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savent et en profitent largement. Dans les anciens manuscrits tous les mots se tiennent. Il en résulte des calembours de lecture, aussi insipides que les calembours de la conversation, mais qui peuvent égarer un copiste ou un lecteur inattentif ou distrait. Par exemple, le groupe de huit lettres suivant : SEDETIAM, peut se lire avec un sens raisonnable de quatre manières différentes, soit sed etiam, ou bien sed et iam ou encore sedet iam, ou enfin se det iam. Le contexte suffit en général à déterminer le sens et nous n’aurions aucune peine à corriger des fautes de ce genre, si le copiste, sous l’empire de sa lecture erronée, n’avait été amené à modifier le contexte pour l’harmoniser avec elle, comme c’est le cas pour I Cor., 16, 2. Le copiste avait à transcrire APUDSEPONAT. Au lieu de lire apud se ponat, il a lu apud seponat, ce qui ne donne pas un sens satisfaisant et exige un complément qui a été ajouté, apud se seponat. Ou bien il a d’abord lu apud se, puis reportant les yeux sur le manuscrit, il a lu seponat, sans faire attention qu'il avait déjà écrit se. Quoi qu’il en soit, c’est l’écriture continue qui a occasionné cette variante (").
Les abréviations, très nombreuses dans les manuscrits latins, constituent une nouvelle source de variantes. Sans doute les mots écrits en abrégé, les sigles abbréviateurs, étaient censés très connus des lecteurs. En fait les copistes s’y sont souvent trompés. S'il y a un si grand nombre de variantes sur les mots Deus et Dominus, c’est parce que ces mots sont presque toujours écrits en abrégé, DS, DNS, et qu’il est par conséquent facile de prendre l’un pour l’autre. De même on est exposé à lire HOMIN#, MANU, homine, manu, quand il faut lire hominem, manum (*). On suppose que
(*) Les bons manuscrits, comme l'Amiatinus, le Fuldensis, n’ont pas la variante seponat.
(). Cassiodore attirait déjà l’attention de ses moines sur ce genre de fautes. Tn verbis quae accusativis et ablativis praepositionibus sérviunt, situm môtumque diligenter observa, quoniam librarii grammaticae artis
c'est là l’origine d’une variante importante de l’Apocalypse, 5, 12, divinitatem au lieu de divitiam ou divitius, qu’exige le grec ploûton. Le copiste aurait mal compris l’abbréviation DIVTM ou DITM.
A ces causes d'erreurs, résultant de l’écriture continue et des abbréviations, il faut ajouter la répétition d’une syllabe ou d’un même mot à peu de distance, à la fin ou à peu près au même endroit de deux lignes voisines. Un bon nombre d’0missions n’ont pas d’autre cause. Que le scribe soit un peu fatigué, que son attention se relâche, qu’il soit dérangé dans son travail, que son doigt glisse sur le manuscrit qu’il copie, et au lieu de reprendre son texte à partir du premier mot, il continuera à partir du second et nous aurons une omission plus ou moins importante d’une syllabe, d’un ou de plusieurs mots, et même quelquefois d’une ligne tout entière. Il est au moins vraisemblable que la leçon actuelle du psautier de Vérone, Ps., 138, 23, scruta renes meos, provient de l’omission de la syllabe re, qui a échappé à l’oeil du copiste à cause du voisinage d’une syllable semblable: SCRUTARERENESMEOS (°°). Ce serait, d’après ce que soutiennent quelques-uns, lexplication de l’absence du célèbre verset de la première épître de saint Jean, 5, 7, Quoniam tres sunt qui testimonium dant in coelo: Pater, Verbum et Spiritus Sanctus et hi tres unuin sunt. Supposons la disposition suivante dans un manuscrit:
QUONIAMTRESSUNTQUITESTIMONIUM
DANTINCOELOPATERVERBUMETSPIRITUSSTUSET HITRESUNUMSUNTETTRESSUNTQUITESTIMONIUM DANTINTERRASPIRITUSETAQUAETSANGUISET HITRESUNUMSUNT.
expertes ibi maxime probantur errare. Nam si M litteram inconvenienter addas vel demas, dictio tota confusa est, Cassiod., De inst. div. Htt., 15. P. L., 70, 1128.
(*) Cette leçon est cité par Roensch, Itala und Vulgata, Marbourg. 1875, p. 299, comme un exemple de l’emploi du verbe scrutare pour scrutari, dans le latin vulgaire. Cet emploi est d’ailleurs certain et devait même être assez courant.
EN DIEE
On voit combien il est facile à un copiste de sauter deux lignes et d’omettre tout un verset.
Si la répétition d’un même mot explique les omissions, les notes marginales sont en général responsables des additions. On écrivait fréquemment en marge les leçons différentes recueillies dans d’autres manuscrits, ou bien on ajoutait une petite note explicative, une glose (“*). Dans un cas ou dans l’autre, le copiste a cru qu’il s'agissait d’un mot omis qu’il fallait ajouter. On a alors une leçon redondante, ce que les critiques anglais appellent conflate reading, c’est-à-dire une leçon formée des variantes de deux manuscrits différents. Le psautier de Saint-Germain, qui est maintenant à la Bibliothèque Nationale de Paris, où il porte la cote, fonds latin 11947, contient beaucoup d’additions de ce genre. En voici quelques-unes notées au hasard: Ps., 118, 127, Zdeo quia dilexi me; Ps., 139, 5, Libera me et custodi me Domine, de manu peccatoris: Au Ps., 122, 4, après opprobrium abundantibus, il ajoute maledictum eis qui abundant, ce qui est manifestement un doublet: c’est Ia leçon du psautier de Vérone. Il y a dans le livre de l’Ecclésiastique un certain nombre de ces doublets. Quelquefois c’est tout un verset qui est répété dans une traduction un peu différente, sans que rien avertisse le lecteur. On trouve même un verset traduit ainsi trois fois. :
Eccli., 13, 10-11, Attende ne seductus in stultitiam humilieris Noli esse humilis in sapientia tua (*) ne humiliatus in stultitiam deducaris.
Enfin quand les manuscrits étaient écrits à dictée, ex ore dictantis une prononciation vicieuse ou incorrecte a pu engen-
(*) Il sera question des gloses un peu plus loin. Bien qu’elles aient pu pénétrer accidentellement dans le Pose leur caractère en fait surtout des variantes intentionnelles.
(#) Sapientia suppose une petite confusion de traducteur ot une retouche.