‹ La Revision De L'Encéphalopathie SaturnineChapitre 15 sur 23 · OR S · texte numérisé non relu

OR S

Et sur un autre sujet de 23 ans mort de néphrite ayant quitté sa profession depuis un an et n'ayant jamais eu d'accident cérébral, Meillère trouve :

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De même chez 2 ouvrierscérusiers morts de néphrite, Blyth (Journal de Pharmacie, 1898) a trouvé :

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De ces analyses il résulte que la localisation du plomb sur le cerveau est commune à tous les saturnins quels que soient les accidents qu’ils ont présentés et que cette localisation est stable puisqu'on retrouve le plomb longtemps après que le sujet a été soustrait aux causes d’intoxicalion.

Or les encéphalopathiques n’ont pas fixé sur leur cerveau des quantités de plomb plus grandes que les autres saturnins.

D'autre part l’encéphalopathie ne se reproduit pas quand le malade est soustrait à l’intoxication, et bien qu'il conserve le plomb dans son cerveau.

Nous pouvons donc dire que la localisation du plomb dans le cerveau n’est pas suffisante pour expliquer l’encéphalopathie,

LE PLOMB ET LES MÉNINGES. — Nous avons fait, plus haut, allusion à des expériences sur le rôle antitoxique des méninges. Ces expériences faites par Camus peuvent-elles venir à l'appui de la méningite saturnine ? Nous ne le pensons pas. J. Camus montre en effet « que si l’on injecte dans la cavité rachi- » dienne d’un chien { à 2 cc. d’une solution de chlorure » de plomb à 2 0/00 l'animal n’en paraît pas incommo- » dé sur le moment ; il a parfois des vertiges pendant » quelques instants après puis il reprend très vite l’état » normal. Pendant 2 ou 3 jours il boit, mange, et ne » présente aucun trouble. Puis après cette période la- » tente, il est pris brusquement d'inquiétude, d’agita- » tion, d’hallucinations terrifiantes, puis tombe avec » des convulsions toniques et cloniques, salivation, crise » épileptiforme typique ». Cette crise est suivie d’un état comateux et de nouvelles crises peuvent survenir ‘et déterminer la mort de l'animal.

Cette expérience pleine d'intérêt nous montre la production expérimentale des signes voisins de la crise encéphalopathique.

Au cours d’autres expériences, Camus montre que l'injection intracérébrale de la même solution ne produit aucun trouble médiat ou immédiat et ceci confirme les conclusions de notre précédent paragraphe.

Bien mieux l'injection sous-cutanée ou intraveineuse du même sel ne provoque aueune réaction.

Or l’ouvrier qui s’intoxique par le plomb n'est pas dans les conditions de la première expérience de Camus. Il ne reçoit pas le plomb dans la cavité rachidienne ;

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il absorbe par les voies respiratoires et digestives le plomb qui gagne la circulation générale et imprègne les viscères, ce qui peut être rapproché de l'injection intraveineuse qui s’est révélée anodine. De plus d’après les analyses citées plus haut les méninges ne sont pas parmi ces organes qui fixent électivement le plomb.

On ne peut donc pas déduire de ces expériences que l’intoxication saturnine provoque les accidents cérébraux par son action directe sur les méninges. Ce n’est d’ailleurs pas le but que poursuivait Camus qui dans ces expériences étudiait la toxicité et la thérapeutique intrarachidiennes. Et la théorie de la méningite saturnine a besoin d’être contrôlée par de nouvelles recherches expérimentales.

L'hypertension artérielle

L'hypertension artérielle n’a été mise nettement en évidence que par la sphygmomanométrie. Les anciens observateurs avaient cependant remarqué les modifications du pouls au cours du saturnisme aigu. Stoll avait été frappé de la lenteur du pouls pendant la colique de plomb, et le comparait à un « fil de fer ».

Traube signale aussi une hypertension probable mais qu'il ne peut constater que par la seule palpation.

Christeller élève de Von Basch donne en 1881 les premières évaluations sphygmographiques à l’aide du tonomètre de Gärtner et établit que l'hypertension existe au cours de la colique de plomb. Il va même jusqu’à supposer que cette hypertension résulte de l'action directe du plomb.

En 1895 Borgen puis Potain reprennent cette étude.

En 1903, Pal, de Vienne, l'étudiant aussi rattache l’amaurose et les accidents cérébraux aux mêmes phénomènes.

Et c’est enfin le P' Vaquez qui au Congrès de Médecine de 1904 et dans de nombreux articles, fait entrer le saturnisme dans sa vaste conception de l’hypertension.

La théorie de l'hypertension

HYPERTENSION ET COLIQUE DE PLOMB. — Vaquez avait tout d’abord étudié l'hypertension au cours de la colique de plomb, hypertension qu'il avait trouvée sinon constante, du moins très fréquente et il avait établi que toute colique de plomb au moins d'intensité moyenne s'accompagne d’hypertension artérielle, celle-ci s’élevant de 5 à 10 centimètres au-dessus de la tension normale du sujet. Cette hypertension qui persiste pendant toute la durée de la crise, s'accroît au moment des forts accès douloureux mais ne disparaît pas dans leur intervalle : sa durée est égale à celle de la colique et peut atteindre de 6 à 8 jours ; elle évolue parallèlement à la vaco-constriction abdominale. « Cette longue durée possible infirme les lois de physiologie qui nous avaient appris jusqu'à ce jour qu’il ne peut y avoir d'hypertension durable liée à la vaso-constriction ». C’est ainsi lui reconnaître une durée suffisante pour provoquer. des troubles, rôle que lui refusaient Von Basch et plus tard Mosny. Cette phase hypertensive se termine d’après

Vaquez par un abaissement progressif de la tension, en 2 ou 3 jours, et qui coïncide avec la terminaison des accidents saturnins. Si bien qu'il peut dire : l'indice le plus certain de la guérison de la colique est le retour à la pression normale.

I s’agit donc d’une hypertension ‘aiguë paroxystique.

HYPERTENSION ET ENCÉPHALOPATHIE. — Celle-ci en eftet n'apparaît pas qu’à l’occasion de la colique de plomb mais au cours d’autres accidents saturnins en particulier les accidents encéphalopathiques et Vaquez la rencontre dans de nombreuses observations dont nous rappelerons les principales.

Chez un malade de Pal (de Vienne), au cours d’une colique de plomb survient une céphalée violente, pendant que la pression artérielle est de 160 millimètres (au Gartner). Quelques jours après, la colique persiste, la pression monte à 170 puis à 180 (ce qui correspond à 22 du Potain). Le sujét est pris alors d’amaurose complète sans lésion du fond d'œil avec réaction pupillaire normale et décoloration de la papille. L'amaurose dure 3 jours au bout desquels elle disparaît totalement, alors que la pression est retombée à 120 millimètres.

Dieulafoy cite un cas de colique de plomb dans lequel l’amaurose- survient lorsque la tension atteint 2% centimètres au Potain. Cette amaurose sans lésion du fond d'œil disparaît en 2 jours quand la pression est redevenue normale.

A la Société médicale des hôpitaux, Ménétrier rapporte le cas d’un homme de 22 ans qui pendant une

colique de plomb tombe dans une obtusion intellectuelle profonde alors que sa tension est à 26 cm. puis le lendemain à 30. Il se produit alors des attaques convulsives assez rapprochées qui le conduisent au coma et à la mort.

MM. Labadie-Lagrave et Laubry ont rapporté l’histoire d’un homme de 25 ans pris au 5° jour d’une colique très douloureuse, d’amaurose avec intégrité du fond d'œil. La tension est alors de 25 em. au Potain. Ils font respirer à cet homme du nitrite d’amyle qui fait descendre la tension à 17 pendant que le malade voit. Cette amélioration est passagère, mais la vision reparaîl quand la pression redevient normale et que la colique cesse.

L'observation de Ristet Bornaît-Legueule est analogue et le nitrite d’amyle fait à deux reprises baisser la tension artérielle de leur saturnin pendant que la vision ce rétablit provisoirement, celle-ci n'étant revenue qu'avec la guérison de la colique. Il faut remarquer dans cette observation que des lésions discrètes de neuro-rétinite ont été révélées à l’examen ophtalmoscopique, mais insuffisantes pour expliquer ces phénomènes et leur brusquerie.

Au Congrès de 1904 Vaquez dit avoir observé un cas d’aphasie transitoire chez un saturnin de 38 ans ayant eu de nombreuses coliques. Cet accident fut suivi de nombreuses atlaques épileptiques.

Plus tard lorsqu'il rentre dans le service de Vaquez sa tension est de 27 cm. et le malade a une crise convulsive, Celle-ci se reproduit un mois plus tard la ten-

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sion ayant de nouveau atteint 27, il se produit alors une hémiplégie gauché par hémorragie cérébrale.

Plus récemment Magniel rapporte l’histoire instructive d’un saturnin de 31 ans, ayant eu deux coliques et

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Courbe de la tension artérielle et de l’albuminurie chez un saturpin ayant présenté 2 mois auparavant une crise d'aphasie transitoire et plusieurs crises convulsives. {VAQUEZ, Congrès de Médecine, 1904),

une crise convulsive antérieures et entré à l'hôpital pour une crise convulsive généralisée suivie d’obnubilation intellectuelle.

Les jours suivants il a une céphalée persistante, la tension artérielle qui était de 12 monte à 15 (au Vaquez)

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puis à 20-13 et éclate alors une nouvelle crise convulsive. Ultérieurement tout rentre dans l’ordre mais ce malade a de la céphalée à l’occasion d’élévation de la tension artérielle et 2 mois plus tard, nouveaux accidents éclamptiques coïncidant avec 26-15 de tension, et des premiers phénomènes d’une néphrite.

Dans un certain nombre de ces observations, se trouvent signalés quelques signes de néphrite. Nous verrons plus loin ce qu’en pense Vaquez. A ces accidents, amaurose, aphasie transitoire, crises convulsives, Vaquez joint la surdité, observée par Pal coïncidant avec l’amaurose. Il constate tout d’abord que nombre de ces accidents compliquent une colique saturnine.

« L’hypertension artérielle modérée au cours de coli- » que peu intense peut s'élever considérablement quand » elle est violente, surtout quand elle est compliquée de » manifestations nerveuses connues depuis Tanquerel » des Planches sous le nom d’encéphalopathie ».

Ainsi les accidents cérébraux paroxystiques ne tiennent ni à une réaction spéciale du sujet ni à une lésion rénale inexistante chez le jeune saturnin, ni à la lésion rénale du vieux saturnin, mais à l'hypertension.

« L’encéphalopathie suit l'hypertension comme l’ombre suit le corps ». Elle est comme certaines manifeslations saturnines accompagnée d’une hypertension

paroxystique, ce qui mène à expliquer ces accidents aigus par le même mécanisme.

LA PRODUCTION DES ACCIDENTS AIGUS. — Pour les expliquer, Vaquez analyse la douleur de la colique

de plomb et rappelle qu’elle n’est pas une douleur pongitive ou lancinante correspondant à un point enflammé. Il s’agit de « crampes, de spasmes sans localisation » précise, irradiés de préférence au pourtour de l’ombi- » lic et dus certainement au tiraillement du mésentère », d'où « sa diffusion, ses exacerbations soudaines, et ce » fait que la palpation étalée, profonde, les calme en im- » mobilisant l'intestin, alors qu’une chiquenaude l’exa- » gère en excitant les spasmes ». Ceux-ci ne peuvént relever que d’une vaso-constriction excessive des vaisseaux abdominaux, liée à l'hypertension artérielle.

La diminution du volume du foie, l’état exsangue de l'intestin constaté à l’autopsie en sont la preuve, ainsi que l’action calmante du nitrite d’amyle, par vasodilatation.

Et dans les cas graves Vaquez admet que la vasoconstriction dépasse le domaine des vaisseaux de l’abdomen et peut gagner la circulation générale, notamment celle du cerveau, pour réaliser les complications individualisées par Tanquerel sous le nom d’encéphalopathie.

C’est en termes modernes, reprendre et justifier ce que disait Rivière au début du xvi° siècle : € L’humeur qui cause la colique spasmodique, lorsqu'elle remonte au cerveau, cause des convulsions épileptiques qui donnent ordinairement la mort aux malades ».

L'absence de lésion anatomique vient à l’appui de ces affirmations et Vaquez remarque : « Toutefois il ne se- » rait pas possible d'attribuer ces divers accidents à des » troubles fonctionnels de la circulation, si l’on devait

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» trouver constamment après la mort, des lésions capa- » bles de les expliquer ; mais cela n’est pas ».

En résumé, pour Vaquez « colique, amaurose, con- » vulsions, sont bien dus à la vasoconstriction et à l’hy- » pertension ». Celle-ci explique leur apparition, leur enchainement, et l’on peut suivre leur évolution au sphygmomanomeètre.

ANALOGIES AVEC D’AUTRES MANIFESTATIONS DE L'HYPERTENSION AIGUË. — Pour Vaquez l’encéphalopathie est donc une manifestation hypertensive au même titre que l’éclampsie puerpérale. Souvent la tension artérielle ne s’élève parfois qu’à l'approche des crises, passant de 15 à 20 ou 25 cm. ; l'hypertension est continue mais s’exagère quand éclatent les accidents convulsifs.

« Quant aux accidents de l’éclampsie, ils sont pres- » que calqués sur ceux du saturnisme aigu, depuis les » plus bénins jusqu'aux plus graves ».

L'’amaurose sans lésion du fond d'œil, avec réflectivité normale, l’hémianopsie, étaient mis eux aussi au compte de l’urémie. Mais leur. soudaineté, la rapidité de leur évolution et de leur guérison quelquefois instantanée, exclut toute idée de lésion organique.

De même l’aphasie transitoire, la cécité verbale, la crise convulsive.

Enfin l’éclampsie comme le saturnisme aigu peut être suivie, à plus ou moins longue échéance, de sclérose rénale hypertensive souvent accompagnée d'accidents semblables à ceux du début.

Entre ces deux maladies la parfaite similitude des:

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accidents et particulièrement « l’encéphalopathie convulsive » commune à ces deux affections, ne peut reconnaître comme explication que l'existence d’un symptôme commun : l’hypertension.

HYPERTENSION ET VASOCONSTRICTION. — Il ne suffit pas de montrer qu’au cours de l’encéphalopathie se produisent deux phénomènes simultanés, l’hypertension et la vasoconstriction ; nous devons chercher quelle est leur valeur réciproque, qui des deux est la cause et l’autre la conséquence.

Après Vaquez, Foy'et Donzelot étudient les troubles cérébraux chez les hypertendus et considèrent que ces « éclipses cérébrales » sont dues à des troubles purement fonctionnels. Céphalée, cécité complète, anarthrie, surdité, crises épileptiformes, en font partie, tout comme dans l’encéphalopathie avec laquelle ils ont des liens étroits de parenté.

La rapidité et la brusquerie de leur apparition comme de leur disparition les fait considérer comme des spasmes des artères et artérioles cérébrales, phénomènes qui causent également crampes et sensation de doigt mort. «Les éclipses cérébrales ont la valeur d’une claudication intermittente spasmodique » dit Donzelot.

L'amaurose, avec intégrité du fond d’œil et pâleur de

la papille pouvant céder au nitrite d’amyle est consi-

dérée par Baillart comme due à un angiospasme réti-

nien. ;

Tous ces phénomènes sont en relation avec des

-» à coups hypertensifs ». Essayant de préciser le lien qui

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réunit l'hypertension et la vasoconstriction, Donzelot considère que l’angiospasme n'intervient que comme «un processus de réaction et de défense contre une » brutale perturbation hypertensive venue d’ailleurs ». Car les éclipses cérébrales sont des phénomènes bien limités, alors que la vasoconstriction devrait être largement étendue pour être à même de provoquer une brusque inodification du régime circulatoire.

Il est en eftet fort vraisemblable que l’action de l’'hypertension au cours des paroxysmes, est de provoquer une vasoconstriction qui localisée à certains territoires cérébraux, détermine des accidents encéphalopathiques.

HYPERTENSION ET NEPHRITE SATURNINE.— Nous avons vu précédemment que les accidents encéphalopathiques pouvaient coexister avec des signes de néphrite. Essayons maintenant d'expliquer pourquoi.

Vaquez, au cours de son étude du saturnisme, constata que l'hypertension qui était d’abord passagère, et dont les élévations paroxystiques causaient l’éclampsie saturnine, devient à la longue constante et s’accompagne des signes de la néphrite saturnine. Des poussées d’hypertension paroxyslique pourront amener des accidents en tout point semblables à l’encéphalopathie, mais la présence de la lésion rénale pourra introduire dans le tableau clinique, des signes qui, eux, seront urémiques.

Il rapporte dans la Semaine médicale de 1904 le cas d’un homme de 47 ans qui après avoir eu de nombreuses coliques de plomb et des accidents encépha-

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