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seurs de celle doctrine, lorsqu'il possède un stock monétaire important. Or, si la balance du commerce est telle que les importations l’emportent sur les exportations, le numéraire va sortir. Il faut à tout prix éviter ce danger et, pour cela, gêner les importations étrangères par des droits de douane élevés, tout en recherchant les moyens les plus favorables au développement de nos exportations.
Sans doute, les représentants les plus éminents du parti protectionniste ont essayé de ne point tomber dans l'erreur mercantiliste. Poussés dans leurs retranchements, ils ont tenté de faire la part des choses et de rejeter ce que cette théorie contenait de faux à leurs yeux ; mais à tous moments, soit dans les rapports fournis, soit dans les débats au Parlement, involonlairement ils se trahissent et laissent percer toute l'importance qu’en réalité ils attachent, actuellement encore, à la balance des ventes et des achats.
Ils n’oseraient peut-être point se faire ouvertement les défenseurs de l'erreur commise par M. Méline lorsqu'il disait: « Il est clair que nous serions plus riches si nos exportalions avaient été plus considérables et nos importations moins fortes » (1) ; mais ils disent avec M. Edmond Théry (2): « La balance commerciale n’en reste pas moins l’un des grands postes du bilan national par rapport à l'étranger... Le solde net d’un pays habituellement créditeur de l'étranger, comme la France, sera d'autant plus élevé que le déficit commercial, qui réduit ce solde par simple compensation, sera lui-même plus faible ». La forme est certainement plus scientifique, mais le fonds de la pensée n'en resle pas moins sensiblement le mème.
Cette théorie de la balance du commerce est une de celles qui frappent le plus fortement les esprits peu versés dans les questions économiques ; le succès qui l’accueillit au Parlement montre qu'ils sont nombreux au sein de nos Assemblées législatives. Elle rencontra chaque fois parmi nos représentants les
(1) Ch. des dép., Doc. parl., sess. ord., 1891, p. 2. (2) Théry, Les progrès économiques de la France, p. 70-71.
mêmes marques d'approbation, alors même qu’elle revétait sa parure mercantiliste la plus grossière, comme dans le passage suivant du discours de M. Dansette (1) : « Il est ainsi avéré que le protectionnisme en même temps qu'il est démocratique se trouve être une thèse éminemment française ; il conserve en France l'argent de la France...
» Je vais plus loin. Je dis que la protection douanière, c’est la défense nationale en temps de paix; les tarifs de douane sont au travail national ce que l’armée est au territoire français.
» Ouvrir la frontière aux produits étrangers, c’est consentir un démantèlement industriel et inaugurer une sorte d’hervéisme économique. »
Les orateurs les plus distingués du parti proteclionniste ne s’exprimèrent point d’une façon aussi brutale ; mais, bien que présentée sous une forme prudente, bien que rectiliée et rajeunie par eux, la théorie de la balance du commerce contient une grosse part d'erreur, qu'il est nécessaire d'indiquer avec quelques détails.
Nous n'insisterons pas sur l’extrème difficulté qu'il y à à établir cette balance, mème d’une façon approximative. Il n’y a pas là une raison suffisante pour rejeter la théorie ; il nous en faut donner de plus importantes, de plus décisives.
Un premier point ne peut être contesté : la balance des importations et des exportations de marchandises ne constitue que l’un des éléments de la balance des créances et des dettes internationales.
Il est absolument certain qu'à un moment donné les importations peuvent être supérieures aux exportations et le solde total des créances et des dettes se chiffrer en actif et non en passif.
Un excédent des importations sur les exportations est simplement le signe, pour un pays, que dans la balance générale des comptes il a sur l'étranger des créances d’une nature autre que celles qui résultent d'achats de marchandises.
(1) Journal Officiel du 3 juillet 1909. Déb. parl. Ch. des dép., p. 1774.
C'est là, d’ailleurs, le cas de la plupart des Etats européens ; c'est plus particulièrement le cas de l'Angleterre dont l'exemple fut bien souvent cité.
L'excédent annuel de ses importations sur ses exportations y atteint en moyenne plus de 6 milliards. Or le numéraire possédé par ce pays ne dépasse guère 3 milliards. En l’espace de six mois, il devrait disparaitre. Il n’en est absolument rien, et pour cette nation comme pour la France les entrées de numéraire dépassent ordinairement les sorties.
L'exemple de l'Italie est aussi un des plus intéressants à méditer. Ce pays traverse actuellement une période de prospérité économique et financière incontestable et à mesure qu’augmente cette prospérité le passif de sa balance commerciale s’accroit.
Si l’on examine, en effet, les statistiques publiées pour l’année 1908 par l'Ufficio Trattatic Legislasione Doganale (1), on constate que tous les pays qui font avec l'Ilalie des échanges importants lui expédient beaucoup plus de marchandises qu'ils n’en reçoivent. Deux seulement font exception : la Suisse et la République Argentine.
De 1900 à 1905, période pendant laquelle se manifestèrent en Ilalie «les symptômes réconfortants d'une énergie retrouvée ». la balance commerciale de ce pays se solda par un passif moyen de 400 millions, alors que pendant les six années précédentes, au plus fort de la crise, le passif descendit à 68 millions et ne dépassa 209 millions qu'en 1898.
M. Fontana Russo, dans son remarquable Traité de politique commerciale (2), constate que «le déficit commercial est un phénomène qui se répète dans tous les grands pays d'Europe, excepté pour l’Autriche-Hongrie et pour quelques années seulement. »
Il est donc absolument puéril de se lamenter devant une balance commerciale en déficit. La préoccupation première de
(1) Journal des Economistes, novembre 1909, p. 195. (2) Chapitre IL : La balance commerciale, p. 53 et suiv.
tous ceux qui ont à cœur d'assurer la prospérité d'un pays ne doit pas être de veiller avec un soin jaloux à assurer « un juste équilibre entre les importations et les exportations », mais de chercher à augmenter le plus possible Île chiffre total de son commerce extérieur. Il est vraiment élonnant que des hommes qui étudient depuis de si longues années les questions économiques n'aient point renoncé à cette théorie surannée et ne se pénètrent point de ce principe que dans un pays à situation monétaire normale, il y a tendance générale à ce que les deltes soient payées avec des créances. D'ailleurs, même si à un moment donné la totalité des dettes d'un Etat était supérieure à la totalité de ses créances, le danger ne serait que passager, car la sortie du numéraire n’est pas un phénomène durable dans un pays de situation normale, à cause de l'équilibre qui tend à s'établir sous l'influence de causes diverses et nombreuses dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer.
c) Des spécialisations el prohibilions étrangères. — Les spécialisations et autres habiles manœuvres employées par certains Elals pour entraver nos exportations ne constituent qu’une manifestation particulière du mouvement protectionniste étranger. Elles ne peuvent êlreprésentées commeunargumentnouveau, dislinct du précédent, en faveur des propositions de la Commission des douanes.
Cependant il n’est pas inutile de fournir à leur sujet quelques observalions. On à tout d’abord par trop exagéré le danger que les spécialisalions allemandes pouvaient constituer pour notre commerce d'exportation. On a vu dans ces manœuvres une arme particulièrement dirigée contre nous et, la susceptibilité patriotique l’emportant sur la raison, on a applaudi aux conclusions du rapporteur proposant à son tour des spécialisations et des aggravalions de taxes.
Lorsqu'on examine avec sang-froid la question, on s'aperçoit que la menace est loin d’être aussi redoutable que l’on a bien voulu le dire.
Les articles visés par les spécialisalions allemandes sont au