LS 170 EE
par Lebrun-Renault, mais comme idée personnelle à celui-ci; et ses auditeurs l’ont attribuée à Dreyfus lui-même; et voilà comment la déformation s’accuse et s’établit. Qui ne comprend, Messieurs, ce qui s’est en réalité passé ! Dans son rapport aux Chambres réunies en 1899, M. le Premier Président Ballot-Beaupré nous l’a dit avec une limpidité que je ne pourrais qu'obscurcir, si je n’en remettais pas les termes mêmes sous vos yeux.
Dreyfus commença par protester de son innocence, par dire qu'avec la fortune importante dont il jouissait et le bel avenir qui lui était réservé, il ne pouvait avoir eu aucun intérêt à trahir. Il ajouta : « Je suis innocent ; dans (rois ans on reconnaitra mon innocence. Le Ministre le sait: et le commandant du Paty de Clom est venu me voir il y a quelques jours dans ma cellule ; il m'a dit que le Ministre le savait. Le Ministre savait que, si J'avais livré des documents à... ils étaient sans importance et c'était pour en obtenir de plus importants. »
Dreyfus rapportait les paroles qu'il prétendait lui avoir été adressées le 31 décembre 1894 par M. du Paly de Clam et auxquelles il avait répondu par une affirmalion de son innocence.
C'est M. du Paty de Clam qui, pour provoquer des aveux, lui avait dit: « Le Ministre sait que vous êtes innocent ; ie Ministre sait que si vous avez livré des documents, c'était pour en avoir de plus importants. »
Et le capitaine Lebrun-Renault a compris, comme venant de Dreyfus ce que Dreyfus, dans un monologue « coupé », «haché », indiquait comme venant de du Paty de Clam. Là est certainement le malentendu (1).
M. Cavaignac, qui trouvait que les aveux de Dreyfus sont à eux seuls un élément de conviction, traite cette démonstration si claire, si limpide de «subtilité (2) ».
Il est vrai qu’au même moment il admirait la clarté du système de Bertillon qu'il avait commencé par déclarer contraire au bon sens (3).
Telle était la logique de M. Cavaignac.
Quant au général Mercier, il trouve invraisemblable que la phrase rapportée par Dreyfus ait été tenue par M. du Paty 1° parce que celui-ci n’avait pas été chargé de semblable mission; 2° parce que la lettre de Dreyfus du 1” janvier 1895 n’en dit rien (4).
Mais nous savons comment M. du Paty s’acquitte des missions qu'il reçoit, comment il supprime dans ses rapports ce qui le gêne, grossit ce qui lui semble à charge. Et puis pourquoi avoir supprimé son procès-verbal ?
CDR App BB 7130; (2) Rennes I, 183.
(3) Rennes I, 193.