‹ La revision du procès de RennesChapitre 41 sur 117 · OUR · texte numérisé non relu

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actuel, il y a un D. Si on a copié la pièce avec P, c'est probablement qu'il y avait un P. Il n'y a même pas d'erreur possible, parce que la pièce lire toute sa valeur de l'iniliale. C'est l'iniliale P ou D qui donne toule la valeur à la pièce. Par conséquent, il est certain que le copiste a dû faire attention. Il n'y a pas d'erreur de copiste à invoquer. Je crois qu'il y avait un P sur l'original.

UN CONSEILLER. — Il y avait en effet une copie, mais elle n’est pas de vous, puisqu'elle est faile à la machine à écrire. M. GRIBELN. — Elle peut êlre de moi, parce que je me servais de la

machine à écrire. Celle copie, sur laquelle il y avait un P, peut avoir été faite par moi ou un expédilionnaire du Bureau, je n'en sais rien. Il y a un P, et il doit même y avoir de ma main en têle, le mot : Ministre.

UN CONSEILLER. — Voici la copie, les deux copies ont été faites ensemble par le même mouvement de la machine à écrire. Elles sont en effet tout à fait semblables.

M. GRIBELIN. — S'il y avait eu un D aussi bien fait que cela, on n’aurail pas mis un P. J'expliquerai tout à l'heure comment celle copie a été faite sur ne Copie el non pas sur un original. Les copies iniliales sont faites généralement de la main de l'officier qui détient les originaux.

Nous ne pensons pas qu'en présence de ces constatations et de ces déclarations, 1l soit permis de douter de la substitution de l'initale D à l’initiale P dans la pièce N° 371 et, comme conséquence, nous pouvons dire que celte pièce, bien loin d’être un document accusateur,devient un indice de l'innocence de Dreyfus.

La révélation de cette fraude est postérieure à la condamnation. Ce fait est-1l nouveau au point de vue juridique et estal de nat'tre à entraîner la revision ?

C’est ce que nous examinerons plus loin en recherchant si, tout en reconnaissant que la pièce présentait des traces d’altération matérielle, les accusateurs de Dreyfus n’ont pas nié la substitution de l'initiale el, malgré certaines réserves du com mandant Cuignet, prétendu trouver dans cette pièce une charge contre Dreyfus.

Nous ne saurions passer en revue toutes les autres pièces de portée générale que renferme le dossier secret.

Je ne connais pas de discussion plus aride, disait M° Demange, que celle que j'appellerai la discussion de ces logogriphes, c'est-à-dire de ces pelilts morceaux de papier, qui ont été pris, apportés par « la voie

ordinaire », recollés, où il manque ces morceaux dont on a cherché la traduction.

Toutefois, 1l est quelques-unes de ces pièces auxquelles une assez grande importance paraît avoir été attribuée par certains témoins et que nous devons rappeler.

Le général Roget, dans l'enquête de 1899, et M. Cavaignac, devant le Conseil de guerre, ont cité une pièce classée sous le N° 14. C’est un brouillon en langue étrangère de la main de

l’attaché À, dont le texte original a été donné par M. Cavaignac, et dont la traduction, contestée sur certains points, serait la suivante

Dreyfus-Bois... (un morceau de papier manque sur lequel se trouve la fin du nom : Boisdeffre)..…. Je ne peux pas ici... (un autre morceau de papier manque). La pièce est arrivée entre les mains de l’attaché militaire ou au grand Etat-Major à Be... Ce que je puis affirmer verbalement, c’est qu'elle est réellement arrivée entre les mains d'un des attachés militaires et qu’elle a fait ensuite relour au Bureau des renseignements. Berger. Constantinople. Bogoluboff. Discours. Je porte un toast chaleureux à la réunion des drapeaux franco-russes sur le prochain champ de bataille. Régiment N° 48. Giovaninelli, Saussier, de Négrier, Hervé, 19° corps. Recrutement des zouaves. 6° corps bis écarté celte année. Je ne comprends pas pourquoi on est si circonspect à BD... officiers russes.

Cette pièce n’est pas datée ; mais elle est manifestement postérieure au 17 septembre 1895, jour où le général Bogoluboff à prononcé à Mirecourt le discours auquel il est fait allusion.

Le commissaire du Gouvernement n’a dit à propos de celte

pièce que ces mots très sages Je passe sur le 14 : Dreyfus-Bois.. Cela m'est égal.

Cette indifférence était parfaitement légitime. Le sens de ce document est, en effet, à ce point douteux que le mot & Bois », qui désigne aujourd'hui le général de Boisdeffre, était considéré dans le rapport Gonse-Wattinne comme s'appliquant proba: blement à M. Boisandré, de la Libre Parole.

Dans tous les cas, le général Roget et M. Cavaignac ne farsaient état de cette pièce que pour démontrer que les documents énoncés au Bordereau étaient réellement arrivés à l'ambassade A, ce qui ne paraît guère contestable.

Mais, même à ce point de vue, le document n'élait pas clair. Il n'aurait eu de valeur que si l’attaché À y avait déclaré lur même que le Bordereau était parvenu entre ses mains. Or, l’attaché À reproduisail, en apparence tout au moins, les déclarations du tiers désigné par le mot « Bois ».

Cette objection avait été faite devant la Cour de Cassation au général Roget. Comment expliquer, lui avait-on dit, que l’auteur de cette note parle de lui-même à la troisième personne ? Le général Roget avait répondu en ces termes :

R. — Je ne suis pas du tout certain qu'il parle ici de lui-même ; il n'est pas sûr, en effet, que le Bordereau ait été remis à Paris ; il peut très bien se faire qu'il ait élé remis dans un autre centre d'espionnage

(Bruxelles, par exemple).

Une pièce du dossier secret datant de l’époque du procès Esterhazy,

mais se référant à un rapport fourni après l'affaire Dreyfus et le confirmant, établit formellement que Dreyfus a été en relations avec un Bureau de renseignements établi à Bruxelles, et un voyage de Dreyfus à Bruxelles est établi par un témoin très honorable que je connais.

Sur interpellalion: — Ce témoin est M. Lonquety, directeur de l'usine de ciments de Boulogne-sur-Mer, ancien élève de l'Ecole polytechnique.

Cette déposition ne présente, en définitive, d'intérêt, au point de vue de la culpabilité de Dreylus, que par l'hypothèse qu'elle émet que Dreylus aurait pu ne pas adresser directement le Bordereau et les documents à l’attaché À ou à lattaché B, mais les envoyer au bureau de Bruxelles, qui les aurait fait parvenir à Paris.

M° Demange s'était élevé contre cette hypothèse. Il avait d’abord posé au général Roget la question suivante :

Je prie M. le général Roget d'indiquer la pièce dont il entend parler et où la culpabilité de Dreyfus se trouve personnellement affirmée.

Le céNéraz Rocer. — Je veux parler du rapport de l’altaché militaire, celui qui a été versé par le général Mercier. M° DEMANGE. — Par conséquent, l’allaché militaire autrichien? — M. le

général Roget a induit de celle pièce que la culpabilité de Dreyfus était affirmée par elle.

LE GÉNÉRAL RoGer. — Oui, je n'ai pas le texte sous les yeux; mais je n'ai pas eu d’autres pièces en mains.

Dans sa plaidoirie, M° Demange s'était exprimé en ces termes:

Le commandant Cuignet a supposé que la pièce aurait élé envoyée en Belgique à l’attaché militaire de la puissance de À, puis qu'elle serait revenue à Paris, avant de parlir pour sa destination.

Cette explication, je la crois inadmissible.

Supposez Dreyfus, par hypothèse, l’auteur du Bordereau et de l'envoi des documents.

S'il est à Paris, et s'il veut que les pièces arrivent entre les mains de l'agent À, il ne commencerait pas par les envoyer à Bruxelles, surtout pour qu'elles reviennent à Paris.

Si c'était pour leur faire prendre directement le chemin de la puissance à qui elles étaient destinées, je comprendrais; mais, les faire venir à Paris pour leur faire courir un risque de plus, cela n'est pas admissible.

C’est pourquoi le général Roget a très nettement écarlé cette version, et M. le commissaire du gouvernement ayant éliminé cele pièce, a dit : « Il n'y a pas lieu d'insister. »

Le rapport de l’attaché militaire autrichien n’autorisait pas, en effet, à affirmer que Dreyfus avait été en relations avec le bureau de renseignements de Bruxelles.

Le texte complet de ce rapport ou plutôt d’un brouillon de ce rapport, écrit au crayon, surchargé de ratures et non signé, est classé au dossier secret sous le N° 66 bis.

OUTRE En voici les termes :

Depuis quelques jours, le cas du capitaine Dreyfus, condamné en 1894 pour haute trahison, fait de nouveau beaucoup de bruit dans la presse.

Un des vice-présidents du Sénat, M. Scheurer-Kestner, serait sur la trace des preuves d’innocence du condamné, et il doit y avoir sous peu une interpellation à ce sujet à la Chambre. On ne sait qu'une chose jusqu'à présent ; c’est qu'un cerlain nombre de journalistes ont interpellé M. Scheurer-Kestner, qui prétend que l’on s’est trompé dans l'appréciation de l'écriture, que la trahison a bien eu lieu, mais que le traître était un autre que Dreyfus. On avait déjà bien des fois émis une pareille supposition, et je ne serais pas revenu là-dessus si, depuis un an, je n'avais appris par de tierces personnes que les allachés militaires allemand et italien avaient soutenu la même thèse dans des salons, à droile et à gauche. Ces indiscrélions ont-elles franchi les limites de certains cercles et constiluent-elles la base de la conviction de M. Scheurer-Kesiner ? C'est ce que l’on verra dans la suite; mais celle supposition n'a rien d'invraisemblable. Je m'en tiens toujours et encore aux informations publiées autrefois au sujet de l'affaire Dreyfus, les considérant comme justes et estimant que Dreyfus a été en relalions avec des bureaux confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles, que le grand Etat-Major allemand cache avec un soin jaloux, même à ses nalionaux.

Lorsqu'en 1894 je fis une visile d'arrivée, à Bruxelles, à l’attaché militaire allemand, le major comte de Schmeltau, il eut soin, sans aucune demande de ma part, de me déclarer que les attachés militaires allemands n'avaient qu'un rôle de représentalion et n'avaient rien à faire avec des questions confidentielles.

Deux années plus tard, je rencontrai, au bal de la cour, le prince Frédéric de Hohenzollern, qui venait précisément de quitter le commandement du III corps d'armée, et auquel j'avais élé présenté dans le temps à Paris : « Comment cela vous va-t-il à Paris ? — Très bien, monseigneur ; cela est très intéressant. Mais il y à quelquefois trop de besogne pour un homme seul. — Oui, oui, vous avez raison, » dit le prince avec un air décidé plein de signification ; « c'est pour la même raison qu'aussi chez nous le nœud de la question git à Bruxelles ».

D'autre part, il est certain qu'il règne en France, depuis Paffaire Dreyfus, un sentiment antisémite officiel bien accusé, qui ferme la plupart des carrières aux israéliles, et contre lequel ceux-ci ont à lutter. Le moyen le plus sûr pour eux de réussir dans la lutte serait de pouvoir prouver. l'innocence de Dreyfus. Il n’y a qu'à attendre la production des preuves, puis la déclaration du Ministre de la Guerre, que le Chef d'Etat- Major.el ses officiers se sont trompés, que les douze juges du Conseil de guerre ont rendu à l'unanimité un jugement faux. Mais il passera d'ici là encore de l’eau sous le pont.

Le général Mercier avait eu, on ne sait par quelle voie, communication de cette pièce secrèle, qui avait été datée au Service des renseignements du 30 novembre 1897. Il en avait fait donner partiellement lecture au début de sa déposition devant le Conseil de guerre.

Aussitôt le colonel S.., attaché militaire autrichien, affirma par un télégramme au Figaro, daté d’Ems le 17 août, que cette

l'OS

pièce était fausse, et, le 22 août 1899, de retour à Paris, 1l adressait au même journal la lettre suivante (1) :

Ambassade d'Autriche-Hongrie. 22 août 1899.

Attaché militaire. Monsieur le rédacteur en chef du Figaro,

Le 17 de ce mois, j'adressais au Figaro le télégramme suivant :

Lettre du 30 novembre 1897, attribuée à moi et reproduite dans Île Figaro le mercredi 16 août, est un faux.

Puisque vous avez bien voulu le publier, je vous prie aujourd'hui d'y ajouter ceci:

Le 30 novembre 1897, mon opinion était absolument contraire à celle qui se trouve exprimée dans la pièce en question.

L'apposilion de la date susdilte et de ma signature au texte que l’on n'attribue constitue un faux.

Ce faux subsisterait même dans le cas où, ce dont je ne puis juger sans l'avoir sous les yeux, le texte lui-même émanerait de moi à une autre dale.

Agréez, Monsieur le Rédacteur en chef, etc.

Signé : Colonel S.….

En réalité, le texte lu devant le Conseil de guerre était incomplet, le brouillon n'était pas signé, la pièce avait dû être écrite, puisqu'il y était question des premières démarches ce M. Scheurer-Kestner, vers la fin d'octobre ou le commencement de novembre 1897. Il ne fallait donc pas s'étonner outre mesure que le colonel S... n’eût pas reconnu tout d’abord le brouillon d'une note sans doute depuis longtemps oubliée.

Cette note, au surplus, ne prouvait rien. Le colonel S... n’apportait aucune preuve à l'appui de son impression. Comme tout le monde, il était convaineu que le Conseil de guerre de 189% avait dû bien juger ; il ne disait pas autre chose.

Plus tard, son opinion s’élait modifiée, peu importe à quelle date. Ce qui était étrange, c’est que, en 1899, on invoquait, comme preuve de la culpabilité de Dreyfus, l'appréciation d'un officier étranger qui, à ce moment même, se déclarait convaincu de son innocence et qui, par cela même, rétractait ce qu'il avait pu penser en 1897 des relations de Dreyfus avec les bureaux confidentiels de Bruxelles ou de Strasbourg.

Il ne restait done plus que le fait du voyage à Bruxelles, attesté par M. Lonquety, ancien camarade de Dreyfus à l'Ecole Polytechnique.

En lui-même, ce fait ne présente aucune signification. Dreyfus

({) Rennes, I, 145.

LRO NOR

reconnaissait avoir rencontré M. Lonquety, lors du seul voyage qu'il eût fait à Bruxelles, l’année de l'Exposilion d'Amsterdam : ils avaient échangé quelques mots à la Taverne Royale ; depuis, il l’avait rencontré à Paris quelquefois sur le boulevard. |

Mais M. Lonquety, dans une conversation avec M. d'Ocagne, en 1895, avait fixé la date de cette rencontre à l'été de 1894 et l'Exposition d'Amsterdam remonte à 1883 ; Dreyfus en a luimême fixé la date dans son mémoire du 30 Janvier 1904 et dans sa déclaration du 22 juin de la même année.

À Rennes, on avait pensé que l'Exposition d'Amsterdam avait eu lieu en 1885 ou 1886. Interrogé sur le point de savoir s'il avait pu se tromper et fixer à 1894 la date de la rencontre qu'il aurait eue avec Dreyfus à Bruxelles en 1885 ou 1886, M. Lonquety s’est déclaré impuissant à rien préciser à cet égard par ses souvenirs. Cette date de 1885 ou 1886 lui paraissait cependant bien lointaine.

Oui, disait-il, il y a une marge énorme. Seulement, il y a ceci que la conversation, qui élait une conversation de camarade avec d'Ocagne en 1895, s’est transformée en une déposilion de justice et, franchement, on me mettrait dans l'embarras en me demandant de préciser une chose pareille.

Cette réponse était très juste. M. Lonquety n’entendait pas qu'abusant d’un mot qu'il avait prononcé dans une conversation banale sans en mesurer peut-être la portée, mot qu'il n'aurait pas spontanément prononcé en juslice, on le transformätl malgré lui en témoin à charge. M. d’Ocagne avait d’ailleurs aggravé les propos qu'avait tenus M. Lonquety, ainsi.que l’a fait connaître M. Painlevé dans sa déposition du 7 mai 1904.

Quoi qu'il en soit, la déposition de M. Lonquety à Rennes est tellement imprécise qu'elle ne saurait être opposée à Dreyfus.

Mais, au cours de votre dernière enquête, le général Roget, relevant la date de l'Exposition d'Amsterdam, a fait remarquer que M. Lonquety était, en 1883, élève à l'Ecole des Mines et qu'il ne faisait pas alors les fréquents voyages à Bruxelles nécessités depuis par les besoins de son industrie. Le général Roget aurait voulu savoir si M. Lonquety aurait accepté la date de 1883, point sur lequel il n'avait pas été interrogé en 1899.

Cette question, a dit le général Roget, n’a pas été éclaircie — je ny tiens pas autrement — je dis cela en passant.

M. Lonquety, en effet, n’a pas été entendu et nous ignorons la réponse qu'il aurait faite à cette question.

Mais, en l’état, la déposition de Rennes existant seule et M. Mouter,agent de notre Service de renseignements à Bruxelles, ayant affirmé le 27 avril 1904 devant M. le conseiller Laurent. Atthalin qu'il n'avait jamais su que Dreyfus fût venu à Bruxelles à des rendez-vous licites où non, nous pensons, sans qu'il y ait heu d'entrer dans d’autres on dns que les soupçons énoncés par le général Roget à l’occasion de la pièce « Dreyfus- Bois » n'ont été justifiés par aucun des deux moyens qu'il invoquait.

Parmi les pièces du dossier secret qui ont donné lieu aux controverses les plus passionnées, figure sous le N° 44 la traduction d’un télégramme chiffré, adressé le 2 novembre 1894 par l’'attaché B à son Etat-Major. Nous ne saurions rappeler ici tous les incidents auxquels cette pièce a donné lieu au cours 4e la première revision el qui sont d’ailleurs exposés dans le réquisitoire de M. le Procureur général. Nous nous bornerons à mentionner les faits qui, échappant désormais à toute discussion sérieuse, permettent d'en déterminer la portée.

Cette pièce, écrite en entier de la main du général Gonse, est ainsi conçue

Le capilaine Dreyfus est arrêté. Le Ministre de la Guerre a la preuve de ses relations avec l'Allemagne. Toules mes précautions sont prises.

D'après M° Mornard, cette pièce constitue un faux ; c’est aussi l'expression employée par M. Paléologue devant les Chambres réunies le 29 mars 1899. Aucune erreur de mémoire ne saurait justifier les différences qui existent entre celle pièce et le texte de la dépêche du 2 novembre. La pièce 44 est une traduction forgée de toutes pièces, introduite dans le dossier de l'affaire Dreyfus par Henry, au moment de sa reconstitution, bien qu'il fût nanti du texte véritable, qui, ayant disparu du Ministère de la Guerre, lui avait été à nouveau verbalement communiqué par M. Paléologue.

Pour le général Chamoin, la pièce est seulement inexacte. Le dossier relatif au télégramme du 2 novembre, dont il est aujourd'hui à peu près “certain qu'il n'avait pas été fait usage, par ordre du général Mercier, au procès de 1894, avait disparu. Le général Billot ayant vainement tenté d’en obtenir une communicalion nouvelle du Ministère des Affaires étrangères, on fit appel, lors de la reconstitution du dossier de l'affaire Dreyfus, aux souvenirs des officiers qui avaient connu de l'affaire en 1894

Fo

et plusieurs versions de la traduction du télégramme du 2 novembre furent élablies. Le commandant Cuignet n’en trouva qu'une, dans une armoire, celle de la pièce 44 et ne la classa dans le dossier secret que pour athurer l'attention sur le télé. gramme du 2? novembre.

Quoi qu'il en soit, que l'erreur soit volontaire ou involontaire, il est certain que la pièce 44 ne reproduit pas la traduction du télégramme communiqué en 1894 par le Ministère des Affaires étrangères au Ministère de la Guerre.

Voici, en effet, ce qui résulte des dépositions de MM. Delaroche-Vernet et Paléologue devant le Conseil de guerre de iennes.

Le 2 novembre 189%, le lendemain du jour où fut connue l'arrestation de Dreyfus, l'atlaché B avait déposé ou fait déposer au bureau télégraphique de la rue Montaigne un télégramme chiffré qui ne portait en clair que l'adresse du destinataire et le nom de l'expéditeur. Il a été constaté plus tard que ce dernier n'avait pas écrit le télégramme de sa main.

À raison de son caractère diplomalique, ce télégramme fut aussitôt communiqué, en décalque, au Bureau central de ladministration. Vous avez fait saisir ce décalque en 1899. On en prit aussitôt une copie sur papier à en-tête du Sous-secrélariat des Postes et Télégraphes, qui fut envoyée au Ministère des Affaires étrangères. Le décalque et la copie sont identiques. Quant à. l’autographe original, 1l fut conservé au Bureau de la rue Montaigne ; à l'expiration des délais réglementaires, il devait être et a été détruit. M. Paléologue a donné sur le mécanisme de la communicalion des télégrammes de cette nature les explications les plus détaillées dans sa déposition du 29 mars 190%.

Le Bureau du Chiffre du Ministère des Affaires étrangères entreprit immédiatement la traduction de la copie communiquée. M. Delaroche-Vernet et M. Paléologue ont fait connaître les difficultés particulières que cette opéralion avait rencontrées, l’attaché B ayant fait usage d'un chiffre qui n'était pas encore connu. Il y eut plusieurs ébauches de traduction qui, à raison des excellents rapports qui existaient entre les deux Ministères, furent communiquées au colonel Sandherr.

D'après les souvenirs de M. Delaroche-Vernet, une première version, toute problématique, aurait porté

On a arrêlé le capitaine Dreyfus, qui n'a pas eu de relations avec l'Allemagne.

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