‹ La revision du procès de RennesChapitre 67 sur 117 · LE AE · texte numérisé non relu

LE AE

alloué à la Section de statistique. C’est qu'en effet on projetait dès ce moment de mettre à l’étude un nouveau plan de mobilisation, et il était nécessaire de redoubler de vigilance.

En avril 1894 arriva la lettre

« Ce canaille de D... »

Dans la conviction que le traître ne pouvait se trouver que parmi les huissiers ou garçons de bureaux, on rechercha parmi ceux-ci ceux dont le nom commençait par un D... (1). On surveilla ainsi un nommé Dachez, dont l'attitude semblait louche ; e’était un ivrogne, un alcoolique ; mais on ne trouva rien autre chose.

El en fut de même d’un nommé Dubois qui n’appartenait pas au Ministère de la Guerre et qui avait offert à lattaché militaire B... de lui vendre le secret de la poudre sans fumée. L'offre était sans importance à ce moment. L'homme — peu intelligent — sembla hors d'état de fournir les documents remis à A... et à Er... @Y

Peu après, au commencement de mai ou à la fin d'avril 1894, l'un des agents du service, dont nous aurons souvent à parler, Guénée, signala qu'une personne généralement bien renseignée était d’avis que les investigations n'aboutiraient pas, tant qu’on ne se déciderait pas à surveiller le personnel autre que celui des garçons de bureau et des huissiers (3).

Cette allusion au personnel officier causa un sérieux étonnement. Des ordres furent cependant donnés pour que la surveillance la plus rigoureuse fût exercée sur tout le personnel. Elle fut presque exagérée, dit le général de Boisdeffre (4) et s'étendit jusqu'au général Roget (5), jusqu’au commandant Cuignet (6). Elle ne donna rien. |

Un second rapport de Guénée vint pourtant confirmer le premier. L’informateur affirmait que les attachés A... et B... étaient admirablement renseignés par un officier appartenant à l'Etat-Major de l’armée... au deuxième bureau, tout en ajoutant qu'il ne connaissait pas le nom de cet officier, et que, s’il le connaissait, il ne le dirait pas.”

Les choses en étaient là,lorsque vers la fin de septembre 189%, entre le 20 et le 25 (nous dit-on aujourd'hui), le bureau des ren-

a Rennes, I. 588.

2} Dossier secret pièce 34.

(4) E. c. 472. — I. 615. Rennes, I. 588.

seignements fut mis en possession de la pièce qu'on a appelée le Bordereau.

C'était une lettre missive, écrite sur papier pelure quadrillé, annonçant l'envoi de divers documents, dont la livraison semblait constituer un acte de trahison (1).

Il est connu de tous ; vous en avez la photographie sous les yeux ; el nous aurons tant à revenir sur ses termes que Je juge inutile de vous en donner en ce moment lecture.

D'où venait-1l et comment était-il parvenu à la Section de statistique ?

Tout de suite nous nous heurtons à l'incertitude la plus grave. Le fait mérite cependant d’être élucidé et fixé, s’il est possible.

L’accusation dressée contre Dreyfus n’a eu à son origine d'autre base que le Bordereau dont on l’a dit l’auteur.

Et nous verrons que le général Mercier reconnaît lui-même qu’à l'heure actuelle il reste avec les prétendus aveux de Dreyfus l'unique charge qui puisse être invoquée contre lui.

Constitue-t1l donc un fait de trahison réelle ? Ou n'est-il qu'un acte établi pour faire croire à l’existence d’une trahison dont on n'avait pas la preuve, et dont on voulait se donner le moyen de rechercher et de dénoncer l’auteur ; ce qu'Esterhazy dans son langage imagé a appelé une « lettre de change tirée sur la culpabilité de Dreyfus ».

C’est ce que nous avons tout d’abord à rechercher.

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La question, dit-on, n’est pas nouvelle. Soulevée en 1899, elle aurait été abandonnée par le Procureur général, par la défense elle-même.

M° Mornard disait dans son mémoire d'alors (p. 181) :

Il faut reconnaître que l'hypothèse présentant le Bordereau comme document forgé et présentant Henry comme recevant et apportant luimême cette pièce au Ministère ne peut plus guère se concilier avec les résultats de l'instruction (2).

Mais depuis 1899 la situation ne s’est-elle pas considérablement modifiée ? Les déclarations d’Esterhazy sur lesquelles

(1) Réquisitoire p. 212.

(2) Rap. B.-B. p. 135.

on diseutait alors étaient vagues, imprécises.. Il soutenait luimême

« qu'on en irait des interprétations qu’elles ne comportaient pas » (1).

Elles ont pris depuis ce moment une netteté, une précision, une insistance qu’on ne peut pas méconnaitre.

Il est done impossible de ne pas tout au moins les examiner dans tous leurs détails, de ne pas en peser tous les termes, de ne pas les confronter avec tous les autres faits, pour en vérifier autant que possible les allégations.

C’est ce que nous devons faire.

Premier fait énorme, capital, que nous devons tout de suite signaler. Il n’est pas douteux que le Bordereau n'ait été écrit de la main d'Esterhazy.

Celui-ci l’a à la vérité longtemps nié, lorsqu'il obéissait aux ordres de l’'Etat-Major qui le défendait en revanche avec une passion dont personne n’a perdu le souvenir, et sur laquelle nous aurons à revenir. Mais lorsqu'il s’est vu abandonné à luimême, mis en réforme, obligé de fuir à l'étranger, lorsque d'autre part l'expertise ordonnée par vous en 1899 eut établi à l'évidence la matérialité du fait, lorsque les investigations de l'information eurent retrouvé entre ses mains, à l’époque même où le Bordereau a été écrit, le même papier pelure que celui sur lequel ce document est écrit, il se décida à avouer ce qui était déjà établi sans discussion possible, à savoir qu'il avait écrit de sa main le Bordereau.

Déjà la vérité lui avait parfois échappé. Tel un cheval vicieux qui, même sous l’éperon et la cravache, se cabre, pointe et s’emballe, Esterhazy s'était parfois emporté, au mépris des instructions qu'il avait reçues, sous le mépris qui le flagellait et qui l’exaspérait.

C’est ainsi qu’au cours du procès Zola, il avait manifesté son irritation de l’attitude des officiers à son égard.

« Le premier jour, dans la salle-des Pas-Perdus, vous a dit M. Chincholle lors de l'enquête de 1899 (2), tous les officiers, sans exception, semblaient le fuir,et il se promenait seul avec des amis civils; dans la deuxième journée, au contraire, il est venu, encadré de deux officiers ; avant l’audience d’autres officiers ont causé avec lui, l'ont admis près d'eux. Pendant la suspension d'audience, au contraire, il s’est retrouvé seul et a semblé fort irrité.

Le troisième jour (je le crois) son abandon fut encore plus complet, (1 )

JE ce LI83. (2)

Cass. I. 180.

son irritation plus vive. Pendant la suspension d'audience, il s’élança dans la galerie Marchande où des amis civils allèrent au-devant de lui, semblant lui dire de se calmer ; ces personnes étaient au nombre de quatre ou cinq. Passant tout près du groupe, j'entendis fort dislinctement d’aberd celle phrase : « Ils m'embêtent, à la fin, avec leur Bordereau. Eh bien! oui, je l'ai écrit, mais ce n’est pas moi qui l'ai fait : je l'ai fait par ordre. »

Esterhazy a nié ce propos (1).

Mais un second incident se produisit presqu'aussitôt, plus caractéristique encore.

Le 11 janvier 1898, Esterhazy avait été acquitté par le Conseil de guerre. Mais il était bientôt déféré à un Conseil d'enquête appelé par le ministre, M. Cavaignac, à donner son avis sur sa mise en réforme. Il avait été de plus arrêté et détenu quelques jours sur mandat décerné par le juge d'instruction, M. Bertuhus.

À sa sortie de la prison, M. Strong Rowland, correspondant du New-York Times, de l'Observer et de la St-James Gazette, qui est en relations assez fréquentes avec lui depuis octobre précédent, vient le voir sur sa demande.

Il le trouve

« dans un état d'excilation extrême, annonçant qu'il allait tout dire... que ce serait la ruine de du Paty de Clam, et de tous les gens qui l'ont abandonné » (2);

répétant (le lendemain) que

« si on lui arrachait ses épaulettes, il ferait tout pour entraîner la ruine de ceux qui le lächaient »;

au sortir du Conseil d'enquête,

« continuant à annoncer qu'il dirail tout ce qu'il savait sur tout le monde, traitant d'abominables les procédés de lEtat-Major, non pas seulement contre lui Esterhazy, mais également contre Dreyfus, vis-à-vis de qui, pour obtenir sa condamnation, l'Etat-Major a eu recours à des moyens atroces » ;

et finissant par s’écrier, alors que son interlocuteur lui rapportait un propos de M° Léon Daudet disant

« qu'il se pouvait bien qu'Esterhazy ne fût ni un traître ni um bandit, mais qu'il était certainement l’auteur du Bordereau » (3).

« Eh bien! écoutez donc ! Si j'allais dans une rédaction d’un journal à l'étranger (car je ne puis le faire ici), et si je disais que je suis tel et tel, et que je suis l’auteur du Bordereau, et que je l'ai écrit dans telle ou telle condition, ne croyez-vous pas que cela ferait sensation ? — Sensalion, oui, lui répondis-je ; mais je crois que cela n’étonnerait pas beaucoup de

(1) Cass. 416-421.

(2) Cass. p. 517.

(3) Cass. II. 518.

monde... Mais pourquoi avez-vous écrit ce Bordereau? — Sans nulle hésitation, 11 m'a répondu : « Je l'ai écrit sur l'ordre du colonel Sandherr.»

Ensuite il s'expliqua : « Si, ditl, j'ai écrit le Bordereau sur l’ordre du wolonel Sandherr, c’est que l'Etat-Major désirait posséder une preuve matérielle contre Dreyfus, à l'égard duquel il n'y avait que des preuves morales. On avait alors, ajoutait Esterhazy, décidé d'arrêter Dreyfus, et de le traduire devant un Conseil de guerre ; mais, pour avoir une preuve malérielle et pour assurer la condamnation, le colonel Sandherr m'avait dit à moi, Esterhazy, d'écrire le Bordereau, et je l'ai écrit sans déguiser mon écriture. Lorsque Dreyfus a comparu devant le Conseil de guerre, le Bordereau a été montré à ce Conseil (1). »

Ce récit confirmé, développé par Esterhazy devant M. Fielders, journaliste américain, devant Mme Beer, directrice de l'Observer, a fait l’objet de cinq articles publiés dans ce journal (2).

Je sais bien qu'Esterhazy les a démentis dans le Morning Leader, le Daily News, la Libre Parole (3), et qu'à ce sujet y a eu entre lui et Mme Beer de nombreux démêlés judiciaires terminés par une transaction.

Mais Esterhazy ne s’en est pas tenu à ces déclarations. La veille même du jour où vos Chambres réunies allaient rendre leur arrêt, c’est-à-dire le 2 juin 1899, il se trouvait à Londres, en face de l’un des rédacteurs du Matin, Serge Basset, dit Paul Ribon ; et dans un interview que celui-ei lui faisait subir, il lui déclarait encore et catégoriquement qu'il était l’auteur du bordereau. Il faut lire le récit qu’en a fait Serge Basset au Conseil de guerre de Rennes (4).

Il vient d'apprendre à Esterhazy de mauvaises nouvelles : Ia déclaration faite à l'audience par le rapporteur M. Ballot- Beaupré qu'en son âme et conscience il le croit l’auteur du bordereau ; la demande en divorce formée par Mme Esterhazy.

Esterhazy est atterré, se lamente ; Serge Basset a pitié de lui, et « naïvement, sans aucune préoccupalion de mélier, je lui dis : « Si les généraux, après avoir imposé à votre dévouement les missions, diles-vous. les plus difficiles, les plus dangereuses, vous abandonnent, ce sont de grands coupables et vous avez le devoir, pour vos enfants. de vous dégager de toute compromission avec eux; il faut dire la vérilé tout entière : vous assurerez ainsi voire tranquillité personnelle (j'insistai sur

ce point), et vous vous préparerez un moyen de défense contre des accusations dont le flot peut rejaillir sur vos enfants. »

(1) Cfr. Strong Rowland. Rennes, II. 287 et suivants.

(2) Cass. 518, 587.

(3) Temps, 28. sept. 1808. Libre Parole, 31, sept. 1898. Matin, 1® oct., 18£8. (4) Rennes, III, 386 et 3.

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« J'avais parlé en toute sincérité ; le commandant le comprit. Il réfléchit pendant quelques instants, et il me dit tout d’un coup... « Ecoutez, Ribon, je crois que vous avez raison ; je vais dire la vérité ; eh bien! je vais vous dire quelque chose que peu de personnes ont su jusqu'à présent : c’est moi qui ai fait le Bordereau ! »

« À celle déclaration inopinée, je reslai interloqué : « Comment! c'est vous ? » Il me dit : « Oui, c'est moi qui, en 1894, ai écrit le Bordereau, à la prière du colonel Sandherr, mon supérieur. Il y avait à l'Etat-Major un officier qui trahissait ; cet officier s'appelait Dreyfus. I] fallait le pincer : voilà comment j'ai écrit le Bordereau ; quant à dire pourquoi, je le dirai plus tard. »

« Il l'a dit en effet plus tard.

« Je vous avoue que j'étais tout interloqué, et qu'il me sembla qu'un frisson passait sur moi. Quand je fus un peu remis, je lui dis : « Comment avez-vous pu porter le poids de ce secret pendant quatre ans ? » — Il me répondit : « Si vous saviez toutes les sollicitations dont j'ai été l'objet de la part des dreyfusards, de la part de mes parents, de la part de mes amis, de la part de mes proches, de la part des généraux, de la part de l'Elat- Major ! Il y a six mois, j'ai voulu faire celte déclaration. L'Etat-Major m'a impérieusement ordonné de me laire ; il y avait à celte époque-là une

.centaine de gens qui s’accrochaient à mes basques, me suppliant de ne pas parler, de rester le soldat dévoué que j'avais été, de rester le dernier rejeton de toute une lignée de généraux illustres. »

« Voilà, Monsieur le Président, non seulement le sens, mais à quelques expressions près, les termes de la déclaration du commandant Esterhazy. Vous pensez que quand on a entendu des choses semblables, on ne les oublie pas (1). »

Ce récit, Basset l’a envoyé à son journal, non pas rédigé par lui, mais dicté par Esterhazy, authentiqué par lui dans une note signée et datée de sa main, ainsi coneue :

« J'affirme que l’article paru dans le Matin sous la signature de M. Paul Ribon, et rapportant les déclarations que je lui ai faites relativement au Bordereau est rigoureusement exact et rapporte textuellement mes propres

paroles.

Londres, le 4 juin 1899.

Commandant Esterhazy (2). »

Cette note a élé saisie dans les bureaux du Matin : elle est au dossier de Rennes (liasse 7, pièce 45).

Son contenu a été deux fois confirmé par Esterhazy 1° dans une lettre à son avocat, M° Cabanes, qui a été versée dans la dernière enquête par M. Reinach à qui elle a été apportée, et qui est ainsi conçue

« Cher Maïlre, je ne partage pas votre sentiment ; il mimportait peu, en effet, d'être ou non l’auteur de la revision ; ce qui m'importait, c'était de me défendre, moi et moi seul, abandonné de (ous, et c'est pour cela que je devais parler. Ce qui est fait est fait... Demain je parle; j'en ai

(1 Rennes, IIT, 385, 386.

(2) Rennes, III. 386.

assez. Vous lirez mon interview. Ce sont ces misérables läches qui l'ont voulu ; que cela retombe sur leur tête! » (1).

2° dans une lettre d'Esterhazy au commandant Carrière du 6 août 1899, dans laquelle 1l dit :

Vous avez saisi dans les bureaux du Matin l’article dans lequel je raconte en délail ces faits. Cet article est de ma main; je n'ai rien à y changer, et je jure qu'il est l'expression de la vérité (2).

Le lendemain de son entretien avec Basset, Esterhazy répétait le même récit devant M. Deffès, rédacteur du Temps (3).

Pendant tout le cours du procès de Rennes, il n’a cessé d'écrire aux juges du Conseil, au Commissaire du Gouvernement au général Roget (4). Sur la demande de M° Labori, ces lettres ont été versées au dossier. Dans toutes 1l reproduit sa Version.

Je ne puis ici vous les lire toutes. Il y en a 19. Nous les avons imprimées in-extenso, et vous en avez pris Connaissance (9). Permettez-moi de ne détacher que quelques fragments de la longue épître qu'il a adressée le 6 août 1899 au commandant Carrière (6).

Il y donne en entier son récit, raconte sa liaison avec le colonel Sandherr, ses relations par ordre avec l’attaché A

Iles

les conditions dans lesquelles il fut amené à écrire le Bordereau, la manière dont cette pièce a été reprise chez A.…., sans que celui-ci en ait jamais eu connaissance.

Après avoir expliqué les raisons qui l’empêchent de venir à Rennes

« sans ressources... et ne pouvant, déshonoré comme il l’est, par la lächeté de tant de gens, déposer sous la formule ordinaire du serment ».

il continue en ces termes

Mais je veux dire certaines choses et en jurer la vérité devant Dieu, auquel je crois de toutes mes forces, et par les deux sentiments qui restent aujourd'hui les seuls vivants dans mon cœur, la mémoire sacrée de mon père qui fut l'un des plus glorieux chefs de l’armée francaise, et l'amour

que j'ai pour mes enfants. Par cette mémoire qui fut jadis mon orgueil,

par cette tendresse qui tient toute mon âme, je jure la vérité des faits suivants.

Il raconte alors comment il a connu le colonel Sandherr, à

HP en 551

(2)°E. c: Il: 447.

(3) Rennes, III, 409.

(4) Rennes, III. 391, 394.

(SIN CAE 4515272482;

(6) E. c. II, 444.

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ce moment capitaine... lors de l'expédition de Tunisie... au Service des renseignements où il était lui-même. Les relations de service devinrent bientôt des relations d'amitié ; elles ont toujours continué malgré l’éloignement des garnisons. Sandherr se donnait corps et âme à son service. Plein de la haine de l'ennemi héréditaire, il déplorait la faiblesse du Gouvernement vis-à-vis de lui.., ne se tenait par de fureur devant les félonies de l'espionnage étranger exercé au mépris des engagements d'honneur les plus sacrés. Les fuites nombreuses qui s’opéraient . au Ministère de la Guerre le mettaient hors de lui. Le Gouvernement refusait de mettre la main sur les émissaires qui mouchaient autour de iui.

« C’est alors que le colonel Sandherr me proposa en juillet 1894 d'entrer en relations avec l’attaché militaire A... C'était un acte vil dont Sandherr était incapable, dit majestueusement le général Gonse, qui n'a pas craint de singulièrement altérer la vérité à mon sujet, à propos de ses rapports avec moi, de sa conduile au cours de mon instruction. À ce compte-là bien des officiers employés aux renseignements auraient commis des acles vils ; et, au surplus, y a-t-il un acte vil, quand il s’agit de défendre son pays, à de pareilles intrigues ?.. J’entrai donc, à la demande du colonel Sandherr, en relations avec AÀ.., et cela, je le répète, en juillet 1894.

Très infalué de lui-même, infiniment moins au courant que je ne l’eusse cru des choses les plus élémentaires de notre système militaire, cet officier n'était pas difficile à abuser. Je m'y employai de mon mieux en me conformant sitriclement aux prescriplions qui m'étaient données, aux indications que je recevais. Et c'est dans une discussion très vive, voulue par mon chef et amenée par moi sur la supériorité du service des renseignements (étranger) comparé avec le service français que A.., qui affirmait avoir à son service un grand nombre d'officiers français, fit allusion en propres termes à un officier dont il disposait au Ministère de la Guerre,un capitaine el un arlilleur encore (sic). Je rendis immédiatement comple au colonel Sandherr de cetle conversalion. «Je sais qui c’est, el je tiens mon homme », me dit-il. Quelques jours après il me dicta le Bordereau que j'écrivis au crayon el recopiai chez moi, el que, conformément à mes instructions, je porlai ensuite chez A... — profilant d'une époque où nous savions A... absent de Paris, en congé... — Ce document a été pris dans la loge du concierge. Îl a été pris intact sous son enveloppe el apporté par X... employé, notre agent. Il a été déchiré pour faire croire qu'il venait du cornet. Telle est la vérilé absolue. Vous avez saisi dans les bureaux du Matin l'article dans lequel je raconte en détail ces faits. Cet article est de ma main. Je n'ai rien à y changer, et je jure qu’il est l'expression de la vérité. »

Et, dans sa lettre du 29 août, au général Roget, après avoir lu la déposition de M. Bertillon, il écrit :

« Je n'ai rien à répondre à ce Bertillon, à ce fou misérable, dont la place est à Bicêtre ou au bagne, et qu’en six lignes Je clouerais sans réplique autrement que par les discours idiots du juif Paraf... Il est désolant de ne pas avoir voulu dire la vérité et le rôle de Sandherr qui expliquait tout. Que ce soit odieux et stupide, comme dit cet invraisemblable Gendron,

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