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rieurement fournies par le colonel de F... mandé à Paris, que l’attaché À n'avait eu aucun rapport avec Dreyfus, mais qu'il avait eu à son service un chef de bataillon, âgé de 40 à 45 ans, décoré, qui fournissait certains renseignements concernant l'artillerie.
Ces derniers temps, avait dit Richer Cuers, il nous a fourni des feuilles de cours de l'Ecole de tir du camp de Châlons ; mais ses renseignements ont été tellement singuliers à certains moments que nous avons pensé que nous avions affaire à un provocateur et il n'est plus à notre service.
Cette coïncidence éveilla l'attention du colonel Picquart. en aurait été frappé encore davantage s'il avait connu une note parvenue au Service des renseignements en avril 1895 : un de nos agents à l'étranger avait fourni des indications reconnues exactes sur l’organisation de l’espionnage à Paris au profit de la puissance À. Notre agent ajoutait :
La personne qui renseigne à Paris l'agent A serait décorée de la Légion d'honneur, âgée de 45 ans environ; mais on ne sait si elle est civile ou militaire. Elle va fréquemment à (la maison de A), en conservant à sa boutonnière le ruban de la Légion d'honneur. Elle remet de nombreux rapports à A. Le dernier remis est relatif à la fabrication, en France, d'un nouveau matériel d'arlillerie. Tous ces rapports sont très goûtés au grand Etat-Major général.
On avait vainement tenté jusque-là d’obtenir le concours de Richard Cuers ; il s'était toujours dérobé. Cependant, la visite au colonel de F... semblait faire prévoir que, mécontent de ceux qui l’employaient, il serait peut-être disposé à entrer en relations avec le Service des renseignements. Le colonel Picquart s’empressa de saisir celte occasion.
Richard Cuers consentit à se rendre à Bâle où avaient été envoyés le capitaine Lauth, le commandant Henry et le commissaire spécial Tomps. L’entrevue eut lieu le 6 août 1896. D’après le colonel Picquart, Richard Cuers n'aurait pas été interrogé avec toute l'habileté qu'on était en droit d'attendre de ses interlocuteurs. Il ne donna aucun renseignement nouveau. Toutefois 1} résulte d’une note dressée après l’entrevue par le capitaine Lauth que le major ou chef de bataillon (âgé de 40 ou 45 ans), qui en 1893 ou 1894 renseignait l’attaché À, lui aurait adressé :
1° Un rapport sur le nouveau fusil à l'essai à l'Ecole normale de tir du camp de Châlons ; 2
2° Un rapport sur le canon à tir rapide en essai en France ;
3° Des renseignements sur le camp retranché de Toul;
4° Des renseignements sur les ouvrages de fortifications des environs de Nancy.
En LE
La veille de cette entrevue de Bâle, le colonel Picquart s'était cru autorisé à parler de ses soupçons sur Esterhazy au général de Boisdeffre. Il en saisit au mois d'août le général Billot, Ministre de la Guerre.
Vers la fin du mois, il eut par l'agent Desvernines un spécimen de l'écriture d’Esterhazy et peu après 1l entra en possession de deux de ses lettres que lui remirent avec l’autorisation du Ministre deux officiers attachés au Ministère. Il fut immédiatement frappé de la similitude extraordinaire de cette écriture avec celle du Bordereau, dont il avait vu le fac-similé en 1894.
Je pris les lettres, lisons-nous, dans sa déposilion à Rennes; je les comparai avec les échantillons du bordereau qui étaient dans mon bureau (je parle du fac-simile), et je fus épouvanté, non plus de Ja similitude, mais de l'identité des deux écritures.
Mais je ne voulus pas me fier à mon jugement. Je résolus de consulter des personnes plus autorisées que moi au point de vue des comparaisons d'écritures, et précisément des personnes qui s'étaient occupées de la question en 1894.
Je fis donc faire une photographie de la lettre adressée au capitaine Calmont, et je fis meltre sur la photographie une « cache » pour la signature et d’autres pour enlever les parties de la lettre qui pouvaient déceler leur auteur.
Ce travail fut fait à la fin d'août 1896.
Je ne sais plus à quelle date j'ai montré à du Paty de Clam et à M. Berlillon cette photographie de la leltre adressée par Esterhazy à Calmont.
En tout cas, je la leur ai montrée.
Du Paty de Clam garda cet échantillon cinq minutes et me dit :
— C’est l'écriture de Mathieu Dreyfus.
Pour comprendre cette assertion, il faut se rappeler que du Paly de Clam soutenailt que l'écriture du Bordereau élait un mélange de celle d'Alfred Dreyfus et de Mathieu Dreyfus.
Donc ce propos me montrait quil prenait ce fac-simile d'écriture d'Esterhazy, que je lui montrais, pour un fac-simile d’une écriture semblable à celle du bordereau.
Pour Bertillon ce fut autre chose.
Dès que je parus avec mon fac-simile, il dit :
— Ah! c’est l'écriture du Bordereau!
Et comme je lui dis :
— Mais si c'était une écriture récente ?
Il me dit ces mols qui me parurent singuliers
— Alors, les Juifs ont exercé quelqu'un depuis un an pour imiter cette écriture !
M. Bertillon me demanda de lui laisser le fae-simile. J'y consentis.
Il me le rapporla quelques jours après. Seulement, dans l'intervalle, il avait fait une opéralion qui m'a servi plus tard beaucoup, mais enfin qu'on ne fait pas sans prévenir : il en avait une photographie et l'avait gardée.
A Il ne me l’a pas dit. Je ne l'ai su qu'après.
Il avait dans la tête l'hypothèse d’un homme de paille qui, à un moment donné, prendrait l'écriture du Bordereau et s'en dirait l’auteur.
M. Bertillon ne démordant pas de son idée, je ne jugeai pas à propos