À) DES DANGERS AUXQUELS ILS DONNENT NAISSANCE
Les promoteurs de la revision douanière du 30 mars 1910 ont dénoncé comme un danger véritable pour notre pays les agissements de colossales associations industrielles nées dans certains Etals étrangers et couramment appelées « trusts » ou «cartels ».
On sait quel est leur caractère commun : ce sont des combinaisons d'entreprises privées, des ententes entre producteurs.
Le cartel a surtout en vue la limitation de la concurrence libre ; le trust, par l'unification qu'il apporte dans la production, permet la réalisation d'économies considérables dans le prix de revient des marchandises.
Dans le cartel, l’individualité des diverses entreprises qui le constituent subsiste, au moins partiellement; le trust, au contraire, les absorbe, les fusionne, les soumet à une direction unique à tous les points de vue.
Les cartels ont pour patrie l'Allemagne; les Etats-Unis sont par excellence le pays des trusts; cependant on trouve dans bien d’autres Etats de semblables associations.
Après avoir montré, très brièvement d'ailleurs, quels pouvaient être les avantages de ces puissantes organisations, l'honorable M. J. Morel nous fait un tableau bien sombre des dangers qu'elles présentent. Dans les pays où elles sont établies, elles annihilent la concurrence, soit en l’absorbant, soit en l’acculant à la ruine. Les moyens de production sont accaparés, les objets destinés à la consommation sont la possession exclusive de l'association: c’est la tyrannie économique permanente et sans frein. Le trust, maitre du marché, peut régler à sa guise les prix, au grand détriment du consommateur ou du producteur qui a besoin pour son industrie des produits du syndicat. Ceux-ci sont vendus plus cher aux nationaux qu’à l'étranger.
En 1899, les constructeurs allemands achetaient 200 marks en gare d'Essen des tôles qui étaient vendues franco aux chantiers
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hollandais 480 marks. Ils avaient avantage à réimporter en Allemagne du matériel allemand de construction acheté en Hollande.
M. J. Morel cite ensuite, d’après un rapport de M. Oppenheimer, consul d'Angleterre à Francfort, le cas d’une manufacture de Dortmund, obligée de transporter une partie de son matériel en Hollande, pour pouvoir profiter dans ce pays des bas cours des produits allemands.
Il donne enfin l'exemple suivant : A Dusseldorf, une manulacture employant des feuilles de zinc comme matière première avait fait pendant de longues années des affaires profitables avec la Hollande. Les prix avantageux consentis à l’étranger par les exportateurs allemands ont permis le développement à Amsterdam d’un certain nombre d'industries qui ont fait en peu de temps une concurrence redoutable au fabricant de Dusseldorf. Celui-ci s’est alors trouvé embarrassé d’un énorme stock de près de 100.000 seaux, pour lesquels il ne pouvait trouver acquéreur.
Après avoir ainsi longuement exposé les inconvénients des trusts et des cartels pour les pays mêmes où ils fleurissent, M. J. Morel examine le danger qu’ils constituent pour les nations étrangères.
Ces associations, maiïtresses du marché intérieur et jouissant parfois de faveurs spéciales de la part de leur Gouvernement, réalisent des bénéfices considérables. La prospérité financière que leur vaut cetle silualion privilégiée leur permet de vendre au delà de leurs frontières, à des prix extrèmement bas, les quantités prodigieuses de marchandises qu’elles exportent. Cette politique commerciale est ordinairement désignée sous le nom de dumping. On comprend la gravité de la situation des producteurs des pays submergés. Ils vont engager contre ces syndicats étrangers une lutte par trop inégale, dans laquelle ils succomberont si l’on ne vient à leur secours.