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(3) Rennes I, 506, 514.
(4) Rennes III, 426 ; Cass. 323.
qu'elle ne peut s'appliquer à lui, étant donné le sans-gêne avec lequel l'auteur de la lettre traite ce D... (1).
C’est ce que vous avez dit vous-même par votre arrêt du 3 juin 1899.
C’est cependant sur la production de cette pièce et sur les affirmations du commentaire du Paty que Dreyfus a succom-
bé en 1894.
L'erreur du commentaire, vous dit votre rapporteur, est aujourd'hui reconnue ; mais elle demeure inexpliquée, et n’est pas moins étrange... Un examen même superficiel l'eût révélée : il n’a pas eu lieu... et elle est devenue (le capitaine Freystatter l’atteste et toul le prouve), lun des éléments essentiels de la conviction deS juges, et de la condamnation de Dreyfus.
Pauvre justice humaine!
4° à 9°. Je réserve, Messieurs, pour une discussion ultérieure approfondie les pièces 84 (minute Bayle); 371 (car D... m'a porté); 26 (organisation des chemins de fer); 365 à 570 (le faux Henry); 44 (le télégramme du 2 novembre 1894); 27 à 32 (les cours de l'Ecole de guerre). Les trois premières constituent la base même de la revision que nous vous demandons de prononcer, et nous vous ferons toucher du doigt les moyens que nous en tirons, et qui prouvent l’innocence de Dreyfus.
La fabrication frauduleuse des autres, comme le faux Henry, au l’altération tentée, mais dévoilée des dernières ne sont pas moins certaines et viennent à l'entière décharge du condamné !
10° Je me reprocherais de vous retenir longtemps sur la pièce 14 « Dreyfus bois. » Quel effort n’a-t-on pas tenté pourtant pour faire de ce document où nous trouvons le nom de Dreyfus en toutes lettres cette fois, une arme meurtrière coxtre l'accusé ? C’est un brouillon en langue étrangère de la main de À... et dont la traduction a été donnée en ces termes par M. Cavaignac à Rennes: ;
Dreyfus bois... (un morceau de papier manque sur lequel se trouvait la fin du nom : Boisdeffre)..… Je ne peux pas ici... (un autre morceau de papier manque)... La pièce est arrivée entre les mains de l’attaché militaire ou au grand Elat-Major à Be... Ce que je puis affirmer verbalement, c'est qu'elle est arrivée entre les mains d'un des attachés miliaires, el qu'elle a fail ensuite retour au bureau des renseignements, Berger, Constantinople, Bogoluhoff. Discours. Je porte un toast chaleureux à la réunion des drapeaux franco-russe sur le prochain champ de bataille. Régiment n° 48. Giovaninelli, Saussier, de Nézgrier, Hervé,
(1) Cassation, 245.
19 corps. Recrutement des zouaves, 6° corps bis écarté cette année. Je ne comprends pas pourquoi on est si circonspect à B.. officiers russes (1).
Et voici le commentaire du rapport Gonse-Wattinne, que le général Roget reprendra ensuite à son compte, et agrémentera de ces formules, dont il a le secret, et qui donnent aux choses toute leur valeur (2).
Ce rapport qui, d'après les événements auxquels il fait allusion, doit être de la fin d'août 1895 montre que A... a lu ou entendu une explication de l'affaire Dreyfus. 11 dit: « Je ne puis expliquer comment Boisdeffre peut affirmer que la pièce est parvenue entre les mains de l’attaché militaire, ou du grand Etat-Major à B. Ce que je puis comprendre, c’est que d’après lui elle serait réellement parvenue à l'un des deux, et serait ensuile retournée au bureau des renseignements. » Une chose qui frappe (poursuit M. Wattinne), c'est que pas plus dans ce rapport que dans la lettre de M. de Munster ou dans celle de B.., on ne trouve la moindre réticence sur la culpabilité de Dreyfus. Elle est implicitement et tacitement reconnue. Le silence dans un pareil moment est à lui seul Singuliérement accusateur.
C’est ce que le général Roget va appeler la preuve de la culpabilité par prétérition d'innocence (3) », médaille si bien frappée qu'elle va désormais avoir cours partout dans l’Etat- Major et que vous allez la retrouver désormais aux mains de M. Cavaignac aussi bien que dans celles du commandant Cuignet (4).
Soycns done sérieux et souvenons-nous que nous parlons dans l'enceinte de la Justice! Ne suffit-il pas de lire Le texte même du brouillon, pour voir l’étrange erreur de ces commentaires, qui, avec une superbe assurance, l’altèrent et le transforment, pour lui faire dire le contraire même de ce qu'il atteste !
Qui, de bonne foi, uv voit ce que A... a voulu dire ? TI est aux manœvwvres auxquelles assistent le général russe Bogolnboff, et, avec lui, de nombreux généraux français, Saussier, Giovaninelli, de Négrier, Hervé, Le général de Boisdeffre.
La conversation tombe sur l’affaire Dreyfus, et le général de Boisdeffre de dire: « Je ne peux pas ‘ei (vous dire com- « ment) la pièce (le bordereau) est arrivée aux mains de l'ata taché militaire A... ou du grand Etat-Major à B...) Ce que je « puis affirmer verbalement (ou sous serment ou enfin), c'est
(1) Rennes I, 201.
(2)'Cass. 43:
(3) Cass. 47.
(4) Cass. 249.
« qu’elle est arrivée entre les mains d’un cles attachés mili- « taires et qu’elle a fait ensuite retour au bitreau des rensei- «a gnements. » Suit l’'énumération des incidents du dîner, notamment le toast du général Bogoluboff.
Mais, on le voit, c’est le général de Boisdefire qui parle, et dont les paroles sont notées pour le prochain rapport, et non pas À..…., par une interversion qui rend tout incohérent, tout inintelligible, qui fait que A... parlerait de lui dans la même phrase, tantôt à la première, tantôt à la troisième personne. C’est évident, simple, naturel, conforme au texte même. Mais alors tout disparaît. L’accusation n’y trouve plus de base ! Et cela ne peut plaire au général Roget; voulant voir une preuve dans les pièces mêmes qui ne disent ren, il invente la « preuve de la culpabilité par prétérition d'innocence. » Escobar a trouvé son maître!
11° C’est une preuve de même acabit que le commandant Cuignet et M. Cavaignac ont trouvée dans la pièce 45.
Le colonel de L. faisait partie du même Etat-Major que A... Le 18 novembre 1894 et non le 5, comme le porte la traduction de la main du général Gonse, qui ne peut toucher une date sans l’altérer, à un moment où la presse du monde entier retentissait du bruit des poursuites ‘ntentées contre Dreyfus, ce colonel De L. écrivait à A... pour se plaindre de la mauvaise volonté que, suivant lui, l’'Etat-Major français mettait à [ui fournir les renseignements que, chef de la section historique de son pays, il lui demandait. Faisant tout spécialement allusion à une réponse du colonel Collard, chef du deuxième bureau, à l’une de ses questions, il disait:
En ce qui concerne la réponse du coionel Collard, c'est un modèle. Mais je ne m'en élonne pas autrement; car c’est une manifestalion du vieux levain de haine qui existe toujours et qui ne fait que croître avec les années, ou bien Dreyfus joue-t-il un rôle dans cette affaire ?
C’est là ce que le commandant Cuignet, rééditant le mot du général Roget, appelle « un aveu de culpabilité par prétérition d’innocence (1) ».
Et M. Cavaignac d'ajouter:
Je déclare que, quant à moi, ce n’est pas le langage quil me paraît qu'on tiendrait d'un homme qu'on ne connaîtrait pas. IL me paraît singu-
lier, tout à fait singulier qu'au lendemain de la publication donnée à cette arrestation il se trouve tout à coup que dans les ambassades, dans les
(1) Cass. 249.
minisières étrangers, à Berlin, à Rome, à Paris, chez les attachés mililaires, on parle de accusé comme d’une vieille connaissance (1).
Ainsi le commandant Cuignet, M. Cavaignac ne comprennent même pas, tant la passion les aveugle, l'ironie du colonel de L. Qu’est devenu, Messieurs, l'esprit français, qui ne sent même plus le persiflage où, jadis, il était pourtant maître, et que penseraient Voltaire ou Rivarol, Beaumarchais ou Paul-Louis Courier de ces compatriotes dégénérés ?
Je me refuse absolument, Messieurs, à continuer la discussion de toutes ces inepties ; je me refuse à discuter « FÆanotaux retors », & Le petit poisson » et tutti quanti.
M° Mornard leur à fait l'honneur de les épiucher un à un dans son mémoire (2). Je m'associe à tout ce qu'il en dit si justement; mais nous n’en finirions jamais, si nous consentions à prendre au sérieux tout cet amonceilement de fantaisies, égrenées par des imaginations en proie au délire des persécutions, quand elles ne prennent pas pour base de véritables crimes, comme tous ces faux, dont le dossier est bourré.
Le dossier secret ne nous fournit pas une preuve, si mince soit-elle, de la culpabilité de Dreyfus. Pas une des pièces qu'il contient ne peut justifier la condamnation. Mais 1l reste une des pires hontes de toute cette affaire. C’est un amas d’ignominies et de crimes, et l’on comprend trop le sentiment que la révélation de toutes ces turpitudes a arraché à l’un des officiers les plus droits, ies plus loyaux que je connaisse, au géral Chamoin, quand, devant votre Chambre criminelle, le 29 mars 1904, 1l s’est écrié:
J'éprouve en ce moment le besoin de vous dre, puisque je parle du dossier, combien j'ai été attristé, peiné et même écœuré auand, après avoir pris connaissance du rapport de M. le Procureur Général, ‘ai vu que j'avais, moi, par ordre c'esl vrai, mais, somme loule, moi, apporté un dossier qui contenait des faux, des faux si faciles à reconnaitre, et que j'avais peut-être, dans une certaine mesure, été l'artisan d'une impression qui avait pu amener, si légère soit-elle, une conviction dans l'esprit des juges, qui élaient appelés à connaître, el à donner leur avis, leur oui ou leur non dans l'affaire Dreyfus. J'avoue que, depuis que j'ai lu ce rapport, je suis profondément atlristé, je suis profondément écœuré. Je Lenais à le dire à la Chambre Criminelle ; car enfin après une carrière heureuse, pleine de satisfaclions, quand je rencontre sur ma route un devoir aussi pénible que celui-là à accomplir, que j'ai accompli dans des condilions dans lesquelles ma conscience ne me reproche
(1) Rennes I, 196, 197.
(2) Mémoire.
rien,… avoir été peut-être dupe; mais complice jamais !.… Je vous demande pardon de mon émotion (1).
Qui donc, Messieurs, eût pu croire à cette complicité de tant de loyauté ? mais qui done aussi peut ressentir un autre sentiment que le général au spectacle de tant de vilenies et de tant de crimes accumulés pour perdre un innocent ?
Jusqu'ici, que nous ayions examiné le Bordereau au point de vue graphique ou au point de vue technique, que nous ayions fouillé le dossier secret, nous n'avons absolument rien relevé contre Dreyfus. Tout au contraire, nous avons constaté l’inanité des charges invoquées contre lui. C’est là pourtant que nous eussions dû surtout trouver la preuve recherchée.
Allons-nous la découvrir dans les autres charges relevées à Rennes contre Dreyfus ?
Je vous ai déjà dit quelle ampleur inadmissible l’on avait donnée aux débats à cet égard!
Au mépris de la loi, l’accusation a relevé toute une série de faits qui n'étaient compris ni dans l’ordre de mise en jugement, n1 dans le rapport, qui ne pouvaient juridiquement faire l’objet d'aucun examen, et qui pourtant (tout permet de le craindre en raison de l’importance extrême qu’on leur a donnée, et du silence du jugement qui n’est pas motivé, sans que nous ayions aucun moyen d'en pénétrer le mystère) sont devenus les éléments mêmes de la condamnation.
Passons-les donc rapidement en revue, et voyons ce qu’on en peut tirer contre Dreyfus.
1°et 2°. — Je n’ai plus rien à dire de l’attitude de Dreyfus lors de la dictée que lui a fait faire M. du Paty le 15 octobre 1894, ni des prétendus aveux du 5 janvier 1895. Vous êtes fixés sur l’inanité absolue de ces arguments.
3° Vous parlerai-je davantage de l’indiscrétion qu’on lui a reprochée lors d’une conférence faite au printemps de 1893 par le général Vanson sur la concentration d’une armée de réserve conformément aux données du plan alors en vigueur.
Le général Vanson avait fait observer à ses auditeurs combien les indications fournies par les documents produits par
lui étaient confidentielles. I] avait ajouté que, la leçon terminée, ils devaient oublier le secret du déplacement stratégique. Il avait été surpris de voir cependant Dreyfus prendre des notes et lui avait vivement rappelé ses recommandations précédentes. « C’est tellement intéressant, mon général », avait répondu Dreyfus, qui en même temps avait déchiré et jeté ses notes.
Que tirer d'un pareil fait ?
Le fait que cet officier commettait cetle grave indiscrétion en public et même sous mes yeux, a dit le général Vanson, me parut exclure toute intention coupable (1).
Ce fut aussi l'impression du général Gonse, lorsque le général Vanson, questionné par lui, lui raconta l’incident (2).
Et le général Mercier lui-même déclare « qu’il n’attache pas plus d'importance qu'il ne convient à ce récit, qui indiquait non un acte de trahison, mais un acte d’indiscrétion allant jusqu’à la désobéissance (3) ».
Pourquoi done parler de cette vétille sans valeur ?
Le but est aisé à discerner; on veut créer peu à peu autour de l'accusé une atmosphère de suspicion qui l'étouffe, permette d’insinuer, comme le fait le rapport Gonse-Wattinne, comme le dira le commandant Cuignet « que partout où Dreyfus a passé, on a constaté des fuites » (4), et faire de l'accusé, suivant l'expression de Guénée, « une tête de Turc » (5).
4 Nulle part ce plan ne s’est plus nettement révélé qu’à l'occasion des faits dé Bourges relatifs à l’obus Robin, et à l'obus à la mélinite (6).
En 1889-1890, on poursuivait à l'arsenal de Bourges des expériences qui ont conduit à l’adoption en 1895 de l’obus à balles dit obus Robin, du nom du contremaître qui en a trouvé le procédé de fabrication.
En février 1891, une puissance étrangère avait, dit-on, adopté ce projectile.
Et ce qu'il y a de singulier, ajoutait le général Roget, c’est que la construction de l’obus était due, non pas à des calculs de savants, pouvant
se rencontrer en des pays différents, mais à un tour de main du contremaitre Robin (7).
(1) Rennes I, 112.
(2) Rennes I, 112.
(3) Rennes I, 114.
(4) Cass. 254.
(5) Cass. 506.
(6) Rapp G. W., p. 22 ; Rennes I, 134, 188.
(7) Cass. 44.
D'autre part, le général Deloye, dans une note rédigée en février 1899, dont il a reproduit les affirmations à Rennes et lors de la dernière enquête, attestait l'identité des deux pro- Jectiles.
Ox, Dreyfus était à l'Ecole de pyrotechnie de Bourges du 12 septembre 1889 au 1* novembre 1890.
Il avait pu connaître l’obus Robin, sinon à l'Ecole, au moins par conversations de café ou de pension. Par suite, il avait pu en livrer le secret à l’étranger.
Et ce qui vient à l’appui de cette idée, ajoutait-on, c’est que pendant l'hiver 1890-1891, alors qu'il était à l'Ecole de guerre, il avait écrit au capitaine Rémusat, qui ne lui a pas répondu, pour lui demander, au nom de ses professeurs d'artillerie, qui ne l'en avaient pas chargé, des renseignements sur l’état des expériences relatives à l’obus Robin.
On doit rapprocher de ce fait cet autre que, pendant que Dreyfus était à Bourges, fut livrée à l’étranger une copie de l'instruction confidentielle sur le chargement des obus à la mélinite, dont les fragments calcinés, saisis chez l’un des prédécesseurs de À..., ont été transmis à la Section de statistique, et où l’on peut reconnaître l’écriture de Dreyfus (1).
Voilà l’accusation !
Retenons tout d’abord qu’elle n’a pas été relevée ‘contre Dreyfus en 1894. La pensée de lui imputer cette fuite n’est née qu'en 1897, alors que le capitaine Rémusat eut appris la constatation de la prétendue similitude de l’obus Robin et du Schrapnell C/91 et C/96.
Ne nous arrêtons pas plus qu'il ne convient à l’observation de Dreyfus, rappelant sa vie à Bourges, le labeur assidu auquel il était astreint non seulement par le cours aont il était chargé, mais encore par la préparation de son examen pour l'Ecole de guerre, son mariage le 20 avril 1890, tout cet ensemble de circonstances qui l’absorbaiïent et ne lui permettaient ni d'aller au café, ni de s'occuper d’affaires étrangères à son service.
Mais remarquons que l'Ecole de pyrotechnie, où était Dreyfus, et l’arsenal, où l’on fabriquait l’obus Robin, étaient distinets l’un de l’autre; que personne n’a signalé pendant tout le séjour de Dreyfus à Bourges une démarche suspecte, une conversation douteuse, une question indiscrète,
(1) Cass. 781. Rennes III, 67. E. c. I, 460.
Pas un témoin n'en dépose.
Bien mieux, M. Robin a lui-même déclaré:
Le capitaine Dreyfus ne m'a jamais rien demandé de ces affaires, rien, rien, rien, encore r'en, Le seul renseignement qu'il m'ait demandé une fois, cest quel moyen on pourrait employer pour faire tourner un peu plus vite des broches de filature. Voilà tout (1).
Singulière attitude, on l’avouera, d’un traître qui veutse renseigner. Il ne demande rien à qui peut lui donner ce qu'il cherche !
Autre lacune non moins signihcative !
L’acceusation invoque la lettre que Dreyfus a écrite au capitaine Rémusat.
Où donc est cette lettre, quels en sont les termes ?
IT est nécessaire de les connaître exactement. wreyfus demandait-il les renseignements au nom de ses professeurs ? C’est invraisemblable, puisqu'ils ne l'en avaient pas chargé;
Ou pour ses professeurs ? Ce qui s’expliquerait de soi, Dreyfus venant de l'Ecole de pyrotechnie, aimant à étaler ses connaissances spéciales, et pouvant avoir eu tout naturellement le désir de fournir à ses professeurs des renseignements inédits sur une nouveauté. Tout dépend des termes employés. Comment se fait-il que la lettre ne soit pas produite ? qu’on s’en serve, alors qu'elle a disparu ?
Mais on insiste. Dreyfus a demandé ces renseignements dans l'hiver 1890-91, et l’obus a été livré à l'étranger qui s’est mis à le fabriquer en 1891.
La coïncidence pourrait paraître singulière si les faits ne se chargeaient de répondre et de dissiper l’équivoque.
Le général Deloye veut, affirme que l’obus Kobin et le schrapneil C/91 ne sont qu’un seul et même projectile « le « dernier présentant avec le premier la plus grande analo- « gie, une analogie telle qu’on ne connaît pas de projectiles « d’autres puissances étrangères qui soient fondés sur Le même « principe » (2).
Le commandant Hartmann contestait énergiquement à Rennes cette affirmation.
Je suis en mesure, avait-il dit, de démontrer que non seulement les deux projecliles n'ont aucune analogie sérieuse, mais encore qu'ils diffè-
(1) Rennes III, 234.
(2) Cass. 773, 781 ; Rennes III, 67.
rent profondément comme printiipe, comme fonctionnement, comme mode de construction (1).
Et en audience à huis clos, il avait fait cette démonstration.
Au cours de la dernière enquête la discussion s’est ravivée.
Le général Deloye à ’persisté à affirmer que le schrapnell O/9L était en quelque sorte la traduction de l’cbus Robin (2).
Le commandant Targ'e a opposé à cette affirmation les documents de la direction d'artillerie elle-même, qui non seulement n'avait point signalé cette similitude prétendue en 1893-1896, mais qui, même après la déclaration du capitaine Rémusat, avait dans une note du 23 mai 1898 (qu'on s'est gardé de communiquer à Rennes, où elle eût infirmé la déposition du général Deloye,) relevé les différences profondes qui séparaient les deux obus (3).
Le commandant Targe ne s’en est pas tenu là. Il a montré, pièces en mains, que le bulletin des questions à l’étude (n° 8, 11, 12, 15, 15) qui contenait les renseignements les plus circonstanciés sur l’obus Robin, plus encore les dessins schématiques de ce projectile, avaient été livrés à l'étranger par Boutonnet, qui l'avait avoué et avait été condamné le 23 août 1890; que de même parmi les documents livrés par Greiner, figurait un rappôït de la Commission de Calais, contenant, outre les détails de la construction de l’obus Robin, le plan à grande échelle du projectile (4).
Comment done attribuer à Dreyfus un fait, une drvulga-
tion dont on connaissait, dont on avait fait condam'aer le &
auteurs ?
C'était irréfutable, Le général Deloye s’obstine (5).
Soit ! Que la commission des généraux se pro once ! Vous avez dans les mains son rapport.
Point à point elle discute et réfute toutes À eg allégations , / SE ; J du général Deloye. Sans doute l’obus Robin et Je schrap : à . $ Zi apnell C/9SI ont un principe commun consistant ! à maintenir les balles par de la poudre comprimée ; mais il était impossible ) Rennes III, 315.