B) DES CRITIQUES LIBRE-ÉCHANGISTES
A côté de l'enthousiasme sans bornes manifesté par le parti protectionniste en l'honneur du régime de 1892, nous trouvons, dans les discours ou les écrits libre-échangistes, les critiques les plus violentes contre notre système douanier. Il y à dans certaines de ces attaques une exagération aussi grande que dans les pages louangeuses du travail de M. Morel ou dans le discours de M. Plichon. Cependant quelques-unes sont suffisamment sérieuses pour retenir notre attention.
On a reproché d’abord au rapporteur général de n'avoir pas toujours établi ses statistiques avec une rigueur scientifique bien grande.
On a montré qu'il avait comparé, par exemple, pour l'examen de la question de la balance du commerce les années 1891 et 1907. Or, la première, à la veille de la réforme, a élé faussée dans ses résultats et la seconde est une année de prospérité merveilleuse et sans égale. .
Mais prenons malgré tout, dit-on, les chiffres indiqués pour 1891 et 1907. On peut considérer l'exportation comme étant l'un des indices les plus certains de l’activité commerciale et industrielle d’un pays et la meilleure mesure du résultat de sa politique douanière. On s’émerveille de l’augmentation constatée chez nous pour la période envisagée? Mais il faut défalquer de ce total le chiffre des industries nouvelles, pour lesquelles le protectionnisme n’a rien fait. Il faut retrancher aussi les chiffres de notre commerce avec notre empire colonial, commerce qui ne s’est développé que postérieurement à 1892. Dès lors, l’augmentlation est misérable et n’a d'autre cause que les progrès des autres nations et le développement extraordinaire de leurs affaires pendant les mêmes années.
De 1889 à 1908, le chiffre des exportations de la France s’est élevé dans la proportion de 40 pour 100; pour l'Allemagne et la Belgique, la progression est de 100 pour 100; elle est sensiblement la mème, plutôt plus élevée, pour les Pays-Bas, l'Italie
et l'Espagne. Elle n’est que de 44 pour 100 pour l'Angleterre ; mais ce pays, pendant cette période, a été fort éprouvé par la lutte commerciale qu’il a dû soutenir contre l'Allemagne.
En résumé, dit-on, notre commerce extérieur ne s’est que peu développé, et s’il a progressé, ce n’est point grâce à notre régime douanier, mais malgré lui. Certainement, les résultats enregistrés eussent été beaucoup plus brillants si la France avait continué à suivre la politique libérale du second Empire.
A l'appui de cette affirmation, M. Beauregard a donné à la Chambre une statistique intéressante. (Journal Officiel, 16 juin 1909, p. 1469.)
En 1855-1859, à la veille de l'inauguration par notre pays de la politique libérale, l'importation s'élevait à 1.752 millions; l'exportation à 1.894 millions. De 1861 à 1865 : importations 2.447 millions; exportations 2.500 millions. De 1876 à 1880, pendant la période qui précède un régime de demi-protection, - les exportations s'élèvent à 3.375 millions. De 1882 à 1886, la période de demi-protection commence, nous tombons à 3.319 millions. De 1887 à 1891, nous sommes à 3.504 millions. Arrive la période de pleine protection, nous descendons pour 1892-1896 à 3.310 millions.
En 1900, sans doute, le chiffre des exportations s'est relevé, mais il y a eu à cette époque dans le monde entier un grand élan de prospérité commerciale et la France comme les autres pays, dans une moindre mesure cependant, en a subi les heureux effets.