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que notre commerce avec ce pays atteint un chiffre très élevé : en 1909, nous exportions en Suisse pour 344 millions de francs. Les importations de nos voisins chez nous atteignaient seulement 122 millions.
Avec la Belgique, nos relations commerciales sont aussi des plus actives. Sans doute, on peut contester les chiffres que nous allons citer, car il est bien certain que les tables de douanes ne peuvent nous renseigner qu’imparlaitement lorsque nous nous trouvons, comme c’est le cas, en présence d'un pays de transit pour beaucoup des marchandises que nous exportons. Cependant ces chiffres sont intéressants à citer; ils donnent tout au moins une indication qui n’est point sans importance. Nous avons exporté en Belgique, en 1907, pour 860 millions de marchandises: en 1908, pour 798 millions; en 1909, pour 903 millions. Il n’a été perçu ad valorem, à l'entrée de nos produits, que du 1,8 pour 100 en 1905, du 1,53 pour 100 en 1907. La Belgique introduit chez nous en moyenne plus de 400 millions de marchandises; suivant les années et la nature des produits importés, nous percevons du 7, 8, 9 et parfois du 10 pour 100 ad valorem.
L'Angleterre, aux yeux de beaucoup de personnes, passe pour la terre du libre échange absolu. Il y a une part d'erreur assez considérable dans cette croyance, car il existe vraiment un tarif douanier anglais. Il suffit de consulter les Annales du Commerce extérieur pour le constater. Il porte sur 23 articles à l’importation; il à été mis à jour en 1904. Certains de nos produits sont très fortement taxés de droits d’accises par nos voisins d'outre-Manche, principalement les vins et les eaux-de-vie. Mais si nous prenons l’ensemble de nos exportations au Royaume-Uni, nous constatons que le total des sommes perçues ne dépasse pas 20 millions pour 1.200 millions de marchandises expédiées, c'est-à-dire 1,5 pour 100.
En résumé, des six pays suivants : Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie, Belgique, Italie et Suisse, seule l'Italie a un taux moyen de protection plus élevé que le nôtre ; mais la différence ne se chiffre, nous l'avons vu, que par du 1 ou 2 pour 100,
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suivant les années. Tous les autres perçoivent, les uns autant et certains bien moins que nous.
Or, si nous consultons les statistiques de notre commerce extérieur, nous verrons qu’en 1909 nos envois dans ces six pays s’élevaient à 3.571 millions, alors que le chiffre global de : nos exportations s'élevait seulement à 5.007 millions. Par conséquent, les pays dont les barrières douanières sont sensiblement égales, ou sont même inférieures aux nôtres, reçoivent plus des trois-cinquièmés de nos exportations. Voilà une constatation qu'il élaitintéressant de faire et de méditer avant de proposer au Parlement une aggravation de nos tarifs, qui atteindra directement les six puissances dont nous venons de parler et avec lesquelles nous avons le plus grand intérèt à conserver les relations les plus courtoises sinon les plus amicales.
b) De l'argument protectionniste de la balance du commerce. — Ce premier point étant établi, nous arrivons à la question capitale que nous nous sommes précédemment posée : en quoi le récent mouvement protectionniste constaté à l’étranger rendait-il nécessaire une aggravation de notre tarif de 1892?
La revision proposée conslituerait-elle des représailles à l'égard de nos rivaux? C’est une des hypothèses qui peut venir tout d’abord à l'esprit, mais les énergiques protestations de M. J. Morel et de M. Klotz, président dé la Commission des douanes, doivent nous la faire abandonner,
Ageravons-nous notre tarif minimum avec l’arrière-pensée d’engager par la suite des pourparlers pour la conclusion de traités de commerce et d'obtenir des concessions en consentant certains dégrèvements sur notre tarif minimum préalablement élevé ? C'est malheureusement une hypothèse qu’il nous faut encore rejeter. La majorité protectionniste de la Commission des douanes de la Chambre est toujours attachée au dogme de la maitrise de nos tarifs: la conclusion de traités de commerce à tarifs annexés est considérée par elle comme un monstrueux sacrilège.
Alors? Quel mobile a donc bien pu guider la Commission des douanes? Le protectionnisme serait-il une question de mode
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que l’on doit suivre aveuglément? Ou bien encore nos parlementaires ont-ils obéi à cette espèce de suggestion, à ces mouvements irréfléchis que l’on exécute sous l'influence d'un entrainement invincible, et dont on trouve tant d'exemples dans la psychologie des foules?
Non ! La réforme proposée était depuis trop longtemps dans la pensée des membres de la Commission pour n'être point réfléchie. Les promoteurs de la revision votée par le Parlement ont vu dans la politique douanière de nos rivaux une menace pour notre pays et ils n’ont songé dès lors qu'à défendre ses intérêts économiques : «En 1891 comme aujourd'hui, disait M. Klotz à la tribune de la Chambre, la France n’a jamais eu qu'une politique défensive; en aucun cas elle n’a été l’agresseur » (1).
On ne conçoit pas très bien au premier abord en quoi consiste exactement cette défense; c’est toujours sur cette question le même manque de précision. Mais la lecture attentive du rapport général et des débats, la connaissance des arguments protectionnistes permettent de pénétrer la pensée intime des promoteurs de la réforme et de découvrir les raisons voilées, souvent à dessein, qui ont guidé leur conduite. La vérité, c’est que les membres de la Commission des douanes, sentant nos exportations gènées à l'extérieur, constatant que leur chiffre n’augmente pas dans des conditions satisfaisantes, cherchent à gèner à leur tour, à arrêter à nos frontières les importalions étransères, et cela, non dans un sentiment de rancune, de représailles, mais en vue du « rétablissement d’un juste équilibre ».
Sans qu'ils aient voulu à aucun moment en convenir ouvertement, on s’aperçoit bien vite que, dans leur conduite, ils n’ont eu d'autre souci, d'autre préoccupation que le respect d'une théorie qui leur est chère : la théorie de la balance du commerce.
On sait ce qu'il faut entendre par système mercantile ou de la balance du commerce. Un pays est riche, disent les défen-
(1) Journal Officiel du 7 juillet 1909. Déb. parl. Ch. des dép., p. 1834.