‹ La revision du procès de RennesChapitre 26 sur 117 · HOT · texte numérisé non relu

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de la vérité, qui se disaient mus par le souci d'épargner à un innocent une accusation injuste, ont essayé successivement toutes les hypothèses et toutes les accusations ; ont essayé — on pourrait le dire — les traîtres les uns après les autres; pour susbslituer leurs hypothèses successives, distinctes, à la réalilé qui avait motivé le jugement du premier Conseil de guerre.

Eh bien ! Messieurs, ces hypothèses (et c’est un point important aussi) sont ruinées, d’une façon fondamentale, par la démonstration que je viens de faire : il est inadmissible, je l'ai dit tout à l'heure et je le répète, il est inadmissible que le major d’un régiment d'infanterie ait écrit la phrase :

« Quelques modifications seront apportées dans le nouveau plan. »

Et celte démonstration est tellement évidente, que j'ai été amené à dire et que je le répèle encore ici, qu'alors même qu'il serait établi (et je vais m'expliquer tout à l'heure sur ce point) que le Bordereau est de l'écriture d'Esterhazy ; qu'alors même qu'il serait établi que les documents ont été portés par le commandant Eslerhazy, le commandant Esterhazy n'aurait pu être, dans la circonstance, qu'un intermédiaire ou qu'un complice secondaire.

C’est l'évidence même que la trahison ne peut être venue de lui, qu’elle est venue de l’Etal-Major général. »

La conclusion de cette déposition s'appuie donc sur deux sortes de preuves : les unes sont « des déductions de l'esprit », les autres ont pour base les rapports de l’agent Guénée et la déposition d’Henry en 1894, dont nous avons déjà parlé.

Mais quel est le point de départ de ces « déductions de l'esprit » qui suffiraient, à elles seules, à démontrer la culpabilité de Dreyfus ? Si ce point de départ est une hypothèse invérifiable, le raisonnement qui en procèdera sera, évidemment, dénué de toute valeur probante. Or, quoi qu'en dise l'accusation, l'observation de M. le président Ballot-Beaupré n’a pas été infirmée. Sur un point seulement on a tenté de démontrer que parmi les hypotnèses successives, la dernière devait être préférée à la première : la note «sur le troupes de couverture et le nouveau plan » renferme, a-t-on dit, une phrase qui serait calquée sur les faits qui s'étaient passés au sein de l’Etat-Major. Nous verrons ce qu'il faut penser de cette assertion.

Mais, pour le surplus des notes du Bordereau, il faut bien reconnaître que rien n'autorise à prélérer une hypothèse à une autre et que le choix a été arbitraire.

M° Demange, dans sa plaidoirie, fit éloquemment ressortir ces variations de l'accusation

Aujourd'hui, disait-il, dans une Cour de Justice, je vous ramène toujours à ce point précis : il faut qu'il soit établi qu'il n'y a eu que Dreyfus qui ait pu fournir les renseignements contenus au Bordereau :; et lorsque nous entrons dans le domaine de l'hypothèse, je constate qu’à VEtat-Major général, en 1894, quand il s’est agi de formuler des hypo-

thèses, on a formulé des hypothèses qui ne sont plus les hypothèses d'aujourd'hui.

En 1898, en effet, le général Roget a fait une étude approfondie de l'affaire, assisté du commandant Cuignet ; et alors, à ce moment-là, M. le général Roget a formulé des hypothèses que je vais successivement examiner tout à l'heure.

Mais pour le juge qui se trouve en présence de l'hypothèse de 1894 et de l'hypothèse de 1899, j'imagine que sa conscience doit être effrayée.

I doit se demander si c’est là une base solide pour rassurer sa conscience, celle base fragile et hypothétique qui peut varier suivant les années, alors même que nous trouvons au Ministère de la Guerre les mêmes interprétateurs, c’est-à-dire M. le général de Boisdeffre et M. le général Gonse.

M° Demange n'entendait pas cependant se dérober et il ne se déroba pas à la discussion des nouvelles hypothèses du général Roget et nous sommes amenés comme lui à rechercher si elles peuvent nous conduire à la certitude.

Trois des documents énoncés par le Bordereau concernent le service de l'artillerie ; donc, disait-on, le document émane d’un artlleur. Cette thèse fut soutenue à Rennes et a été de nouveau affirmée dans la dernière enquête par le général Mercier et par le général Deloye. Elle avait été combattue par le général Sébert, par le lieutenant-colonel Hartmann et par plusieurs officiers d'artillerie, qui avaient présenté des observations, en apparence tout au moins, très Judicieuses.

Cette discussion fut poursuivie à l’aide d'arguments techniques dont la valeur échappe à notre appréciation personnelle. Nous constaterons seulement la controverse et s’il nous est prouvé que des officiers généraux et des officiers d'Etat-Major infiniment distingués professent sur le point en discussion des opinions radicalement opposées, non seulement nous pourrons, mais encore nous devrons conclure que la solution du litige reste tout au moins douteuse et qu'aucune certitude ne s'impose à nous.

Or, dans la question qui nous occupe, la controverse persiste après la décision du Conseil de guerre. Aux autorités très hautes et très respectables qu'invoque un système, s'opposent d’autres autorités qui les valent.

Pendant vos enquêtes de 1899, on avait, paraît-il, « pataugé », c'est l'expression dont s’est servi à Rennes le général Roget, sur la détermination de certaines expressions de l’une des notes relatives à l'artillerie et peut-être a-t-on continué à « patauger » après la déposition de cet officier général.

Afin d'éviter devant vous le retour de cet accident, M. le Pro-

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