‹ La revision du procès de RennesChapitre 48 sur 117 · V. — Quant à la cinquième question, je n'en sais rien · texte numérisé non relu

V. — Quant à la cinquième question, je n'en sais rien

À la suite de la publication de cette lettre de M. de Munster, qui, à cette époque, avait cessé de remplir les fonctions d’ambas- -sadeur d'Allemagne en France, S. À. S. le prince de Monaco adressait à M. Reinach deux lettres aux dates des 28 avril et 3 mai 1903. Dans la première, le prince de Monaco déclare qu'il a souvent entendu le prince de Munster parler conformément à ce qu'il avait écrit. La seconde est ainsi conçue

Mon cher Reinach,

La lettre du prince de Munster est tellement significalive quon ne saurait souhaiter un fait nouveau plus capable de calmer les consciences. Venant de l’homme respecté, influent el indépendant, qu'élait l'ambassadeur, une semblable affirmation contient la bonne parole, qui doit enfin réunir les esprits divisés. Elle crie la vérilé certaine, car un homme tel que Munsier, parvenu au terme de sa carrière, ne compromel pas sa renommée dans une lromperie misérable et inulile. Je fais des vœux sincères pour que, celle fois, la justice remelte chaque chose à sa place.

Croyez, mon cher Reinach, à mes sentiments affectueux.

Albert, prince de Monaco.

M. Reinach a aussi produit une réponse du prince de Monaco à des questions qui lui avaient été posées. Les questions et la réponse, quoique formulées en termes diplomatiques, n’en laissent pas moins très clairement entendre que les convictions intimes de la personnalité la plus haute du pays de l'agent A étaient en concordance absolue avec les déclarations du prince de Munster et de M. de Bülow.

Il était déjà permis de le penser après la note du Moniteur de l'Empire que vous connaissez.

Du côté italien, les affirmations de l'innocence de Dreyfus

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ont aussi persisté. Vous en avez eu la preuve par la déposition devant la Chambre criminelle de M. Reimach qui a reçu de l'Ambassade d'Italie des déclarations semblables à celles qui avaient été faites à M. le sénateur Trarieux, et par la déposition de M. Séménoff, publiciste russe, auquel l'attaché B a encore « juré sur l'honneur et sur ce qui lui était le plus cher, qu'avant l'arrestation de Dreyfus, il ne le connaissait n1 de nom, ni d'aucune autre façon ». Il a même ajouté qu'il aurait désiré entrer en relations, pour la commodité de son travail, avec la personne qui renseignait l’attaché À et que celui-ci l'en avait dissuadé en lui disant que cette personne n’était qu'une «€ fripouille » et qu'il n'aurait avec elle que des désagréments. Cette personne d’ailleurs n’était pas Dreyfus.

Telles sont, dans leur ensemble, les appréciations portées par des étrangers sur la culpabilité de Dreyfus. Officielles et publiques ou officieuses et privées, elles attestent son innocence. On ne saurait le méconnaître. Si les déclarations officielles renferment des rélicences diplomatiques, ce n’est pas en ce qui le concerne. Deux personnes étaient soupçonnées : Dreyfus, £sterhazy. Elles affirment l'innocence du premier et se taisent sur l'innocence du second. Ce sont là des nuances significatives, volontaires et délibérées que M° Demange, dans sa plaidoirie, prit soin de relever. Ces nuances ont, au contraire, disparu dans: les déclarations officieuses et privées, ainsi que vous l'avez vu par la lettre de M. de Munster du 20 mai 1901.

Nous venons de résumer et d'examiner dans les pages qui précèdent l'accusation portée contre Dreyfus dans les débats du Conseil de guerre.

Estal vrai, comme l'indique la demande en revision, et comme le soutient M° Mornard dans son mémoire, que lPillégalité commise en 1894 ait été renouvelée en 1899 et qu'une pièce d’une valeur probante décisive, mais dont la fausseté est aujourd'hui démontrée, ait été secrètement communiquée aux juges en dehors de la défense ?

Cette pièce serait un document ou la photographie d’un

document attribué à l'Empereur d'Allemagne lui-même, portant sa signature, et qui ne laisserait aucun doute sur la culpabilité de Dreyfus.

Il est certain aujourd'hui et incontesté qu'aucun document de cette nature n’a Jamais existé. Une légende fut créée de toutes pièces et, malgré son évidente absurdité, il faut bien reconnaître qu'elle ne fut pas absolument dédaignée par l'opinion publique, qui y trouvait enfin une explication simple de la condamnation de Dreyfus et des obscurilés qui l'entouraient. Bien des gens de bonne foi furent portés à admettre que le système si compliqué, si mystérieux de l'accusation n'avait été imaginé que pour sauver les apparences et qu'en réalité Dreyfus était condamné sur des preuves certaines que l'intérêt national ne permettait pas de divulguer.

M. le Procureur général et M° Mornard se sont attachés à étudier la genèse de cette légende et à rechercher les responsa bilités morales qu'elle engageait, Nous ne les suivrons pas dans celte crilique intéressante où ils ont surtout fait œuvre d'histo riens.

Nous nous contenterons d'examiner la question dans les termes où elle est posée. |

La fausseté de la légende s'établit aujourd’hui sans diseussion. Nul ne pouvait vous mieux éclairer sur ce point que M. le Président Casimir-Perier ; il savait tout et de sa bouche ne pouvait sortir que la vérité, Il a consenti à reproduire et à compléter devant votre Chambre criminelle, le 9 mai 1904, ses précédentes déclarations.

Nous regrettons très vivement de ne pouvoir reproduire ici, à raison de son étendue, cette déposition qui présente un intérêt capital. Mais vous l'avez lue dans les procès-verbaux de votre dernière enquête et vous estimerez sans doute comme nous qu’elle répand une lumière éclatante sur la légende du Bordereau annoté ou de la lettre impériale. Ni Fune, ni l'autre de ces pièces n'ont été connues de celui à qui, d’après la légende, elles auraient été impérieusement réclamées. D'autre part, nous savons maintenant à quoi nous en tenir sur ces craintes de complications internationales et sur ces angoisses de la nuit historique du 6 janvier 1895 que le Bordereau et sa réception, tels que nous les connaissons, ne pouvaient pas expliquer.

Les pièces n’existaient pas; personne n’en a même vu la reproduction, qui n'eût élé qu'un faux. Qu'importent alors les

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