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(2) Rennes I, 245. E. c. I, 606.
(3) Rennes, I. 185-187.
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Au commencement de 1894, le Conseil supérieur de la guerre avait, sur son initiative, décidé un nouveau groupement des troupes de couverture, et ces modifications avaient été mises en vigueur à partir du 1* mars 1894. Mais ce ne devait être que provisoire, à cause du nouveau plan général qui devait contenir un dispositif spécial pour les troupes de couverture. Et la note du Bordereau a dû se référer à ce règlement provisoire qui a été livré à l'impression le 30 août, pour être mis en vigueur du 1° octobre suivant (1).
C’est toujours, vous le voyez, le même système de raisonnement, la même pétition de principe. C’est ainsi, parce que nous voulons que Dreyfus soit coupable et que cette supposition nous permet de l’affirmer. Mais, encore une fois, personne ne sait ce que c’est que cette note du Bordereau.
Je dois déclarer quant à moi, disait le commandant Cuignet lui-même, que j'ignore ce que l’auteur du Bordereauw a pu envoyer comme renselonement à son correspondant (2).
Tout officier peut faire une note sur les troupes de couverture plus ou moins complète, intéressante, exacte, mais enfin une note! Que de documents n’a-t-1l pas à sa disposition à ce sujet? Ce sont les journaux militaires, tels que « le Journal des sviences militaires », qui, dans son numéro de mai 1894 publie une « étude sur le 6° corps et les troupes de couverture », y donne les renseignements les plus circonstanciés sur la couverture de ce corps et propose quelques modifications. Ce sont les conversations quotidiennes du camp de Châlons avec les officiers des régiments frontières. Et Esterhazy est là, qui cause et qui écoute. Ce sont les documents mêmes qu'un major, comme lui, a dans les mains pour son propre régiment, et peut aisément se procurer pour tous ceux de sa division (3). Le général Mercier fait fi de tout cela. T1 veut à tout prix que la note fournie par l’auteur du Bordereau soit rigoureusement exacte, soit conforme aux documents les plus secrets. qu'elle dévoile tout le mystère de la couverture, telle qu’elle est constituée. Il a commandé trois ans une division de eouverture; il peut certifier que seul son chef d'Etat-Major était au courant de certaines choses, et encore! pas du quart des documents secrets! (4).
(1) Rennes I, 126 et suiv.
(2) \Cass.-242 ( (
Rien de mieux ! qui Le contredit ?
Mais qui nous dit que la note du Bordereau fût rien de semblable, que ce ne fût pas un simple exposé de ce qui se dit, de ce qui s'écrit, des indiscrétions plus ou moins fondées qui se colportent ? Est-ce que ce n’est pas aussi vraisemblable, tout aussi raisonnable que ce qu'affirme sans preuve le général Mercier ? |
Comment donc Dreyfus se fût-1l procuré d’ailleurs ces documents absolument secrets, qui lui eussent été nécessaires pour faire la note telle que l’imagine le général Mercier ?
La note, nous dit celui-ci, s’applhiquait au dispositif nouveau qui fut communiqué aux corps d'armée le 17 octobre, et dont l'impression avait commencé le 30 août sous la surveillance de Dreyfus. Or celui-ci, par une inadmissible erreur, et pour se procurer sans doute la facilité de conserver une ou plusieurs épreuves annulées, avait fait faire ce travail au service intérieur, au lieu de le faire faire au service géographique. Voilà la prétention du général Mercier!
Elle est de tous points controuvée et je ne crois pas qu'il soit difficile de l’établir, ni même, comme semble le penser votre Rapporteur, qu'il y ait quelque imprudence à chercher à vous le faire comprendre. Il suffit de lire les pièces et de réfléchir, et ce point ne précise rien de technique.
1° [1 est inexact que Dreyfus ait été chargé de faire imprimer le dispositif visé par Le général Mercier.
Ce qui lui a été confié pour l’impression, c’était uniquement des notes sur la constitution des approvisionnements des troupes de couverture et le commandant Cuignet reconnaît lui-même que celte instruclion sur la conslitution des approvisionnements des troupes de couverture ne contient pas à beaucoup près des renseignements précis el détaillés sur la couverture... Uniquement destinée en effet aux services administratifs, elle se borne à indiquer pour chaque centre d'approvisionnements la quantité de vivres et de munitions qu'il y a lieu d'entretenir. Sa lecture ne permet pas de connaître quelles sont les troupes qui seront alimentées par le centre d'approvisionnements ; elle ne donne pas non plus l'emplacement de ces troupes : elle fait seulement connaître que, dans un rayon indéterminé autour du centre d'approvisionnement, il y aura tant d'hommes à pourvoir (1).
2 L'erreur qu'a commise Dreyfus et dont parle le général Mercier est certaine; mais elle était toute naturelle, et c’est
(1) Cass. 122; Rennes 1,389 ; II,-549 ; III, 492.
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le capitaine Junck qui l’atteste. Tous deux étaient en 1893 au premier bureau, dont les tirages se faisaient au service intérieur. Dreyfus est envoyé au troisième bureau:
Pendant ce passage au troisième bureau, Dreyfus fut chargé de surveiller le tirage des instructions sur la couverture. Croyant — lui-même me raconla l'incident le lendemain matin — croyant que ce tirage devait se faire dans les mêmes conditions que celui que nous avions surveillé l'année précédente au premier bureau, il se rendit À la lithographie du service intérieur ; mais ce tirage aurait dû se faire au service géographique où une presse avait été immobilisée à cet effet. Le directeur du service géographique se plaignit, et le lendemain matin le sous-chef du troisième bureau qui était alors le commandant Picquart demanda des explications. Il dit à Dreyfus : « C'est vous qui avez fait la bêtise, allez vous expliquer avec le général de La Noé, vous recevrez ses reproches (1).
Dans l’enquête nouvelle, le capitaine J'unck est revenu sur cette même idée (2). Assurément une erreur a été commise; mais, affirme-t-il, elle a été toute naturelle, et le colonel Jouaust a eu raison de dire: « Cela n’a pas d'importance (3) ».
3 Mais, insiste le général Mercier, comment expliquer la phrase entre parenthèses: « quelques modifications seront ap- « portées par le nouveau plan »? voilà la marque de fabrique, le secret intime et de famille qui n’était encore connu que de
. , » 2 quelques officiers de l’armée, ceux employés aux à° et 4° bureaux. Or, Dreyfus était au 3° depuis le 1% juillet (4).
Le lieutenant colonel Picquart a refuté cette argumentation dès l’information Ravary:
Pour la note relalive aux troupes de couverture, avait-il dit, je trouve que la manière dont celte note est annoncée au Bordereau dénote quelqu'un qui n'est pas tout à fail au courant de la question, qui ne la connaitrait que par oui dire. Il y est dit en effet : Quelques modifications seront apportées par le nouveau plan. Or des modifications très importantes venaient d'être précisément apportées à la couverture en avance sur le plan. J'en suis d'autant plus certain que c’est moi qui ai été chargé de rédiger ces modifications. Il n'y avait donc pas à prévoir de changement de quelque importance pour le nouveau plan (5).
Aïnsi, le général Mercier suppose que la note est de Dreyfus, qu'il l’a écrite sur les documents du Ministère ? Il est alors impossible qu'il ait écrit la phrase du Bordereau, puisqu'elle est en contradiction formelle avec ces documents mêmes, tandis qu’au contraire cette phrase, je me l'explique tout natu-
(1) Rennes I, 641.
ChErc 1510!
(3) Rennes I, 652.
(4) Rennes I, 128, 185, 285 : Cass. 243: E.