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Aucun, ni le capitaine Anthoine, ni le commandant de Mitry ne peut redire les expressions mêmes dont il s’est servi,
Ma mémoire des mots n’est pas assez fidèle, dit le capitaine Antoine, pour que je sois capable de reproduire ici d'une manière absolument certaine les expressions mêmes dont le capitaine d'Aitel s’est servi (1).
Si je ne puis, dit à son tour le commandant de Mitry, rappeler ses paroles textuellement, j'en affirme le sens général et les idées qu’elles conliennent (2).
Mais tout dépend iei des mots même qui ont été employés ! Ce qu’il nous faut, c’est la teneur exacte, rigoureusement exacte, du propos tenu : un mot changé, une expression supprimée, intervertie et le propos change de sens!
Et c’est dans ces conditions que l’on entend tirer de ce qui n'est que l’écho d’un écho, qu'une équivoque évidente, la preuve écrasante d’un aveu qui est en flagrante contradiction avec tous les faits, avec l’attitude invariable de l'accusé, avec ses protestations d’innocence renouvelées et toujours
maintenues !
Sur la tête de ma femme el de mes enfants, crie-til devant les troupes au même moment, je jure que je suis innocent. Vive la France ! (3). Aux officiers de réserve qui l’injurient :
N'insultez pas un innocent, leur crie-t-il (4). Aux officiers qui entourent la voiture cellulaire :
Je ne suis pas indigne de rester parmi vous. Dans trois ans je reviendrai ; on me rendra justice (5).
Aux journalistes :
Vive la France ! Vous, MM. les journalistes, dites que je suis innocent: Je suis innocent (6).
Au Dépôt et lorsque le directeur Durlin lui dit combien il lui est pénible d’écrouer un officier pour cause de trahison :
M. le Directeur, je comprends votre indignation. Maïs je suis innocent, oui, je suis innocent et dans lrois ans mon innocence sera reconnue (7).
Je dis que soutenir dans ces conditions que Dreyfus a
(1) Rennes III, 84.
(@) Rennes IH, 95.
(3) Rennes I, 382.
(6) Cass. 262.
(7) Cass. 279.