‹ La revision du procès de RennesChapitre 110 sur 117 · GI · texte numérisé non relu

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Et c’est pourtant d’un bout à l’autre la même chose, Dès qu'un fait précis est articulé, et dès qu'une véritication est possible, elle tourne à la confusion complète des accusateurs.

Ainsi le capitaine Besse à révélé un fait où l’on a voulu voir une grave indiscrétion de Dreyfus.

« Un jour de septembre 1894, Dreyfus était venu dans son « bureau lui demander communication de ia liste des quais « militaires des différentes lignes des réseaux français (1).» Et le sergent Lévêque a confirmé l'indication (2;.

On interroge Dreyfus. Le fait est exact... ; mais s’il est allé trouver le capitaine Besse, c’est qu'il a été envoyé par son chef le commandant Mercier-Milon, son chef de section au 9° bureau, pour mettre à jour la carte dont il s’agit (3). On vérifie. C’est vrai.

Eh bien plus! loin qu'il y eût là indiscrétion blâmable, Dreyfus à fait au contraire tout son possible pour éviter ce travail qu'il jugeait inutile; et voici ce que dit le commandant Mercier-Milon :

Dans la première quinzaine de seplembre dernier, j'ai envoyé Dreyfus, alors sous mes ordres au 4 bureau, pour y mettre à jour un document secret établi en 1889. Je me souviens également que le capitaine Dreyfus, en recevant ce document, m'a dit, après y avoir jelé un coup d'œil, que cette mise à jour ne lui paraissait pas nécessaire. Ceite observalion n'avait rien de surprenant, le capitaine Dreyfus ayant pu, pendant qu'il faisait son stage au 4 bureau, prendre probablement connaissance du document. J'insistai néanmoins, voulant être sûr que le document en question était réellement à jour. Quand il fut revenu du 4 bureau, me rapportant le document, il m'a fait voir les corrections qu'il y avait apportées. IL avait écrit de sa main la mention : « Mis à jour au mois de septembre 1894. » (4)

Dreyfus avait donc dit la vérité, nettement, dès la première heure et de tout cela il ne reste que son explication qui le justifie complètement.

Il en est de même de cette autre allégation du commandant Dervieu, le signalant comme étant venu du 16 août au 22 septembre 1894 au bureau des renseignements où 1l s’est trouvé seul de 11 heures et demie à 2 heures tous Les jours (à).

C’est vrai! Mais là, encore rien d’anormal. Dreyfus explique que sa famille était alors à Houlgate; que sa maison

(1) Rennes IT, 71.

(2) Rennes II, 296.

(3) Rennes. II, 72, 73, 296, 297 ; Proc. Paris cote 73.

(4) Cass. 577 ; Rennes II, 73.

6) Rennes II, 95 ; Proc. Paris, cote 97 ; Rennes I, 115

étant fermée, il avait demandé au colonel Boucher et obtenu de lui de venir au bureau et d'y rester seul (1). Et c'était tout naturel; car le capitaine Junck nous apprend que « il était de règle absolue, qu'un officier restât toujours de service dans chaque bureau pendant que les autres allaient déjeuner de midi à 2 heures; il arrivait à 11 heures et demie et restait jusqu'au moment où la signature revenait du bureau du chef d’Etat-Major. Les stagiaires contribuaient à ce service » (2).

L’inquisition tenait pour maxime que plus le crime est atroce, moins 1l faut de preuves pour le condamner. N’est-il pas cependant dérisoire qu’on en vienne à reprocher à l’accusé jusqu'aux sentiments les plus légitimes et qu’on cherche à en faire contre lui la preuve du crime qu’on lui impute ?

Croyez-vous qu'on est allé jusqu’à faire à Dreytus un grief du désir qu’il aurait éprouvé, son stage terminé, de rester au 2 bureau de l’'Etat-Major de l'armée (3) ?

Quoi de plus naturel pourtant qu’un tel désir de la part d’un officier intelligent, instruit, actif, qui a la conviction d’avoir réussi dans son stage, qui a des notes parfaites, comme celleci du général Lebelin de Dionne, lors de l’instruction générale

de 1891 :

Officier capable, servant avec zèle et correction. Les notes de cet officier ne parlent pas de son jugement qui paraît très sûr et très sain. Ce n'est pas une qualité si commune.

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