‹ La revision du procès de RennesChapitre 13 sur 117 · AT ESS · texte numérisé non relu

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son innocence, le général Mercier eut l'espoir que, condamné, il se déciderait à avouer.On ne connaissait pas la teneur des documents énoncés au Bordereau. Ces documents élaientals impor tants ? D'après l'accusation telle qu'elle était alors formulée, 113 ne l’élarent guère et l'on s'explique que dans son entretien avee M. Casinuir-Perier le général Mercier ait dit que les documents communiqués à une puissance étrangère élaient, à ses yeux, au point de vue de la défense, sans grande importance.

Il y avait cependant un intérêt considérable à posséder sur ce point des indicalions précises el à connaître l'étendue de la trahison.

La condamnalion du capitaine Dreyfus ayant été prononcée, a dit le général Mercier devant le Conseil de guerre de : Rennes. Le Conseil de revision ayant statué sur l'arrêt du Conseil de guerre, je considérais comme indispensable d'obtenir du capitaine Dreyfus l'indication de ce quil avait dû livrer à... non seulement par le Bordereau qui, lui déjà, donnait quelques indications précises, mais qui indiquait aussi bien nettement que ce n'était pas un acle isolé, qu'il y avail eu d'autres livraisons de pièces et d'autres trahisons commises. Je lenais, surtout au moment où nous élions en pleine élaboration du plan de mobilisation, à me renseigner aulant que possible sur ce qui avait été livré par le capitaine Dreyfus. Je lui envoyai donc le commandant du Palty de Clam, le 31 décembre, avec mission de lui dire que, sa condamnation étant prononcée et définitive, je ne pouvais rien à ce point de vue, mais que le Gouvernement pouvait encore quelque chose pour le choix du lieu de déportalion, pour la facilité quil pourrait avoir de l'habiter avec sa famille ou avec cerlaines personnes de sa famille, le Gouvernement pourrail montrer de l'indulgence si, de son côté, il voulaul entrer dans la voie du repentir, et s'il disait notamment au Ministère de la Guerre de quels documents À avail été mis en possession par son fail.

L'entretien dura une heure, sans témoins. Le commandant du Paty de Clam en dressa aussitôt officiellement un compte rendu détaillé, qui fut remis au Ministère et transmis par lui au Service des renseignements. Ce comple rendu d'un si grand intérêt est au nombre des documents que le Service de renseienements a fait disparaitre et il ne saurait être remplacé par une note rédigée de mémoire le 24 septembre 1897 par le commandant du Paty de Clam, dans un but dont il avait perdu le souvenir en 1899, note qui ne relate qu'un imcident de ce long entretien, I a donc fallu, pour reconstituer le sens de cette conversation, recourir à des pièces contemporaines et au dossier des aveux constitué trois ans plus tard par le Service des renseicnements, au moment où se dessinait la première demande de reVISION.

Ces pièces sont de deux sortes : les unes sont d’une incontes-

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table authenticité : leur date est certaine :; les autres portent une date douteuse ou ont été créées pour faire obstacle à la revision : elles n’échappent pas par suite à la controverse. Parmi les premières se place d’abord une lettre adressée par Dreyfus au Ministre et reçue par ce dernier le 1% janvier 1895.

En voici les termes

Monsieur le Minisire,

J'ai reçu par votre ordre la visite de M. le commandant du Paty de: Clam auquel j'ai déclaré que j'étais innocent et que je n'avais même jamais commis aucune imprudence. Je suis condamné : je n'ai pas de gräce à demander ; mais, au nom de mon honneur qui, je l'espère, me sera rendu un jour, j'ai le devoir de vous prier de vouloir bien faire poursuivre les recherches. Moi parli, qu'on cherche toujours : c’est la seule gràce que je sollicite.

Alfred DrEyFus.

La veille Dreyfus avait écrit à son défenseur, M° Demange, qui, convaincu de son innocence, lui avait fait espérer qu’elle serait reconnue dans deux ou trois ans, une lettre où nous relevons le passage suivant :

Le commandant du Paty de Clam est venu aujourd'hui, 31 décembre 1894, à 5 h. 1/2 du soir, après le rejet du pourvoi (en revision) me demander de : la part du Ministre si je n'avais pas été peut-être la viclime de mon imprudence, si je n'avais pas voulu simplement amorcer.….. puis, que je me suis trouvé dans un engrenage fatal. Je lui ai répondu que je n'avais jamais eu de relations avec aucun agent ni attaché d'une puissance étrangère, que je ne m'étais livré à aucun amorçage, que j'élais innocent... « Si vous êtes innocent, répliqua M. du Paty, vous subissez le martyre le plus épouvantable de tous les siècles! » — « Je suis ce martyr, lui ai-je répondu, el j'espère que l'avenir le prouvera. »

Le sens de ces deux lettres, dont l'authenticité n’est pas contestée, n'est pas douteux. Elles attestent que les questions posées par le commandant du Paty de Clam à Dreyfus ont porté sur des imprudences, sur des livraisons de documents à titre d'amorçcage. Ces imprudences sont niées, comme la trahison eile-niême. Le général Mercier à cependant soutenu devant Île Conseil de guerre de Rennes, qu'il ne pouvait pas avoir été question d’amorcage dans l'entretien du commandant du Paty de Clam et de Dreyfus.

Il a produit à l'appui de cette thèse la lettre suivante que lui avait envoyée Le 31 décembre le commandant du Paty de Clam :

Ts parere

Paris, le 31 décembre 1894.

Monsieur le Ministre,

J'ai l'honneur de vous rendre comple que je suis resté près d'une heure en Lêle à tête avec Dreyfus. Il n'a rien voulu avouer, me déclarant qu'avant tout il ne voulait pas plaider les circonstances atlénuantes, Il désire partir le plus tôt possible, se faire oublier, vivre tranquille avec sa femme et ses enfants à la presqu'ile Ducos. Il espère que d'ici à cinq ou six ans les choses s’arrangeront, et qu'on découvrira le mot de l'énigme qu'il ne peut expliquer. Il se dit l'objet d'une fatalité : quelqu'un lui a pris son nom, son écriture, ses papiers, el s’est fail passer pour lui auprès des agents étrangers.

En dehors de cela, il a causé tranquillement avec moi, me disant quil savait bien quelle était ma conviction, et qu'il ne cherchait pas à l’'ébranler. Il a pris son parti de lout, y compris la dégradation, qu'il considère pourtant comme un très dur moment à passer.

Je regrelte de n'avoir pas mieux réussi dans ma mission.

J'ai l'honneur d'être.

Du Pary DE CLAM.

En définitive, a dit le général Mercier

« rien dans ces leltres (celle de Dreyfus et celle du commandant du Paty de Clam) n'indique qu'il ait élé question de la part du Ministre de croire à l'innocence du capitaine Dreyfus, qu'il ait été question de la part du Ministre de croire à de l'amorçage pratiqué par le capitaine Dreyfus ».

EL cerlainement, s'il en avait été queslion entre Dreyfus et le commandant du Paly de Clam, c'élait une chose lrop importante pour que, dans la leltre qu'il a écrite, il n’y eût pas fait allusion. Du resle, que signifierait l'amorçage fait par un officier français à l'étranger ? Comment! un officier français va remeltre des noles à un officier étranger qui lui en remellrait aussi? C’est inadmissible. L’amorçage se pralique par des gens qui reçoivent de l'argent pour cela et font ce métier à l'étranger.

Comment expliquer cependant que, dans sa lettre, Dreyfus ait protesté qu’ «il n'avait même Jamais commis aucune imprudence », si le commandant du Paty de Clam ne l’a pas interrogé sur ce point ?

Voici l'explication donnée à Rennes par le général Mercier :

Le fait de parler des imprudences qui auraient pu être commises ne vient pas de l’entrevue que Dreyfus a eue avec le commandant du Paty de Clam. Dès le premier jour de son arrestalion, on a mis ce point en lumière devant lui. Voici l'interrogatoire de M. Cochefert du 15 octobre 1894.

Le général Mercier donne lecture de linterrogatoire de M. Cochefert :

M. Cocnerert. — N'avez-vous jamais confié à quelque personne élrancère à l’armée, à une femme notamment, des notes, des documents de la nature de ceux dont nous vous parlons, et dont il aurait pu êlre fait un mauvais usage contre la Patrie ?

LE CAPITAINE DREYFUS. — Jamais, je l'affirme à nouveau, je n'ai commis la plus légère faute, ni même un acte de légèreté dans le sens que vous indiquez.

Ainsi Drevfus, écrivant au Ministre pour confirmer le sens de son entretien avec le commandant du Paty de Clam, n'aurait pas fait allusion aux questions agitées dans cet entretien, mais aurait tenu à répondre à une question qui lui aurait été posée plus de deux mois auparavant par M. Cochefert !

Cette explication était imadmissible. Nous savons aujourd'hui qu'elle était inexacte. Dans votre dernière enquête, en effet, M. du Paty de Clam a déclaré qu'il avait demandé à Dreyfus, le 31 décembre, s'il n'avait pas commis quelque imprudence chez une dame... qu'il avait lui-même qualifiée de « sale espionne ».

« Le fait de parler des imprudences qui auraient pu être commises », vient donc de l’entrevue de Dreyfus et du commandant du Paty de Clam. Il n'était pas d’ailleurs permis d'en douter après la lettre si explicite adressée à M° Demange et c’est dans cette lettre, à défaut du compte rendu disparu, qu'il faut chercher le sens des questions et des réponses qui furent échangées.

Le 5 janvier 1895, Dreyfus fut dégradé. Le capitaine Lebrun Renault, de la Garde républicaine, qui avait commandé l’esca dron de service chargé de conduire le condamné de la prison du Cherche-Midi à l'Ecole militaire, resta préposé à sa garde pendant une heure environ dans une des salles qui sérvent de bureau. à l’adjudant de place.

Le capitaine d’Attel, qui devait s'assurer que les consignes relatives à la garde et à la surveillance de Dreyfus étaient strictement observées, entra dans ce bureau et y resta quelques minutes. Dreyfus ne lui adressa pas la parole. Le capitaine d’Attel n’eut donc avec lui aucune conversation particulière ; 1! ne put qu'entendre les propos tenus par Dreyfus en présence du capitaine Lebrun-Renault.

Dreyfus, qui avait refusé tout aveu à ses juges et au commandant du Paty de Clam l’interrogéant au nom du Ministre, dans le but et dans les conditions que vous connaissez, n’aurait certainement pas choisi le capitaine Lebrun-Renault pour recevoir l’aveu de son crime. Il faudrait done admettre qu'il aurait eu un moment d'involontaire abandon pendant lequel un aveu lui serait échappé.

Le capitaine Lebrun-Renault ne l'a pas affirmé ; mais il a fait, avec des variantes, plusieurs récits de la scène à laquelle il

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avait assisté avant la dégradation et c'est de l'un de ces récits, dont l'inexactitude inconsciente est aujourd’hui démontrée, que d’autres ont tiré la légende des aveux.

Dreyfus, exaspéré à la pensée de la honte qu'il allait subir, protestail violemment en phrases heurtées, sans suite apparente, n'ayant de sens que pour lui, contre les accusations dont 1} était l'objet. Le capitaine Lebrun-Renault ne savait rien de ces accu salions : comme tout le monde, à cette époque, il ignorait tout du procès ; l’entrevue du 31 décembre entre Dreyfus et le commandant du Paty de Clam lui était assurément inconnue. Dans ce monologue de Dreyfus, il ne pouvait comprendre avee certitude que les protestations d’'innocence et, en réalité, 11 n'avait été frappé que par ces protestations. Aussi rendit-1l compte à ses chefs de l'exécution des ordres qu'il avait reçus en mentionnant qu'il n’y avait pas eu d'incident, et, dans la soirée du 5 janvier, au Moulin Rouge, il faisait devant plusieurs personnes le récit de ce qu'il avait vu et entendu, récit que publiait le lendemain en ces termes la Figaro

Récit d'un témoin.

A sept heures vingt minules, un escadron de la Garde républicaine, commandé par le capilaine Lebrun-Renault, arrivait à la prison du Cherche-Midi pour prendre possession du condamné. Deux gendarmes l'amenèrent au Greffe et se disposèrent à le fouiller.

— Est-ce bien utile? demanda Alfred Dreyfus, en les arrêlant d'un gesle, avec, aux lèvres, un triste sourire.

— C'est l'ordre, repondit l'officier.

On trouva dans les poches fouillées quelques menus objets el des cigarelles, qu'on laissa au condamné. Puis les gendarmes lui présentèrent les menoltes.

— Est-ce l'ordre aussi de mellre ces machines? interrogea Dreyfus.

Sans répondre, sur un geste du capitaine Lebrun-Renaull, les gendarmes passèrent les menolles aux poignets de Dreyfus, qui ne put réprimer un court mouvement de révolle.

Celle opéralion terminée, le condamné se lourne vers l'officier qui, impassible, assistait à ces lugubres apprêts.

— Vous voyez, mon capilaine, dill, tous les galons sont décousus, 1ls ne tiennent que par un fil, les boulons aussi, el aussi les bandes du panialon. Oserai-je vous prier de demander à l'adjudant de faire vile quand nous serons là-bas? On peut bien déchirer tous ces vêlements, ils ne mie serviront plus à présent.

Et conime le capitaine ne répondait pas, il ajouta :

— Je vous regarde en face, vous voyez, mon capilaine, el, si j'ose le faire, c'est que je suis innocent! ma condamnation est le plus grand crime de ce siècle ; on le verra bien, du reste, dans trois ans. J'ai une famille qui va s'occuper de moi el qui arrivera à prouver mon innocence. On regreltera bien alors la peine qu'on m'inflige aujourd'hui.

Celle protestation . « ma condamnalion est le plus grand crime du siècle », est revenue à diverses reprises, sur les lèvres du condamné. Il la répélail encore au moment où, quelques instants plus lard, on allait le conduire à la parade d’exéculion.

A huit heures moins le quart, le corlège quitlail la prison du Cherche- Midi, pour gagner l'Ecole Militaire. Deux cavaliers de la Garde Républicaine, revolver au poing, marchaient en lèle, suivis d'un peloton, Le capi- Laine commandant l’'escadron précédail la voilure cellulaire allelée de qualre chevaux, dans laquelle Dreyfus avait pris place avec deux gendarmes. La voilure était flanquée à droite et à gauche de cavaliers. Un second peloton fermait la marche.

C'est dans cet ordre que le convoi arriva à l'Ecole Militaire, à huit heures moins dix. Dreyfus fut conduit dans une des salles de l'Ecole, et laissé sous la garde du capitaine Lebrun-Renault. C’est là, dans cette pièce, que la conversation suivante s'engagea

— Vous n'avez pas songé au suicide, monsieur Dreyfus ?

— Si, mon capilaine, répondit Dreyfus, mais seulement le jour de ma condamnalion. Plus tard, j'ai réfléchi; je me suis dit qu'innocent comme je le suis, je n'avais pas le droit de me tuer; on verra dans trois ans, quand justice me sera rendue.

— Alors vous êtes innocent?

— Voyons, mon Capilaine, écoutez! On trouve dans un chiffonnier d'une ambassade un papier annonçant l'envoi de qualre pièces. On soumet le papier à des experls. Trois reconnaissent mon écriture ; deux déclarent que l'écriture n'est pas de ma main, et c'est là-dessus qu'on me condamne. À dix-huit ans, j'entrais à l'Ecole Polytechnique, j'avais devant moi un magnifique avenir militaire, cinq cent mille francs de forlune, et la cerlitude d'avoir dans l'avenir cinquante mille francs de rente. Je n'ai jamais touché une carte de ma vie ; donc, je n'ai pas besoin d'argent. Pourquoi aurais-je trahi? Pour de l'argent ? Non, alors pourquoi ?

— Et qu'est-ce que c'était que ces pièces dont on annonçait l'envoi?

— Une irès confidentielle el trois aulres importantes.

— Comment le savez-vous ?

— Parce qu'on me l'a dit au procès. Ah! ce procès à huis-clos, comme j'aurais voulu qu'il fût publie, et qu'il eût lieu au grand jour ! Il y aurait eu certainement un revirement d'opinion.

— Lisiez-vous les journaux en prison ?

— Non, aucun. On m'a bien dit que la presse s’occupait de moi et que certains journaux profitaient de cette accusation ridicule pour se livrer à une campagne anltisémile. Je n'ai rien voulu lire.

Puis, raide, comme insensible, il ajouta

— À présent, c'est fini, on va m'expédier à la presquile Ducos. Dans trois ans, ma femme viendra me rejoindre.

— Et, ajouta le capitaine Lebrun-Renault, avez-vous l'intention de prendre la parole tout à l'heure ?

— Oui, je veux protester publiquement de mon innocence.

Devant celte déclaration nelltement formulée, le capitaine fit informer le général Darras de la résolution de Dreyfus. Elle avait d’ailleurs été prévue, et un roulement de tambour devait lui couper la parole en cas de besoin.

Il était neuf heures moins dix lorsque quatre arlilleurs entraient dans la salle.

— Voici les hommes qui viennent vous prendre, Monsieur, dit le capitaie Lebrun-Renault.

— Bien, capilaine, je les suis. Mais je vous répèle, les yeux dans les yeux, je suis innocent.

Et il suivit les soldats.

On sait le reste.

(Signé) Eugène CLissox.

Cet article reproduisait avec une fidélité parfaite le récit du capitaine Lebrun-Renaull : aucune contestation n’a été soulevée à cet égard.

M. le Président Casimir-Perier, à la lecture de cet article, s’indigna que de semblables indiscrétions eussent été commises par un capitaine de la Garde républicaine.

J'avais lu, a-t4l dit à Rennes, un article qui m'avait paru d'une extrême inconvenance. J'ai fait part de celte inconvenance et des sentiments que cette inconvenance faisait naître en moi, devant le Président du Conseil, el, je crois, devant M. le Ministre de la Guerre, et M. le Ministre de la Guerre m'a offert de m'envoyer le capitaine Lebrun-Renault. C’est dans ces conditions que je l'ai reçu.

Le capitaine-Lebrun-Renault fut d’abord appelé au Ministère de la Guerre; nous verrons bientôt quel fut le sens de ses déclarations. Il se rendit ensuite à l'Elysée et auprès du Président du Conseil, M. Charles Dupuy. Pas plus à l'Elysée qu'à la Présidence du Conseil, il ne parla des prélendus aveux de Dreyfus.

Il était cependant déjà question de ces aveux et la déposition suivante faite à Rennes par M. le lieutenant-colonel Guérin, chargé par le Gouverneur militaire de Paris d'assister à l’exécution, nous apprend comment le bruit en était né :

La grande cour de l'Ecole Mililaire était garnie de troupes et quand les dispositions furent prises pour la parade, il était S h. 50. Je me trouvais près de la porte d'entrée du bureau de l'adjudant de garnison. A ce moment le capitaine Bourguignon, adjudant de garnison, disposa les quatre canonniers et le brigadier qui devaient accompagner Dreyfus ; puis il entra dans son bureau et releva le capitaine Lebrun-Renault de son service.

Le capitaine Lebrun-Renault sorlit et me trouva immédialement devant lui ; il élait très ému, il élait encore sous le coup de l'impression profonde que lui avaient faite les déclarations de Dreyfus ; il m'en rendit compte aussitôt. Il y avait là, à proximité, un groupe d'officiers ; le compte rendu que me faisait le capitaine Lebrun-Renault n'avait rien de confidentiel, et me parut ne pas devoir resler circonscrit entre nous; nous savions, d'autre part, que le Conseil de revision n'avait eu, pour ainsi dire, pas à statuer, puisqu'aucune conclusion n'avait été déposée à l'appui de son pourvoi ; du moins, je le savais, moi, à l'Etat-Major ; mais, pour la masse de nos camarades, les aveux faits par Dreyfus devaient, il me semble, leur être communiqués à tous. Je priai donc le capitaine Lebrun-Renault de répéter à ce groupe d'officiers les confidences, la déclaration qu'il avait reçue de Dreyfus, et le capitaine Lebrun-Renault le fit.

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