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vives inquiétudes à nos producteurs. Ce pays n’expédie en France que des viandes salées et des conserves; pour 1909 le chiffre de ses exportations n'était que de 1.057.000 francs. De plus, tout récemment, à la suite de troubles graves qui se sont produits, le trust de la viande a répondu aux protestations publiques, que le renchérissement constaté avait pour cause l'augmentation de la population et l’état stationnaire de la production. A l'heure actuelle, en France, la concurrence serait à désirer, le prix de la viande, malgré l'accroissement si important de nos troupeaux, augmentant chaque jour.
Nos viticulteurs mêmes n’ont plus à s’effrayer, comme en 1892, de la concurrence des produits étrangers.
Le change espagnol s’est relevé depuis quelques années. Les producteurs ont, par suite, un intérêt moins grand à exporter chez nous. De plus, l'accroissement de la consommation nationale, une législation nouvelle favorisant l’industrie de la fabrication de l’alcool ont amené une diminution importante de la surproduction espagnole. À ces deux premières causes on peut ajouter la substitution graduelle d’autres cultures à celle de la vigne. Notre commerce d'exportation ne demanderait à nos voisins qu'une faible quantité de ses crus colorés, riches en alcool, pour le coupage de nos vins de cargaison.
Sur le marché national, l’agriculture aujourd’hui florissante peut supporter sans crainte la rivalité étrangère, beaucoup moins redoutable que par le passé. Non seulement elle triomphe chez elle, mais elle lutte avec succès sur les marchés extérieurs.
Nous commençons à devenir exportateurs de blé ; notre production, longtemps déficitaire, est suffisante pour satisfaire aux besoins de notre consommation et nous permet dans les bonnes années d’expédier chez nos voisins une partie de notre récolte.
Grâce aux progrès remarquables réalisés par les éleveurs français, nos exportations ont augmenté dans de très fortes proportions.
Pour l'espèce bovine, elles s’élevaient pour la période 1893-
1894-1895 au chiffre annuel moyen de 9.905.000 franes ; pour cette même période les importations atteignaient 36.107.000 francs. Pour la période 1904-1905-1906, les chiffres étaient les suivants : exportations, 15.015.766 francs ; importations, 6.050.000 francs. Dans ce dernier chiffre, les importations algériennes et tunisiennes en France comptent pour plus de la moitié.
En 1909, nous avons envoyé à l'étranger pour 12.408:815 francs de bétail ; en défalquant la valeur totale des expéditions algériennes et tunisiennes en France, nous n’en avons importé que pour 4.421.000 francs.
Nos exportations de chevaux, juments et poulains pour la période 1893-1894-1895 étaient de 20.315.566 francs (moyenne annuelle) ; nos importations, 27.284.000 francs.
En 1904-1905-1906, nos exportations atteignaient 23.860.633 francs ; les importations tombaient à 10.823.366 francs. En 1909, les chiffres étaient les suivants : exportations, 27.110.900 francs ; importations, 7.691.710 francs.
Nos exportations de rules el de mulets étaient, en 1909, de 8.696.350 francs ; les importations de 1.148.050 francs. Nos exportations de porcs, de 11.242.530 francs; les importations de 1.909. 050 francs.
On peut se rendre compte par les chiffres qui précèdent de la progression formidable du chiffre de nos exportations de bétail, de chevaux, de mules et de mulets. Dans d’autres branches de notre agriculture, des résultats aussi satisfaisants ont été obtenus. Notre production annuelle de 80 millions d’hectolitres de lait permet à nos coopératives la fabrication d’une immense quantité de beurre dont nous vendons une grosse partie au delà de nos frontières : en 1909, le chiffre de nos exportations s'élevait à 66.657.330 francs. Cette même année, nous avons expédié à l'étranger pour 23.680.600 francs de fromages et pour 13.498.904 francs d'œufs. Nous exportons encore des fruits, des légumes, des primeurs et des fleurs, dont la production et le commerce ont leur centre principal dans les départements des Alpes-Maritimes, du Var, des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, des Pyrénées-Orientales.
Nos exportations de fruits de table sont passées, de 1904 à 1909, de 40 millions 3 à 62 millions 2; et nos exportations de légumes frais, salés ou conservés, de 23 millions 7 à 31 millions2. N'oublions pas enfin que nous sommes toujours et principalement de grands exportateurs de vins et que, malgrélesentraves dont elles sont l’objet, nos expéditions atteignent un très haut chilfre : 214.400.000 francs en 1909.
La prospérité actuelle de notre agriculture apparaît certaine et les résultats obtenus sont des plus satisfaisants. Tout laisse espérer que, grâce au mouvement d'organisation qui s’est manifesté dans le monde agricole depuis quelques années, grâce à des travaux collectifs d'amélioration, à une technique de plus en plus parfaite, notre production nationale s’accroitra encore de considérable façon.
Demain, notre agriculture peut trouver dans l'exportation une incomparable prospérité et une source féconde de richesse. Mais ce n'est point en votant les propositions antilibérales de la Commission des douanes que ses représentants pourront lui procurer les débouchés qui lui seront indispensables.
Nos cultivateurs, nos éleveurs et nos viticulteurs auraient dû comprendre que la politique douanière actuelle de la France ne peut que leur causer des mécomptes et des déceptions. L'agriculture ne recueillera aucun avantage de la revision du 30 mars 1910 ; elle en sera peut-être la victime. Suivant l'expression de M. J. Cruppi, « elle n’a pas été invitée au banquet et pourrait être appelée, en définitive, à payer l'addition » (1).
(1) Journal Officiel du 6 juillet 1909. Déb. parl. Ch. des dép., p. 1807.
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