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LA CONCEPTION ACTUELLE

Après avoir étudié l’encéphalopathie saturnine au point de vue clinique, parallèlement aux lésions anatomiques signalées, si faibles soient-elles, et après un examen critique des théories pathogéniques auxquelles elle ‘a donné naissance, nous pouvons assurer à cette entité morbide une existence indiscutable. Elle peut être ainsi nettement isolée, individualisée, plus heureuse en cela que le délire toxique saturnin si intimement lié à l'alcoolisme, ou que la pseudoparalysie générale saturnine dont on ne peut éliminer la syphilis.

Cette encéphalopathie ne nous semble pas due à une méningite ainsi que nous l’avons vu précédemment ; et l’on ne peut pas à l'heure actuelle la rayer de la pathologie au profit d’une méningite hypothétique. Tout au plus peut-on laisser subsister la possibilité d’une méningite saturnine, révélée par des signes méningés

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mais dont la preuve anatomique n’est pas encore établie. Peut être sera-t-elle réalisée dans l'avenir.

Actuellement il existe l’encéphalopathie, d’abord, et peut-être une méningite toxique. Mais en aucun cas on ne peut mêler deux ordres de signes si différents.

Quant à la véritable cause de ces accidents cérébraux, elle est presque certainement l'hypertension artérielle aiguë, telle que Vaquez l’a si bien décrite. Et l’encéphalopathie devient une manifestation de l'hypertension paroxystique qui se voit si souvent au cours du saturnisme. Si l'hypertension est causée par le plomb selon -un mécanisme encore mal élucidé, elle est cependant à sa charge, au même titre que l’action toxique de ce métal sur les nerfs et les hématies. C’est pourquoi Duvoir, considérant le plomb comme un poison anémiant et hypertensif et comme un toxique du système nerveux, groupe les manifestations du saturnisme en trois grands chapitres :

1° L’anémie saturnine.

20 Les manijestations nerveuses toxiques du salurnisme : paralysies saturnines et tremblement saturnin ; 3° L'hypertension saturnine paroxystique ou permanente, la première étant responsable de la colique de plomb, spasme abdominal ; de l’encéphalopathie, spasme cérébral, et enfin des arthralgies-myalgies des saturnins.

Cette dernière affection dont nous n'avons pas eu l'occasion de parler jusqu'ici, se présente en effel sous forme de douleurs dont la localisation subjective peut

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être plus ou moins profonde, et accompagnées non de rougeur de la peau ni de gonflements articulaires, mais plutôt d’ischémie locale ; elles aussi sont diminuées par la pression large et profonde, exacerbées par le massage superficiel.

Tous ces signes, si voisins de ceux de la colique, ne peuvent faire penser qu’à un spasme artériel.

Ainsi l’encéphalopathie entre dans la classe des mapifestations hypertensives’ de l’intoxication saturnine. Cette conception est non seulement satisfaisante, pour l'esprit, mais elle s'appuie sur un faisceau imposant de faits.

Cette encéphalopatbie, que nous avons dépouillée de nombreux symptômes parasites attribués avec juste raison à l’hystérie, à l’urémie, etc., nous était apparue alors sous la forme d’un accès épileptiforme ou mieux « éclamptique », précédé ou non de petits signes : surdité, aphasie et surtout amaurose transitoires.

Mais outre que ces signes ne sont pas purement prémonitoires puisqu'ils ont pu survenir pendant et même dans certains cas après les grands accès, et qu’ils ont pu survenir isolément, l’origine commune de ces accidents grands et petits nous permet de les envisager d’une façon plus générale. Et Duvoir propose d’unifier l’encéphalopathie en décrivant une petite encéphalopathie comprenant l’amaurose transitoire, la surdité transitoire et l’aphasie transitoire des saturnins et une grande encéphalopathie correspondant à la crise éclamptique des saturnins, souvent mortelle.

La théorie hypertensive cadre:t-elle avec les lésions

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anatomiques ? Oui puisque celles-ci sont pratiquement nulles et que tout reste dans l’ordre des perturbations fonctionnelles.

Nous avons cependant rapporté la présence d’un œædème cérébral marqué, non constant mais fréquent. S'il ne peut certes être considéré comme une cause suffisante des accès et de la mort, nous devons cependant rechercher sa signification.

Lorsque nous avons étudié les signes cérébraux de l’urémiè, nous avons noté que la chlorurémie, au cours d’une brusque poussée d’œdème facial, pouvait créer l’amaurose, les accès convulsifs, dans les mêmes conditions que l'hypertension et que l’encephalopathie.

Nous avons d'autre part admis avec Vaquez que l'hypertension jouait un rôle dans la production de la néphrite saturnine.

Peut-on relier ces deux phénoménes, hypertension et chlorurémie ?

Lemierre observe que « la chlorurémie et l’hypertension . présentent entre elles des rapports dont on est obligé de tenir compte », c’est ainsi par exemple qu'un régime trop chloruré chez les rénaux augmente la tension artérielle et que celle-ci s'améliore souvent par la déchloruration (1). D'autre part le tableau clinique des accidents cérébraux est absolument semblable, malgré la divergence des pronostics.

€ Il pourrait donc paraître tentant de rattacher chez

(1) Amsanp el Beauzanp. — La rétention chlorurée sèche {Semaine médicale, 1905).

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» les deux catégories de malades, ces accidents 2linique- » ment identiques à un facteur commun, l'hyperten- » sion et d'expliquer la différence de pronostic. par » une différence de l’évolution de l'hypertension. »

Les poussées de rétention chlorurée brusque ne de termineraient seulement que les hypertensions passagères, très distinctes de l'hypertension permanente des néphrites chroniques. |

« Les phénomènes encéphalopathiques et amauro- » tiques des saturnins dont le rein est encore intact .» n’ont-ils pas habituellement une marche rapide et fa- » vorable comme ceux des chlorurémiques parce que la » crise hypertensive est purement transitoire ? » ;

Certes l'hypertension n’est pas constante au cours de

la rétention chlorurée.

= D'autre part la néphrite saturnine est rarement chlorurémique, mais surtout hypertensive et azotémique.

Mais l’æœdème cérébral saturnin, bien que nécessitant de nouvelles recherches, n'est pas un obstacle à la théorie hypertensive, si bien établie par ailleurs. |

Ajoutons que l’hypertension peut être responsable de troubles mentaux variés : amnésie, confusion, délire, manie qui peut-être répondent aux cas authentiques de délire saturnin, et permettent de les relier à Faction hypertensive du plomb.

Celle-ci possède enfin un argument suprême, c’est l’action favorable des hypotenseurs sur les accidents encéphalopathiques, iodure de potassium (Pal) ou nitrite d'amyle ; et cette action a le grand intérêt de nous Conduire à la thérapeutique, seule fin de toute médecine.

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