‹ La revision du procès de RennesChapitre 71 sur 117 · GE C · texte numérisé non relu

GE C

(HE CAC 609!

Hadamard par exemple, des propos de tous points contraires à leurs dépositions et s’attire de leur part les démentis les plus cruels et les mieux fondés.

Vous venez de voir qu'Henry a déclaré que le Bordereau est arrivé en même temps que d’autres pièces que nous connaissons tous. Et, dans une note d’avril 1898 retrouvée par le commandant Targe, nous lisons également la question suivante du général Gonse :

« Date de la saisie du Bordereau ».

et cette réponse de la main d'Henry :

Septembre 1894. Ce Bordereau était accompagné de quatre aulres pièces émanant de la même source el dalées. Ces pièces ont élé remises sous bordereau au général Gonse (1).

Ces quatre pièces figurent sous les n°° 67 à 73 dans l’inventaire Joint au raport Gonse-Wattinne, dressé le 1% juin 1898 pour constaler l’élat et le contenu du dossier secret à cette époque. Elles portent les dates des 4, 25 août, 2, 21 et 29 septembre 1894. Ce sont ces documents que M. Wattinne a imvoqués, pour dire avec un euphémisme charmant que

« la source du Bordereau était pure » (2).

Je ferai remarquer que sur ce point encore rien ne prouve que ces pièces soient arrivées en même temps que le bordereau. Nous n’en avons d'autre preuve que la parole d'Henry, et c’est mince.

Notre inquiétude ne diminuera pas si nous observons d'autre part que de ces quatre pièces qui accompagnaient, nous dit-on, le bordereau arrivé du 20 au 25 septembre, il en est une qui, d’après le rapport Gonse-Wattinne, porte la date du 29 septembre (n° 73), ce qui semble au moins singulier, et si nous nous rappelons encore et surtout que c’est identiquement par ce même argument que M. Cavaignac, trompé par Henry, a établi à la tribune l'authenticité morale et matérielle de la pièce qu'il produisait, le 7 juillet 1898, avec tant de fracas, et qui n’était autre que le faux Henry :

Son authenticité morale, disait-il alors, résulle d’une facon indiscu-

table de ce qu'il fait partie d’un échange de correspondance qui eut lieu en 1896. La première lettre est celle que je viens de lire. Une réponse

contient deux mots qui tendent évidemment à rassurer l’auteur de la première lettre, Une troisième lettre enfin, qui dissipe bien des obscurités, indique avec une précision absolue, une précison telle que je n'en puis lire un mot, la raison même pour laquelle les correspondants s'inquiétaient (1).

Or, l'événement s’est chargé de montrer ce qu'il fallait penser de cette argumentation indiscutable. Tout cela n’était que faux !

Disons-le donc, sur ce point comme sur le précédent, nous n'avons rien que le témoignage éminemment suspect d'Henry. Personne ne sait rien, ne dit rien en tout cas, ni Brucker, cet agent de la Section de statistique, qui a été longiemps et jusqu'à l'affaire Milescamps, l'intermédiaire habituel entre le Bureau et la femme Bastian, et qui n’a jamais rien vu dans les papiers qu'il transportait et compulsait, qui concernât Dreyfus (2); ni la femme Bastian elle-même, qui n’a rien su du bordereau et qui a eru par erreur que Dreyfus avait été arrêté sur la livraison par elle faite d’une lettre proposant à A... le secret de la poudre sans fumée (3).

Personne n’a pu donner d'indication prouvée ni sur la date, ni sur la provenance du bordereau.

Et tout ce qu'on sait c’est qu'un matin de septembre 1894, vers 8 h. 1/2, Henry qui était dans son cabinet au Ministère, ayant entendu le commandant Lauth arriver au Bureau, l’a appelé et lui présentant un papier déjà recollé, non pas fraîchement, car il était entièrement sec, mais de la veïlle au soir : « Regardez donc, lui dit-1l, ce que je viens de trouver dans le paquet. » (4).

Ce même papier, il le montra aussi au capitaine Matton et à Gribelin qui survinrent peu après ; il ne le porta au colonel Sandherr que vers 10 heures. Il avait, suivant le commandant Lauth, l'air très étonné, abasourdi, et semblait ne soupconner en rien l’auteur de la pièce (5).

Le texte du Bordereau annonçait trois pièces sur cinq concernant l'artillerie. On pensa tout de suite qu'il devait être l’œuvre d'un artilleur ; et cette idée se doubla bientôt de cette autre que cet artlleur devait être un officier de l’Etat-Major de l'Armée. plus spécialement un stagiaire ayant passé par les ee bureaux.

C’est dans cet esprit que commencèrent aussitôt les

(1) Je o., 3 juillet 1898, p. 1957, col. 3.

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