitimité de l'intérêt à savoir :

L'identité du travail et du capital;

La faculté du travailleur à ne produire que sa seule subsistance par son seul travail;

L'identité dans la nature du produit net et du produit brut ;

c'est justement sur elles que l'économie orthodoxe, s'aidant de la confirmation des faits, s'est appuyée pour aboutir aux conclusions contraires et prouver la légitimité de l'intérêt.

Or légitimité et nécessité coïncident, pour ne pas dire s'identifient. Contre elles, des systèmes construits in abstracto dans le cerveau d'un doctrinaire ou d'un penseur viennent se briser dans leur tare d'idéalisation originelle, qui ne peut s'accommoder aux nécessaires réalités. L'intérêt qu'un trait de plume peut biffer sur le papier, reste, consacré par une pratique plus que millénaire, inébranlablement maintenu par la nécessité qui le légitima. Donc, il ne

peut être supprimé, conclusion ultime de cette longue dispute.

Supprimer Fintépêt, avions-nous dit lors de la position du problème dans l'exposition de la théorie mntuelliste, c'est émettre une formule négative suscitant simultanément une affirmation antinomiquement correspondante : la Gratuité du Crédit, but final et résultante de toutes les conditions du Mutuellisme. Prouver dans les faits la nécessité et par suite la légitimité de l'intérêt, c'est du même coup poser le crédit gratuit comme irréalisable et illégitime. C'est ce qui reste à approfondir.

Gratuité du crédit

Dans la section répondant au même titre dans l'exposition de la théorie mutuelliste (a' partie) il avait été posé en substance que l'intérêt était illégitime à cause de la non-prii^ation du prêteur, et, de plus, annulé par la compensation, même au cas où, d'après Bastiat lui-même, celui qui prête efleclue un transport de valeur payé par l'intérêt en sus du remboursement, ce qui réduit la question sociale à une réforme de la circulation que le M utuellisme a justement pour but d'organiser.

Par la Banque mutuelliste, le crédit devenant gratuit, les marchandises débarrassées de tout péage circuleront et se prêteront facilement produit contre capital, capital contre produit, crédit contre débit certain, jusqu'à ce que toutes transactions soient ramenées aune forme : l'échange. Une nouvelle formule sera créée : créditer, cest échanger.

L'échange n'étant point nécessairement immédiat,

Lagarde 9 a

le simple prolétaire pourra cmprunler sur produits futurs, d^où augmentation de la production, du capital. Echanger signifiant capitaliser et tout le monde étant échangiste, la fusion des deux classes jusqu'ici antagonistes s'accomplira, Tidentité du travailleur et du capitaliste sera réalisée, avènement d'un nouveau règne de paix fondé sur le travail.

Cette dernière partie de la théorie mutuelliste ne va pas être moins en butte aux attaques de la critique et aux démentis de rexpérience que les précédentes. Déjà l'illégitimité de l'intérêt fondée sur la nonrprwation du prêteur et son annulation par la compensation viennent d'être réfutées dans le paragraphe précédent. Restent à réduire à leur valeur les autres arguments de la théorie et la discussion qui Commence se dessine dans ses grandes lignes dans les deux questions suivantes :

lo Le Crédit est-il échange?

20 Le Crédit gratuit est-il possible?

, Examinons d'abord quelle est la réponse que font à la première question la critique et l'expérience :

— Vous dites mutuelliste, répondent-elles toutes dçux à la fois, que crédit c'est échange, que crédit c'est circulation, que, circulation et transport étant identiques, le service rendu par elle étant seul payé, c'est elle seule qui crée la richesse et se rémunère par l'intérêt, les produits réalisant déjà entre eux régal échange devenu parfait du jour où, par la Banque mutuelliste, cet intérêt, prix du transport, sera supprimé par la gratuité de la circulation. Et Bastiat, à vous en croire, renforce bien malgré lui votre théorie, ce que vous nous apprenez en ces termes :

« J.-B. Say a démontré et vous ne l'ignorez pas.

que le transport d'une valeur, que cette valeur s'appelle argent ou marchandise, constitue lui-même une valeur ; que c'est un produit aussi réel que le blé et le vin ; qu'en conséquence, le service du commerçant et du banquier mérite d*être rémunéré tout comme le service du laboureur et du vigneron. C'est sur ce principe que vous vous appuyez vous-même quand vous réclamez un salaire pour le capitaliste, qui par la prestation de son capital, — dont on lui garantit la rentrée — fait office de transport, de circulation. Par cela même quejeprête, disiez-vous dans votre première lettre, /e rends un service^ je crée une valeur. Telles étaient vos paroles que nous avons admises : en cela nous étions l'un et l'autre d'accord avec le maître.

Je suis donc fondé à dire que ce n'est pas le capital lui-même, mais la circulation du capital ; c'est cette nature de service, produit, marchandise, valeur, réalité qu'on appelle en économie politique : mouvement ou circulation et qui au fond constitue toute la matière de la science économique, qui est la cause de la richesse » (i).

Reportons-nous donc à cette première lettre de Bastiat où vous trouvez l'étançon nécessaire à votre théorie et, d'après ce que vous en dites, le passage auquel vous faites allusion ne peut être que celui-ci :

« Celui qui prête une maison^ un sac de blé, un rabot, une pièce de monnaie, un navire, en un mot une Pû/ear, pour un temps déterminé, rend un service. Il doit donc recevoir, outre la restitution de cette valeur à l'échéance, un service équivalent.

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