RÉQUISITOIRE
de M. le Procureur général Baudouin”
Monsieur le Premier Président, Messieurs,
L'heure est enfin venue pour moi de remplir le rôle que Ja joi m'impose et de placer sous vos yeux, en en dégageant les résultats, l'enquête ordonnée par l'arrêt du 5 mars 1904.
De tous mes vœux je pressais ce moment qui va me permettre d'accomplir ce grand devoir de justice dans celle cause où l'intérêt de l’ordre social, lié si étroitement à l'intérêt particulier, a passionné le monde entier et depuis tant d'années tenu les esprits en suspens.
Des gens, intéressés à jeter la suspicion sur notre œuvre qu'ils sentent destinée à étaler en pleine lumière leurs intrigues et leurs crimes, s’en allaient, répétant que la lenteur avec laquelle se déroulait la procédure était la preuve éclatante de notre embarras. Quelle serait notre déroute, disaient-ils, s'il était prouvé que la revision demandée n’est qu'une imposture basée sur une erreur et sur des faux commis par ceux qui la poursuivent !
C'est en ces termes que s’exprimait notamment le journal l'Eclair, qui puise ses inspirations dans les confidences du commandant Cuignet dont vous aurez à apprécier le rôle, et dans celles de l’ancien archiviste Gribelin, qui cumule, 1l n’est pas inutile de le rappeler dès ici, avec le rôle de fabricateur conscient de la fausse comptabilité du service des renseignements, le ütre d'administrateur de ce journal.
(1) Le réquisitoire de M. le Procureur général Baudouin a occupé les
audiences des 25, 26, 27, 28, 30 juin, 2, 3 juillet, et la première partie de l’audience du 5 juillet 1906.