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ÉEACI1-2998 E. c. II. 401, 404.
E: c. Il. 404.
ENCAIAOTE ERCIT- 408
Il marchait dans sa cellule comme un égaré, se battant contre les murs sans en avoir conscience, s'y blessant au front ; il ne cessait de gémir et de pleurer, disant qu'il sentait son cerveau s’en aller, qu'il deviendrait fou avant d’avoir pu prouver son innocence (1).
Le commandant Forzinelli en était aussi préoccupé que possible.Il craignait un acte de désespoir, et l’écrivait au Gouverneur militaire de Paris (2). Et lui, qui a une si grande pratique des prisonniers au milieu desquels il a vécu tant d’années, qui sait presque à coup sûr distinguer les innocents des coupables, ne craignait pas de dire au général de Boisdeffre qui l'interrogeait :
Mon général, si vous ne me demandiez pas mon avis, je me serais bien
gardé de vous le donner. Mais je crois que vous faites fausse route. Dreyfus est aussi innocent que moi (3)!
Ah ! que ne la-t-on écouté, Messieurs ! et que n’a-t-on évité
ainsi à la justice l’'abominable erreur qu'un aveuglement inconce- ”
vable l’a conduit à commettre !
M. du Paty ne s’en est pas tenu cependant à interroger Dreyfus. S'il n’a entendu aucun témoin, il a du moins fait commettre trois experts nouveaux : MM. Teyssonnières, Charavay, Pelletier, qui ont été appelés à donner leur avis sur le Bordereau et sur son attribution à Dreyfus.
M. Teyssonnières ! Ah quel expert !
Rayé à ce moment même pour les faits les plus graves par l2 Tribunal de la Seine de la liste de ses experts, convaincu plus tard d’avoir manqué à tous ses devoirs et à son serment, en communiquant à la presse le Bordereau qui ne lui avait été remis que sous le sceau du secret, condamné depuis par le Tribunal du Blanc et la Cour de Bourges le 8 juillet 1901, pour avoir attesté contre toute vérité qu'une pièce diffamatoire était de l’écriture d’un notaire, le sieur Labouysse, et rayé le 26 décembre 1901 de la liste des experts près la Cour d'Appel de Paris qui l'avait recueilli, il se prononce nettement contre Dreyfus. Pour lui, il y a
« similitude de graphisme, d'espacement des lignes, d'inclinaison et de longueur de mots, mêmes lignes ascendantes et descendantes, concaves et convexes. L'écriture du Bordereau présente tous les caractères d’un déguisement d'écriture dans laquelle le naturel reprend quand même le dessus. avec les tics… l'allure... la démarche, la physionomie, qui consütuent la personnalité. En conséquence, nous déclarons que lécriture de
(1) Cass. 219. Rennes, III, 111.
(2) Lettre 27 octobre 1894.
(3) Cass. 219. Rennes, III. 104, 105, 110.
ve
la pièce incriminée N° 1 émane de la même main que toutes les pièces de comparaison N°* 2 à 50 (1).
M. Charavay, un parfait honnête homme, un expert éminent, un savant !
N'ayant à ce moment que les pièces de comparaison émanant de Dreyfus, il a cru reconnaître dans le Bordereau l'écriture le l'accusé, tout en signalant jusqu’à six ordres de différences ; mais il les expliquait par cette idée qu'il est rationnel de croire à un déguisement d'écriture dans des documents de celte nature (2).
Mais combien ne s’est1l pas reproché ce rapport et celte conclusion, Messieurs, lorsqu'ultérieurement il a connu l'écriture d'Esierhazy, et qu'il a pu la rapprocher de celle du Bordereau ? Avec quels accents du cœur et de la conscience n’a-t-1l pas alors rétracté son erreur première devant le Conseil de guerre de Rennes !
Je tiens à déclarer ceci, s’écriet-il, c'est qu'en 1894, abusé par une ressemblance graphique, je me suis trompé en attribuant la pièce appelée Bordereau à l'auteur d’une lettre anonyme qui était celle du capitaine Dreyfus. Ayant trouvé un nouvel élément d'écriture, j'ai reconnu mon erreur, et c’est pour moi un très grand soulagement de conscience de pouvoir devant vous, Messieurs, et surtout devant celui qui a été victime de cette erreur, déclarer que je me suis trompé en 1894, et que j'estime actuellement que l'écriture du Bordereau n’est pas l'œuvre graphique du capitaine Dreyfus, mais qu'elle est celle du commandant Esterhazy. (Sensation) (3). ;
Quant au troisième expert, M. Pelletier, 1l était, dès 1894, d’un avis diamétralement opposé à celui alors donné par MM. Teyssonnières et Charavay. Il signalait le caractère absolument naturel et franc de l'écriture du Bordereau qui n’était en rien déguisée. Sans doute cetle écriture était du même type général que celle de Dreyfus ; mais il observait en même temps que ce genre de graphisme était commun à beaucoup de personnes écrivant vite et régulièrement. Et il indiquait en même temps d’une part la banalité des ressemblances, d'autre part de notables et décisives différences, le Bordereau étant d’une écriture sautillante et sobre, l'écriture de Dreyfus étant beaucoup plus posée, moins irrégulière de forme ; et comme conclusion il déclarait qu’il ne se croyait nullement autorisé à attribuer à Dreyfus le document incriminé (4).
(1) Proc. Paris, cote 36.
(2) Proc. Paris, cote 37.
3) Rennes, II. 466.
ñ Proc. Paris, cote 38.
Re
Ces conclusions contraires à l'accusation ont eu, en ce qui le concerne, le même résultat que celles de M. Gobert. M. Pelle. üer s’est vu aussitôt mettre en suspicion par l’Etat-Major, attaqué de la même façon que M. Gobert. Tout lui est imputé à crime : et le fait qu'appelé à donnér en conscience son avis, il n’a pas voulu travailler avec M. Bertillon dont il savait l'opinion précon çue (1) ; et le fait qu'appelé en même temps à l'instruction et à la Cour d'assises, 1l s’est rendu devant cette dernière, dont l’audience ne pouvait se remettre (2). Tout lui est reproché avec la plus extrême vivacité, et suffit à éliminer son témoignage qui était gênant et ne répondait pas à ce qu’on voulait de lui (3).
On y pouvait du reste opposer un nouveau rapport de M. Berüllon, qui, poursuivant et complétant ses premières observations, persistait avec plus d'énergie encore dans ses précédentes conclusions.
Il faut lire, Messieurs, ce rapport pour se rendre compte de l'état d'esprit de cet expert, pour comprendre à quelle incurable, à quelle aveugle prévention 1l a, dès la première heure, obéi. Personne n'y voudrait croire, si nous n'avions sous les yeux ces lignes inconcevables, tracées de la main même de cet auxiliaire de la justice ! Il affirme la culpabilité de Dreyfus !
« En effet,écrit-il, les coïncidences étaient trop nombreuses pour laisser le moindre doute. J'ajoute même qu'elles étaient beaucoup trop nombreuses, et que l'esprit élait stupéfait d'être anrené à conslaler avec toute évidence qu'un homme incontestablement très instruit et très intelligent avait pu écrire un billet de celle gravilé, sans déguiser manifestement son écriture, à l'exception du double S S que j'avais signalé dès le premier jour, mais dont l’explicalion physiologique qui se rattache à l’ensemble du plan de trahison m'avait échappé. Par quel plan machiavélique ce criminel complait-il done se défendre en cas de découverte ? Pourquoi ne pas avoir employé l'écriture renversée ou de la main gauche ou avec un gant? Pourquoi l'emploi du papier pelure qui n’est utilisé à l'habitude que pour faire des économies de timbres-poste? Pour une lettre, dont le prix se chiffrait peut-être par millions, c'était d’une mesquinerie déconcertante. » —- (Sans indiquer alors les points communs si nombreux que l’énumération, dit-il, en serait fastidieuse, il passe aussitôt aux divergences bien plus intéressantes, en ce qu’elles décèlent tout le futur plan de défense de l'auteur anonyme.Il les énumère en détail).« Pourquoi, continue-t-il,ce soin dans des dissimulations si peliles, si mesquines, qui ne pouvaient évidemment pas altérer la ressemblance des deux écritures ? C’est que l'identité de l'écriture a été volontairement conservée par notre eriminel, qui compte s'en servir comme sauvegarde, justement à cause-de son absurdité même... De là aussi les quelques tremblements accentués dans l'écriture qui
(1) Proc. d’'Ormescheville, cote 101. Rennes, I. 90. (2) Proc. d’Ormescheville, cote 101.
(3) Rennes, I. 90.
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