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drer des variantes. C’est ainsi, par exemple, que dans les manuscrits d’origine espagnole, à cause de la ressemblance de prononciation des lettres b et v, il est souvent impossible de déterminer avec certitude, s’il faut lire le futur ou le passé défini des verbes en are, vocabit ou vocavit, par exemple. Quand on trouve bita au lieu de vita, il est très facile de faire la correction. Mais ce n’est plus la même chose quand on a bibere pour vivere, ou vice-versa.
A côté des variantes accidentelles, que nous pouvons attribuer à l’ignorance ou à la négligence des copistes, il y en a d’autres plus difficiles à reconnaître et à juger, ce sont les variantes intentionnelles. Il y a toujours eu des lecteurs avertis de la Sainte Ecriture qui se sont préoccupés d’en améliorer le texte, soit en recourant aux textes originaux, soit en le comparant à d’autres manuscrits plus anciens ou réputés meilleurs. Tous les manuscrits portent des traces de l’activité des correcteurs. On distingue parfois deux ou trois corrections qui se sont étendues à tout un manuscrit. Ici les mots ont été orattés et remplacés par d’autres, là on a retouché une lettre, ailleurs on a ajouté un mot au-dessus de la ligne ou en marge. Ilest bien évident qu’on ne se bornaït pas seulement à corriger les manuscrits déjà existants, mais c'était surtout lorsqu'on écrivait un nouveau manuscrit qu’on s’appliquait à rendre le texte plus pur.
Si ces corrections avaient toujours été faites avec méthode et d’après les règles d’une saine critique, nous n’aurions qu’à nous en applaudir. Mais très souvent elles n’ont pas eu d’autres résultats que d'augmenter le nombre des variantes et par suite la confusion, et de rendre plus difficile la tâche de la critique moderne. Les copistes nous auraient rendu plus de services en copiant servilement un manuscrit fautif ancien qu’en essayant de le corriger.
Une des principales causes des altérations intentionnelles de la Vulgate a été le désir de l’harmoniser avec l’ancien-
ne version latine. Saint Jérôme avait remarqué l’attachement qu'on avait pour l’ancien texte et il s'était appliqué à le conserver dans sa traduction partout où c'était possible sans trop s'éloigner du texte original (**). Les formules anciennes étaient trop chères pour qu’on ne fût pas tenté de les adopter quand la nouvelle version s’écartait trop du texte traditionnel, ou avait un sens moins coulant et qui présentait des difficultés exégétiques. Ce qui est certain, c’est que de très bonne heure, un grand nombre de leçons de l’ancienne version latine étaient passées dans la version de saint Jérôme et rendaient une revision nécessaire.
T1 est possible qu’un certain nombre de variantes proviennent de corrections individuelles, faites sur l’hébreu ou sur les Septante, ou même de retouches arbitraires, faites afin d’harmoniser un passage difficile avec le contexte ou avec un passage parallèle ou familier, ou afin de rendre le sens plus clair, ou peut-être même simplement pour changer une expression tomhée en désuétude. Ces retouches isolées ont pu être insignifiantes, et je ne sais pas si on en trouverait des exemples dans nos éditions imprimées. Mais elles ont contribué pour autant à augmenter le nombre des variantes, et il suffit qu’elles soient possibles pour que le critique soit sur ses gardes afin de ne pas les prendre pour le véritable texte de saint Jérôme.
Les variantes les plus regrettables, dont quelques-unes malheureusement existent dans la Vulgate, dans certains Hvres surtout, comme l’Ecclésiastique, sont les additions faites au texte afin de l’expliquer ou d’en préciser le sens. C’est ce qu’on appelle communément des gloses. On avaït trop de respect pour le texte sacré pour y ajouter de son cru un mot d'explication. Placées d’abord en marge, ces gloses, qui ne sont pas parfois sans valeur,pénétraient ensuite dans le texte.
(“*) Cf: Hieron., Praef. in Job. P. L., 29, 63.
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Elles n’ont évidemment aucun droit, quelle qu’en soit l’antiquité, d'y être maintenues, et quand on les a reconnues, il faut en expurger le texte qu’elles défigurent. Nous citerons comme exemples :
Eccli., 4, 33. Usque ad mortem certa pro justitia Et Deus expugnabit pro te INIMICOS TUOS.
TI Cor., 16, 19. Salutant vos Aquila et Prisca, cum domestica sua ecclesit, APUD QUOS ET HOSPITOR.
et l’addition FRIGIDAE dans l’évangile de saint Marc, 9, 40 : Quisquis enim potum dederit vobis calicem aquae FRIGIDAE, qu’on lit dans la bible de Robert Estienne de 1538 et l’édition sixtine de 1590.
Pour montrer jusqu'où peut aller l’audace des correcteurs, le mot est de saint Jérôme, nous allons examiner le traitement qu’ils ont fait subir à un verset de l’Ecclésiastique, 6,15. Il se lit actuellement comme suit : Amico fideli nulla est comparatio. ET non est digna ponderatio auri et argenti contra bonitatem fidei illius. Disons immédiatement que la leçon ancienne devait être: Amici fidelis nulla est comparatio et non est ponderatio contra bonitatem illius. Le sens est très clair: L’ami fidèle n’a pas de prix et un tel bien est inappréciable, mot à mot, il n’y a pas de poids, c’est-à-dire de priæ, en comparaison du bienfait de cet ami fidèle (7). Seulement il faut savoir que comparatio signifie ici priæ et non comparaison. Le correcteur qui avait compris comparaison a cru naturellement qu’il fallait corriger amici fidelis en amico fideli. Dans le second stique, ponderatio—poids, est un hébraïsme pour signifier priæ. Les Hébreux ne comptaient
(7) C’est le sens du grec, qui du reste est précisé par le texte hébreu découvert en 1896. Crampon ne semble pas l’avoir parfaitement saisi, TI traduit ainsi :
Rien ne vaut un ami fidèle, Aucun poids ne saurait en marquer Île prix.
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pas, ils pesaient l'or et l’argent, et c’est pour cela que le prix dune chose était le poids donné. Le glossateur a précisé le sens en ajoutant auri et argenti, et avee moins de bonheur digna. Enfin il a encore ajouté fidei, afin qu’on ne se méprenne pas sur le sens de bonitatis, en lui attribuant le sens de bonté morale, miséricorde.
L’ami fidèle n’a pas de prix, Et il n’y a pas de fortune qui puisse payer un tel bien.
Cette pensée si simple a disparu sous le fatras de la paraphrase.
Recopié sans cesse, pendant plus de dix siècles, le texte de saint Jérôme a donc été soumis des milliers de fois à l’action dissolvante de ces diverses causes d’altérations. Nous possédons en effet plus de huit mille manuscrits de la Vulgate, dont un petit nombre seulement, environ deux cents peut-être, sont antérieurs au dixième siècle. Il n’y a donc rien d'étonnant qu'il soit arrivé jusqu’à nous plus ou moins modifié et défiguré. Ce qui est étonnant, c’est qu’il soit encore reconnaissable. Et certes si toutes les variantes étaient réunies dans un seul manuscrit, il ne le serait guère, car on peut dire que chaque manuscrit apporte son petit contingent de variantes nouvelles. Mais elles sont dispersées dans les milliers de manuscrits qui nous restent, et à côté d’elles la majorité des manuscrits, ou au moins les meilleurs, nous donnent les bonnes leçons. La plupart de ces altérations ont été corrigées au cours des siècles, comme nous aurons bientôt occasion de le dire, et il y a tout lieu d'espérer qu’un petit nombre seulement restent encore dans l’édition dont nous nous SErvons.
Comment reconnaître et corriger ces altérations? Si on pouvait suivre le conseil charitable donné à Dom Gasquet, à
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son arrivée à New York, il y a quelques mois, par le reporter d’un grand journal américain, ce serait la chose la plus facile du monde. Cet excellent homme s’étonnait qu’on eût recours à des procédés aussi compliqués que ceux qu’esquissait Dom Gasquet, au lieu de recourir tout simplement à l’autographe de saint Jérôme. Hélas! il y a longtemps qu’il n'existe plus. Nos plus anciens manuscrits remontent à une époque où le texte avait déjà perdu sa pureté primitive. Et il n’y a pas d'autre moyen de le reconstituer que d’en rechercher les lambeaux épars au milieu de la multitude des variantes. Tâche immense et ingrate, qu’on a comparée à celle d’un écheveau à démêler, et qui exige, outre des connaissances aussi étendues que variées, un talent naturel d'observation affiné par une longue préparation technique spéciale.
La Commission à qui a été confié cet immense travail devra donc examiner tous les manuscrits et réunir d’abord toutes les variantes. Puis on procèdera au classement et à l'élimination. Toute variante dont on peut indiquer Porigine, n’est évidemment pas le texte primitif et doit être rejetée. Après cette élimination successive, il ne devra plus rester que le texte primitif. Dans la pratique, les choses ne se passent pas toujours aussi simplement. Mais avant d’entrer dans le détail des travaux de la Commission, il serait injuste de ne pas faire connaître ce qu’on a fait dans ce sens avant elle. En passant en revue les principales revisions entreprises au cours des siècles, nous n’en comprendrons que mieux ce qui reste à faire et la tàche imposée à la Commission actuelle.
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Il ne faudrait pas croire qu’on a attendu jusqu’au XXe siècle pour s’apercevoir que le texte de la Vulgate offrait des divergences assez notables soit avec l’hébreu, soit avec le grec, et variait même dans les manuscrits latins,
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et pour essayer de faire disparaître ces différences. Notre édition actuelle est elle-même le résultat d’un effort très sérieux de correction fait par l’ordre de Sixte-Quint et de Clément VIII Ceux qui l’ont préparée ont d’ailleurs été les premiers à reconnaître que la perfection n’a pas été atteinte, et la préface, due à la plume de Bellarmin, nous en avertit loyalement. Avant cette correction officielle, qu’on a malheureusement regardée trop longtemps comme définitive, les tentatives de restauration du texte primitif de saint Jérôme ont été nombreuses, bien que la plupart du temps imparfaites et isolées, et il n’y a presque pas d'époque ou de pays où l’historien n’en trouve quelqu’une à signaler. |
Le problème de la pureté du texte sacré s’est toujours imposé à la piété des fidèles instruits. A côté de ceux qui recherchaient les beaux manuscrits neufs, il y a toujours eu des érudits qui leur ont préféré les manuscrits jaunis par le temps et par l’usage, quand ils espéraient y trouver un texte revisé et plus correct. Sans parler des grandes recensions méthodiques antérieures au IVe siècle, que la critique moderne commence à discerner dans les manuscrits, au moins pour ce qui concerne le Nouveau Testament (),la Vulgate elle-même est née du besoin d’un texte plus pur: elle est une recension encore plus qu’une version. On peut faire bon marché des principes de critique de saint Hilaire de Poitiers ou de saint Augustin, mais le soin qu’ils mettent à enregistrer les variantes des autres manuscrits qu’ils pouvaient avoir entre les mains ou les divergences de leur texte avec le grec n’en témoigne pas moins de leur bonne volonté et de leur empressement à recher-
(*“) Le dernier en date des critiques du Nouveau Testament, Hermann von Soden, croit avoir nettement reconnu et distingué les recensions d'Hézichius et de Lucien. Cf. Die Schriften des Neuen Testaments in threr alteste” erreichbaren Tertgestalt, Gottingen, 1913, qu’on ne lira pas toutefois sans y joindre les remarques si justes du Père Lagrange : Une nouvelle édition du Nouveau Testament, Revue Biblique, octobre 1913, pp. 481-525. ER
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cher la véritable teneur du texte sacré. Et il en a été ainsi à toutes les époques, au moins dans l’Eglise latine. On a pu se plaindre du peu de sens critique des correcteurs, mais on ne leur a jamais reproché de manquer de zèle.
Adoptée par l'Eglise universelle et devenue le texte autorisé, la version de saint Jérôme a été entourée de la même véaération, et on en a surveillé la transmission avec le même soin. Parallèlement aux altérations dont nous avons parlé et qui devaient fatalement se produire, nous devons signaler des corrections incessantes qui en ont en partie contrebalancé l'effet. Toutefois comme nous l’avons laissé entendre, le texte primitif de saint Jérôme a eu peut-être presque autant à perdre qu'à gagner à ces corrections. La transmission du texte de saint Jérôme s’est faite dans des conditions particulières qui en font un cas à part. Les anciens n’avaient pas le respect un peu supeérstitieux que nous professons pour la lettre du texte. Un ouvrage était considéré comme un bien public que chacun pouvait dans une certaine mesure traiter à sa guise. On ne croyait pas faire un crime en corrigeant l’orthographe, en remplaçant un mot hors d'usage ou en rajeunissant une expression vieillie. Y a-t-il si longtemps que les éditeurs traitaient encore ainsi le texte de saint François de Sales ou de Bossuet? On croyait donc faire une oeuvre excellente en corrigeant le texte de saint Jérôme d’après les principes du perammairien Donat, ou à l’aide d’un manuscrit de l’ancienne version latine, ou sur les textes originaux. Il y a là une remarque importante à faire avant d'entreprendre une revue des principales corrections de la Vulgate au cours des siècles. Elles n’ont pas toujours été faites avec l’esprit que nous y apporterions aujourd’hui, c’est-à-dire avec la préoccupation de retrouver avant tout les ipsissima verba de saint Jérôme. Il est bien probable qu’un certain nombre de ces corrections ont été faites aux dépens du texte du saint Docteur, et on peut se demander sil n’est pas déjà irrémédiablement modifié dans les
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plus anciens témoins qui nous le font connaître et s’il est possible maintenant de le reconstituer avec une entière certitude.
L'histoire de la Vulgate et des diverses modifications qu’elle a pu subir au cours des siècles depuis saint Jérôme est loin d’être faite. Ce n’est guère que depuis une trentaine d'années que l’attention des savants s’est portée de ce côté. Cependant on en connaît les principales étapes, et nous allons nous efforcer d’en retracer la suite en ne nous arrêtant qu'aux plus importantes, afin de ne pas lasser la patience du lecteur par les détails d’une érudition superflne.
Nous sommes très peu renseignés sur l’état du texte de saint Jérôme pendant les premiers 150 ans de son histoire. Nous savons seulement qu’il se répandait peu à peu dans l'Eglise occidentale et qu’il supplantait lentement l’ancienne version latine. Il ne nous reste aucun manuscrit de cette époque et ce n’est que par les citations des auteurs contemporains et par l’état du texte postérieur que nous pouvons nous en faire quelque idée. Au surplus, comme la circulation en était relativement restreinte et les manuscrits peu nombreux, il est probable que les altérations ont été alors peu considérables.
Le premier contact solide de la Vulgate avec l’histoire est du milieu du VIe siècle. Vers 546, au milieu des horreurs de la lutte de Bélisaire contre les Goths pour la suprématie de l’Italie, un évêque de Capoue, du nom de Victor, savait garder assez d'amour de la science et de calme pour faire exécuter et pour corriger lui-même un manuscrit de Nouveau Testament. Cette précieuse relique existe encore et fait l’ornement de la bibliothèque de Fulda. Or le texte que Victor a fait copier est celui de la Vulgate, et, autant que nous pouvons en juger, il est excellent. Cependant comme il nous avertit
Tlui-même qu’il avait un manuscrit grec sous les yeux, il est bien permis de croire qu’il n’a pas toujours résisté à la tentation de s’en servir pour ses corrections.
Nous savons aussi que Cassiodore, vers 560 ou 570, possédait un exemplaire de la version de saint Jérôme et qu’il en fit faire une copie très soignée en neuf volumes, qu’il voulut, malgré son grand âge, reviser lui-même. Pendant qu’un de ses amis lui faisait la lecture de l’ancien manuscrit, lui-même suivait sur le nouveau et y faisait les corrections nécessaires. Cassiodore qui nous a donné ces détails a négligé de nous dire en quoi consistaient ses corrections, mais nous savons qu’il recommandait de ne pas corriger arbitrairement les 1diomata de lEcriture et de s’en rapporter à l’autorité de deux ou trois manuscrits anciens et revisés. Cependant il conuseillait dans les cas difficiles de recourir aux Pandectes grecques et même au texte hébreu, si on le pouvait (*). Il a aussi composé un traité De Orthographia pour guider ses moines dans la transcription ou la correction des manuscrits. À en juger par cet ouvrage, les corrections de Cassiodore tendaient surtout à ramener le texte à l’orthographe courante, mais s’il a été fidèle à ses principes en fait de critique, et nous n'avons pas de “aisons d'en douter, il ne faudrait pas écarter entièrement l'hypothèse de corrections plus sérieuses. D'ailleurs aucun manuscrit certainement cassiodorien ne nous est parvenu. Toutefois un savant bénédictin anglais, dom Chapman, a récemment émis l'opinion que le célèbre codex Amiatinus est en
(*) Diximus idiomata legis divinae non esse tangenda... duorum vel irium priscorum emendatorumque codicum auctoritas requiratur... Quod si tamen aliqua verba reperiuntur absurde posita, aut ex his codicibus quos beatus Hieronymus in editione Septuaginta interpretura emendavit, vel quos ipse ex Hebraeo transtulit, intrepide corrigenda sunt: aut, sicut beatus Augustinus ait, recnurratur ad Graecum Pandecten, qui omnem legem divinam dignoscitur continere collectam, vel quibus possibile fuerit, Hebraeam scripturam, vel ejus doctores requirere non detrectent. Cassiod., De inst. div. Litt., 15. P. L., 70, 1128 s.
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relation étroite avec Cassiodore, et le moins qu’on puisse dire de son hypothèse et des ingénieux aperçus sur lesquels il Pétaie, c’est que tout cela est très vraisemblable (°°).
Au siècle suivant, saint Isidore de Séville (*636), un espagnol, et plus tard, saint Bède le Vénérable (735), un anplais, nous attestent que la version de saint Jérôme était devenue d’un usage universel. Mais nous voyons apparaître en même temps deux types de manuscrits qui la contiennent. Ce sont les manuscrits d’origine irlandaise et les manuscrits espagnols.
On sait l’admirable développement que prit la vie monastique en Irlande à la suite de la prédication de saint Patrice. L'île se couvrit de monastères, qui, pendant plus de trois siècles, furent des foyers de vie intellectuelle en même temps que de perfection. Les moines irlandais se répandirent dans toute l’Europe, qui reçut d’eux le culte des lettres sacrées et profanes avec la foi ou l’amour de la vie parfaite. Une des principales occupations de ces pionniers de la vie monastique en Europe, partout où ils fondaient des monastères, était la transcription de la Sainte Ecriture, et nous leur devons un grand nombre de manuscrits, véritables chefe-d’oeuvre de calligraphie, qui témoignent de l’amour et du respect qu’ils avaient pour nos Saints Livres. Or le texte dont ils se servaient était le texte de saint Jérôme. Mais ce texte, qu’ils avaient vraisemblablement reçu de l'Italie, s'était peu à peu modifié et avait admis un certain nombre de leçons de lPancienne version restées comme invinciblement gravées dans la mémoire des moines. C’est cependant le meilleur que nous ayons et, fort heureusement, les manuscrits d’origine irlandaise sont relativement nombreux. Un des plus connus et des plus justement célèbres est l'Amiatinus, copié avant 715, sur
(*) Dom Chapman, Notes on the early history of the Vuigate Gospels, Oxford, 1908.
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un texte italien, à Wearmouth ou Jarrow dans le Northumberland et offert par l’abbé Ceolfrid à l’église de Saint-Pierre. Ce manuscrit est maintenant à Florence.
Un phénomène analogue de transformation se produisait à la même époque en Espagne. Là aussi le texte de saint J'érôme se modifiait par l’apport de leçons de l’ancienne version latine. Mais les textes espagnols ont plus souffert que les textes irlandais et ils se font remarquer par le nombre et l'importance de leurs additions et interpolations. Le Toletanus est un des représentants les plus caractéristiques des manuscrits de ce groupe.
Pendant que les textes irlandais se répandaïent à la suite des moines dans toute l’Europe, les textes espagnols débordaïent aussi les frontières de l'Espagne et venaient se combiner avec eux. C’est surtout au point de rencontre, en France, que s’est fait ce mélange. Les manuscrits francais du VITIe siècle présentent presque tous ce caractère composite quand ce ne sont pas de purs textes irlandais.
La confusion qui résultait nécessairement de la variété de tous ces textes, irlandais, espagnols on mélangés, n’était pas faite pour plaire à un prince aussi religieux et qui avait un aussi vif sentiment de luniré que Charlemagne, et il s’appliqua de bonne heure à y porter remède. Un de ses capitulaires s'occupe des moyens d’obtenir un texte correct et uniforme dans tout l’empire.
Deux hommes se sont efforcés de réaliser les vues de Charlemagne. Ce fut d’abord Théodulphe, évêque d'Orléans. Bien que son travail ait été consciencieux, sans doute parce qu’il était visigoth d’origine, il a donné la préférence aux manuscrits nationaux, et son texte est en somme un texte espagnol. Un des manuscrits de la recension de Théodulphe est à la Bibliothèque Nationale à Paris(lat. 9380). L'œuvre de Théodulphe, toute individuelle, n’a pas eu heureusement une grande influence sur la transmission du texte.