‹ La revision du procès de RennesChapitre 39 sur 117 · AIN · texte numérisé non relu

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de l’attaché B à l’attaché À, du 31 octobre 1896 (Faux Henry) et par de nombreuses pièces qui la corroborent.

Parmi ces pièces, 1l en est qui, si elles ne disent rien de Dreylus, ne renferment aucune rélicence au sujet de sa culpabilté. Done, elles ladmettent implicitement. Le silence dans un pareil moment est, à lui seul, singulièrement accusateur, dit le rapport. Nous trouvons 1c1 l’origine de la théorie de la preuve de la culpabilité « par prétérilion d’innocence », suivant l'expression du général Roget, reproduite par le commandant Cuignet.

D’autres pièces sont plus explicites. Elles autorisent les plus graves soupçons de culpabilité. Ce sont, notamment, celles qui en 1890 (car Dreyfus a dû commencer à trahir à cette époque) se rattachent à la livraison des secrets relatifs aux obus en méli nite et à l'obus Robin — en 1894, à la livraison des plans directeurs (pièce Ce canaille de D) aux relations de l’attaché B avec un espion dont le nom commence par l'initiale D (pièce 371) et avec un agent qui va lui faire parvenir l’organisation des chemins de fer (pièce 26) — en 1895, à la livraison d’une note sur l'attribution de larüllerie lourde aux armées (minute Bayle). Plus tard, lorsque Dreyfus est à l'Ile du Diable, c’est la lettre Weyler, qui doit émaner d’un complice ou d’un confident et paraît indiquer l'existence d’un complot.

Enfin, ce sont les aveux dont l'existence est affirmée par le capitaine Lebrun-Renault et par les officiers qui en ont entendu le récit de sa bouche.

En présence de ces faits et de ces documents, comment douter de la culpabilité de Dreyfus ? comment ne pas affirmer qu'il avait élé justement condamné ?

Aussi, lorsque M. Cavaignac, ministre de la Guerre, fut appelé à répondre à l’interpellation de M. le député Castelin, se borna-t-11, pour démonirer la culpabilité de Dreyfus, à faire connaître à Ja Chambre, dans la séance du 7 juillet 1898, trois pièces «lu dossier secret et quelques documents relatifs aux aveux. Ces trois pièces, choisies par le commandant Cuignet qui avait alors recu la mission de reconstituer le dossier secret,

étaient : La pièce N° 371 (car D m'a apporté) — la pièce « Ce canaille de D » — et enfin, la lettre du 31 octobre 1896, c’est-à-

dire le faux Henry.

On se souvient du succès du discours de M. Cavaignac. La Chambre fut unanime à l’approuver et à en voter l'affichage. Mais nous savons aujourd'hui ce qu'il faut penser des faits

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et des documents considérés comme constituant des charges sérieuses contre Dreyfus.

Nous savons que le mobile admis comme certain était une invention de l'agent Guénée, dont les rapports avaient été pré sentés à M. Wattinne comme émanant de la Préfecture de police. La Prélecture, au contraire, avait contredit ces renseignements et ses rapports avaient été dissimulés.

Nous savons que M. Hadamard n'avait jamais tenu les propos qui lui étaient prêtés et que M. Painlevé a protesté avec indignaüon devant le Conseil de guerre de Rennes contre la note du dossier secret, signée du général Gonse, où se trouvait inexactement reproduite une conversation qu'il avait eue à ce sujet avec cet officier général. Cet incident a été l’un des plus pénibles de ce procès. On a vu le général Gonse s’efforcer sans succès de répondre à M. Painlevé et le général Roget tenter vainement de jusüfier la confusion qu'il avait faite entre M. Jacques Hadamard, maitre de conférences à la Sorbonne, cousin éloigné de Mme Alfred Dreyfus, qui avait été l'interlocuteur de M. Painlevé, et M. Hadamard, négociant en diamants, beau-père de Dreyfus, qui se serait plaint d’avoir été obligé de payer les dettes de son gendre, En réalité, M. Hadamard n'avait payé aucune dette de son gendre et il ne s'était jamains plaint, ni à M. Pain. levé, n1 à personne.

Nous savons encore que la plupart des pièces que nous avons citées plus haut sont fausses, suspectes ou inapplicables à Dreyfus.

Le commandant Cuignet, en particulier, n'avait pas eu Ja main heureuse en triant les pièces dont il avait armé M. Cavaignac.

L'une, 1l l’a reconnu lui-même, la pièce « Ce canaille de D » n'était pas applicable à Dreyfus. La pièce 371 (car D m'a apporté) était matériellement altérée, ce qui la rendait aussi suspecte alors qu'aujourd'hui. Enfin la lettre du 31 octobre 1896 était un faux grossier qu'a révélé un examen sommaire. Celle pièce, la seule vraiment accusalrice, la pièce angulaire de l'édifice, avait été fabriquée par Henry. Ce faux suffisait pour ruiner toute l’argumentation du rapport Gonse-Wattinne, ainsi que l’a reconnu en termes formels M. Wattinne.

Ii semble que le dossier secret, expurgé de ces pièces essenüelles, ainsi que de la lettre Weyler, aussi reconnue fausse, ne puisse renfermer aucune preuve. C’est cependant de ce qui reste

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de ce dossier, quelque peu augmenté, que les accusateurs &e Dreyfus ont prétendu tirer, devant le Conseil de guerre de Rennes, la preuve de sa culpabilité.

Nous avons fait connaître nolre sentiment sur les pièces accompagnées d’un commentaire, illégalement produites en 1894, ainsi que sur celles qui se rattachent aux accusations précises que nous avons rencontrées.

Il en est d’autres, dont la production en 1899 a eu pour objet de faire présumer,d’une manière générale, l’existence de relations d'espionnage entre Dreyfus et les attachés militaires À et B.

Au nombre de ces documenté figure la pièce N° 371. La découverte récente de sa falsification est le premier des faits nouveaux susceptibles d’entrainer la revision que signale M. le Garde des Sceaux.

Cette pièce est une lettre de l'agent B à l’un des collabora teurs immédiats de l'agent À (et non de l'agent À à l'agent B). Elle est écrite au crayon noir sur papier quadrillé en bleu. Vous savez qu'elle a été dalée au Bureau des renseignements de mars 1894.

Nous vous en rappelons les termes

Mon très cher ami, hier au soir, j'ai fini par faire appeler le médecin qui ma défendu de sortir. Ne pouvant donc aller chez vous demain, je vous prie de venir chez moi dans la matinée, car D... m'a porté beaucoup de choses très intéressantes et il faut partager le lravail ayant seulement dix jours de temps. Tâchez donc de dire à que vous ne pouvez pas monter. Tout à vous. — A.

Il ne fut pas fait usage de cette pièce an procès de 1894 et cette abstention est d'autant plus étrange que l’accusation faisait grand état de la pièce « Ce canaille de D », considérée, ainsi que nous l'avons vu, comme la pièce la plus convaincante du dossier et qui n'avait cependant de valeur, comme le document qui nous occupe, que par l’initiale D, qui devait être celle du nom du traître.

Lorsque la pièce N° 371 fut produite par le colonel Henry, elle aurait dû être suspectée, -non seulement à raison de sa production singulièrement tardive, mais aussi à raison de son état matériel.

On remarque, en effet, à l'endroit où se trouve l’initiale, les traces d’un grattage qui a atteint le quadrillage et qui semble avoir eu pour but de faire disparaître tout vestige d’une ancienne lettre majuscule que la nouvelle devait recouvrir. Cette lettre D, ainsi que les points d’élision qui la suivent, paraissent avoir été

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tracés avec un crayon plus mou que le corps du billet. Les points d’élision sont en outre empâlés et, d’après le commandant Cuignet, semblent cacher des éléments de lettres minuscules.

Ce n’est que plus lard cependant que des soupçons sont nés dans l'esprit des officiers qui ont examiné la pièce. Ces soupçons sont même «devenus pour eux une certitude. Le commandant Cuignet, en présentant la pièce à la Cour de Cassation en 1899, avait exposé les motifs pour lesquels elle lui avait paru suspecte bien que l’ensemble du texte fût authentique. Dans votre dernière enquête, 1l n'a pas hésité à reconnaitre que cette lettre constituait un faux.

Mais les recherches ellecituées au Ministère de la Guerre ont abouti à une démonstralion positive, qui ne repose plus sur de simples appréciations. [Il en résulte que le faussaire a remplacé linitiale P que portait à lorigine la pièce authentique par Finale D.

Voici le procès-verbal de constatation de pièces dressé, à ce sujet, le 6 octobre 1903, par le commandant Targe et les officiers d'administration Gribelbn et Dautriche :

Procès-verbal de constalalion de pièces. — Le G octobre 1903, les soussignés, Targe, capitaine, officier d'ordonnance de M. le Ministre de la Guerre ; Gribelin, officier d’administralion de 1* classe à l'Etat-Major de l’armée ; Dautriche, officier d'administration de 1° classe au deuxième Bureau de l'Etat-Major de l'armée, agissant en exéculion des ordres du Ministre de la Guerre, ont procédé à des recherches dans les archives de la section des renseignements en vue de retrouver s'il exislait des copies d'une pièce faisant partie d'un dossier secret el ainsi conçue...

(Suit le texte de la pièce N° 371).

Dans un cartonnier portant lindicalion :

« 1894. Bordereaux du Cabinet du Ministre, du N° 1 au N° 48 », les soussignés ont trouvé un bordereau portant le N° 33, daté du 21 mars 1894, signé du lieutenant-colonel Sandherr, contenant deux documents secrets et huit autres documents.

Ce bordereau et son contenu sont annexés au présent procès-verbal dans un scellé ouvert.

L'un des documents secrets est la copie faile à la machine à écrire, de la pièce reproduite ci-dessus avec la différence suivante

Au lieu de... Car D m'a rportéese

a pièce-porte.:..: car P-m'atporté:-.

Les soussignés ont immédiatement inscrit la date du jour et apposé leurs signatures sur ladile copie.

A la demande de M. Gribelin, les soussignés constatent que les deux documents secrets énumérés sur le bordereau signé de M. le lieutenant-colonel Sandherr sont contenus dans une chemise portant leur analyse, portant la date du 21 mars 1894, et écrile en entier de la main de M. Gribelin.

Signé : Targe, Gribelin, Daulriche.

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